Couvrez ce sein

jeudi 20 mai 2010
par  BM

Le texte : TARTUFFE, ACTE III , SCÈNE II, vers 853 à 878

Tartuffe, apercevant Dorine.

« Laurent, serrez ma haire avec ma discipline »

[...]

Dorine.

« Je l’entends, ce me semble. / Oui, c’est elle en personne, et je vous laisse ensemble. »

Que peut-on expliquer dans cette scène ?

- Le lexique spécialisé de l’austérité religieuse : « haire » et « discipline ». La haire, selon le dictionnaire du CNRTL, est « une chemise grossière, faite de crin ou de poil de chèvre, que l’on porte à même la peau par esprit de mortification ». La discipline est « un fouet fait de cordelettes ou de chaînettes, utilisé comme instrument de pénitence ». Ce sont des objets utilisés par les pénitents, dans les couvents, et Tartuffe, qui est pourtant un laïc, s’applique (dit-il ...) ce genre de mortification.

- Les implications érotiques et/ou grivoises, les sous-entendus, leur portée : le champ lexical du corps, du désir, du péché. Il est important de montrer comment ils sont liés dans le langage de Tartuffe,et dissociés chez Dorine.

Tartuffe emploie le mot « sein » mais l’euphémisme immédiat qui suit est « de pareils objets », façon de réduire la femme à un objet de tentation, non un objet de désir. Il emploie un vocabulaire moral traditionnel et évasif : « les âmes sont blessées », « coupables pensées ».

Pas de vocabulaire moral dans le langage de la servante : elle emploie deux lexiques « convoiter », verbe direct, et quelques mots à double entente (à la fois religieux et matériels) : « tendre », « tentation », « chair », « sens », « impression », « chaleur », « nu du haut jusques en bas », « peau » et « tenteroit ». Mais il ne s’agit pas de pécher, seulement de désirer.

La phrase choquante pour Tartuffe est celle-ci, qui lui ôte toute valeur érotique ou érogène, alors même qu’il a des visées érotiques sur Elmire : « et je vous verrois nu du haut jusques en bas, / que toute votre peau ne me tenteroit pas. »

Les autres phrases de Dorine sont plutôt amusantes :

« je ne sais pas quelle chaleur vous monte » et « à convoiter, moi, je ne suis point si prompte ». Cela accuse Tartuffe d’être un jouisseur incapable de se contenir.

Les sous-entendus plus ou moins grivois ou obscènes sont faciles à comprendre, et c’est un point sur lequel la mise en scène, c’est-à-dire la représentation,doit être attentive.

- La fonction de Dorine : démasquer Tartuffe, et en faire confidence au public, ou à d’autres personnages.
- L’outrance de son caractère.
- “Affectation” et “forfanterie” : c’est la problématique fondamentale de la pièce. Un hypocrite ne peut exister sans public.
- Les signes extérieurs (invisibles et visibles) de la fausse piété et de la dévotion : mortification, prière, générosité, pudeur. Il est important de relever et expliquer la didascalie : Tartuffe, apercevant Dorine. et l’exagération du reproche fait à Dorine.

On pourra s’appuyer sur des extraits de la Scène 2 du Premier acte, lorsque Dorine explique à Cléante les excès de zèle du serviteur de Tartuffe :

« Il n’est pas jusqu’au fat qui lui sert de garçon

qui ne se mêle aussi de nous faire leçon ;

il vient nous sermonner avec des yeux farouches,

et jeter nos rubans, notre rouge et nos mouches.

Le traître, l’autre jour, nous rompit de ses mains

un mouchoir qu’il trouva dans une fleur des saints,

disant que nous mêlions, par un crime effroyable,

avec la sainteté les parures du diable. »

La coquetterie ordinaire et banale des femmes d’une maison est considérée comme un crime.

- Quelques bons mots et effets comiques : voir plus haut.
- La fonction de cette scène, en soi : montrer l’hyperbole de la pudibonderie.
- La fonction de cette scène en tant qu’annonce de la suivante : préparer le contraste entre le dévot puritain et pudibond, et le voluptueux plein de désir.

Texte et représentation

- Que peut faire un metteur en scène avec un tel texte ?

Le texte téléchargeable

Word - 26 ko
Les seins de Dorine

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vendredi 9 mai 2014

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Lorenzaziccio en TL ...

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En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
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