Le pauvre homme

mardi 11 mai 2010
par  BM

Le texte : TARTUFFE, ACTE I , SCÈNE IV, vers 223 à 258

Orgon.

« Ah ! Mon frère, bonjour »

[...]

Dorine.

« Tous deux se portent bien enfin ; / et je vais à madame annoncer par avance / la part que vous prenez à sa convalescence. »

Que peut-on expliquer dans cette scène ?

- Le comique de répétition : « Et Tartuffe ? » et « Le pauvre homme ! » montrent une sorte de tic obsessionnel, compulsif, chez Orgon, préoccupé de son ami. On rejoint alors le comique de caractère.

- Le comique du parallélisme entre deux récits, avec une légère différence à la fin.

En effet on a des séries de vers égales, d’abord deux fois deux, puis deux fois trois, puis deux fois quatre, et pour finir trois vers pour Elmire, quatre pour Tartuffe. Chacune des deux narrations constitue une histoire différente : vie ordinaire de plaisir pour Tartuffe, indisposition passagère pour Elmire.

La symétrie se développe jusqu’à un point assez irrévérencieux, par le parallélisme entre le sang perdu et le vin gagné.

- Les hyperboles dans les deux récits.

- Le lexique de la dévotion et son détournement :

« fort dévotement il mangea deux perdrix »

« contre tous les maux fortifiant son âme »

- Le lexique de la chair et des satisfactions corporelles, et le portrait en actes de Tartuffe.

D’abord un portrait purement physique, plutôt repoussant, caricatural puisque concernant une seule caractéristique, les signes extérieurs d’embonpoint :

« gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille. »

Ensuite, le portrait en actes, Tartuffe étant sujet de verbes de consommation, conformément à l’image donnée au début :

« Il soupa »

« il mangea »

« sommeil agréable »

« dans son lit bien chaud »

« sans trouble il dormit jusques au lendemain »

« but à son déjeuner quatre grands coups de vin »

- Ce portrait de Tartuffe contribue à l’isoler au sein de la famille, en effet Dorine évoque à plusieurs reprises un pluriel, montrant que la maisonnée est autour de la maîtresse :

« un mal de tête étrange à concevoir »

« jusqu’au jour près d’elle il nous fallut veiller »

« par nos raisons gagnée »

Même dans la phrase où Dorine parle du souper, le reste de la famille est absent, mais le fait que Tartuffe mange « lui tout seul, devant elle » est un signe de cet isolement.

- L’ironie de Dorine est une caractéristique du personnage, repérable surtout dans son acharnement à revenir à « Madame » après chaque récit sur Tartuffe, dans l’expression « reprit courage comme il faut » et dans la phrase finale : « et je vais à madame annoncer par avance / la part que vous prenez à sa convalescence. » On comprend qu’elle se moque, et d’ailleurs, la réplique immédiate de Cléante le dit clairement.

Texte et représentation

- La représentation possible d’un tel échange de paroles : Orgon et sa physionomie ? Dorine ? Les mimiques possibles : Orgon et son contentement ou son irritation, selon qu’on lui parle de sa femme ou de Tartuffe, Dorine faisant des mines pour décrire le goinfre, Cléante présent qui écoute la conversation ? Pour cela, analyser les diverses mises en scène.

- Le décor est remarquable par l’immense crucifix qui domine une cheminée et par les cloisons en panneaux de bois, Orgon est habillé en tenue dix-septième siècle, le mobilier est massif, riche. Orgon (Jacques Charon) s’impatiente et Dorine le fait attendre avant de lui donner réponse au sujet de Tartuffe : elle ouvre une porte, range un objet et revient ; Orgon prend un air extatique quand il entend parler de Tartuffe et pour dire « Le pauvre homme ». De son côté, Dorine prend l’air excédé, jette les souliers d’Orgon au sol au lieu de l’aider à les enfiler, mime le plaisir physique de Tartuffe se mettant dans un lit bien chaud, et accompagne son explication de gestes, notamment lorsqu’elle sert à boire un verre de vin à son maître, ou lorsqu’elle évoque les deux perdrix et la moitié de gigot, en hachis : elle détache les groupes de mots. La scène est dynamique, Dorine bouge beaucoup, Orgon aussi. La scène dure 2 minutes 25 secondes environ.
- La pièce est nue, sans décoration, de couleurs froides, la petite porte qui oblige tout le monde à se baisser pour pénétrer dans la pièce est étrange, les costumes sont sobres voire austères. Orgon (Jean Dautremay) est plutôt statique, tout en noir, effrayant et perdu dans des pensées, il tient un livre (de prières ?). Dorine est plutôt froide dans ses explications, mais sa tonalité fait comprendre son ironie, elle est aussi très statique, regarde Cléante une ou deux fois comme pour le prendre à témoin, ce qui fait comprendre le rôle muet qu’il joue ici. La scène dure 2 minutes 25 secondes environ.
- Le décor nu est très austère, un crucifix est accroché à la porte, les personnages sont en costume moderne, façon homme d’affaires pour Orgon (Claude Duparfait), qui arrive très pressé avec en mains un attaché-case et un crucifix très sobre, enveloppé dans du papier, qu’il porte comme on porterait un bouquet de fleurs, ce qui permet à Cléante une remarque ironique sur la campagne et les fleurs. Orgon s’empresse de demander des nouvelles, il charge Dorine du crucifix dont elle semble ne savoir que faire, écoute sans bouger les nouvelles d’Elmire, mais s’agite dès qu’on parle de Tartuffe, secoue les épaules, bouge les mains, prend des poses face au mur, puis s’étale dans un fauteuil lorsqu’il est question que Tartuffe se mette au lit et dorme, croise les jambes, comme en extase physique ; lorsque Dorine ironise sur la part qu’il prend à la convalescence de Madame, il semble parfaitement heureux, comme s’il n’avait rien entendu. Cléante est montré une ou deux fois comme intrigué par ce qu’il entend et voit. La scène dure 2 minutes 25 secondes environ.

Ce qui est étonnant, c’est que la même durée semble beaucoup plus longue dans la mise en scène de Jacques Charon, qui est plus dynamique, parce que le nombre de véritables actions scéniques est plus grand.

Le texte téléchargeable

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Le pauvre homme !

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