Les derniers sacrements

lundi 12 avril 2010
par  BM

Le passage étudié en lecture cursive : la fin du Chapitre 8 de la Troisième partie

Elle tourna sa figure lentement, et parut saisie de joie à voir tout à coup l’étole violette, sans doute retrouvant au milieu d’un apaisement extraordinaire la volupté perdue de ses premiers élancements mystiques, avec des visions de béatitude éternelle qui commençaient.

[...]

Une convulsion la rabattit sur le matelas. Tous s’approchèrent. Elle n’existait plus.

Indications pour une bonne exploitation à l’entretien

- Il faut être très attentif au sens littéral de certains mots du texte, pour éviter des erreurs d’interprétation. Ainsi, « comme un cadavre qu’on galvanise » est bien une expression en rapport direct avec des expériences scientifiques. Voyez Galvani ...

- Un des passages qui ont valu à Flaubert le procès, et la menace de censure : les prières de l’Extrême-Onction. Il faut absolument voir le site Atelier Bovary et les brouillons de ce paragraphe, pour comprendre à quel point Flaubert a travaillé,modifié, raccourci, choisi les expressions définitives.

Quelques phrases jugées scandaleuses :

« retrouvant au milieu d’un apaisement extraordinaire la volupté perdue de ses premiers élancements mystiques »

« collant ses lèvres sur le corps de l’Homme-Dieu, elle y déposa de toute sa force expirante le plus grand baiser d’amour qu’elle eût jamais donné »

« d’abord sur les yeux, qui avaient tant convoité toutes les somptuosités terrestres ; puis sur les narines, friandes de brises tièdes et de senteurs amoureuses ; puis sur la bouche, qui s’était ouverte pour le mensonge, qui avait gémi d’orgueil et crié dans la luxure ; puis sur les mains, qui se délectaient aux contacts suaves, et enfin sur la plante des pieds, si rapides autrefois quand elle courait à l’assouvissance de ses désirs ».

La chanson de l’aveugle,elle-même, comme métaphore de la mort (« Les épis que la faux moissonne »), est scandaleuse, d’autant plus qu’elle évoque une amourette avec galipettes (« Et le jupon court s’envola ! »).

- Comparer le premier paragraphe avec la visite à Bournisien, dans la Deuxième partie. Celui-ci est très éloigné de la trivialité qu’il affichait alors, mais il y revient vite, malgré les circonstances.

- Si possible, il faut voir aussi les paroles de cette prière latine destinée à accompagner les mourants au paradis chrétien : voici la prière appelée Misereatur :

Misereatur tui omnipotens Deus, et, dimissis peccatis tuis, perducat te ad vitam æternam. Amen (Que le Dieu tout-puissant vous fasse miséricorde, qu’il vous pardonne vos péchés et vous conduise à la vie éternelle. Amen.)

Voici la deuxième prière évoquée par Flaubert, appelée Indulgentiam.

Vous trouverez vous-mêmes sur Internet divers sites qui expliquent ce rite.

Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen (Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. Amen.)

- L’Église et la mort ? L’anticléricalisme d’Homais ?

Il faut rapprocher ce passage de la visite d’Emma au curé, et lors de la situation de l’extrait, il est possible de rappeler que « Homais, comme il le devait à ses principes, compara les prêtres à des corbeaux », mais « ne reculant pas devant ce qu’il appelait sa mission, il retourna chez Bovary ». Et Flaubert dit aussi que « la soutane le faisait rêver au linceul, et il exécrait l’une un peu par épouvante de l’autre ».

« Félicité s’agenouilla devant le crucifix, et le pharmacien lui-même fléchit un peu les jarrets » : ce geste n’est pas compromettant vis-à-vis de ses principes rigides, mais reflète au fond sa peur de la mort et de l’au-delà. Vous pouvez faire référence au chapitre suivant, et à la veillée funèbre, pendant laquelle le prêtre et le pharmacien finissent par ronfler ensemble, et se réconcilient grâce à de petits verres d’eau-de-vie, à un fromage et une grosse brioche.

Le curé de son côté est réduit à des gestes et phrases de pure convention. Ces phrases ne sont d’ailleurs pas citées, mais sont indistinctes, les oraisons se mêlent aux sanglots de Charles, et cela devient « le sourd murmure des syllabes latines, qui tintaient comme un glas de cloche. »

- Un rappel des amours d’Emma et Léon : les voyages à Rouen, et les retours en diligence, avec la rencontre de l’aveugle à chaque retour.

Voici un extrait du Chapitre 5 de la troisième partie :

« Il y avait dans la côte un pauvre diable vagabondant avec son bâton, tout au milieu des diligences. Un amas de guenilles lui recouvrait les épaules, et un vieux castor défoncé, s’arrondissant en cuvette, lui cachait la figure ; mais, quand il le retirait, il découvrait, à la place des paupières, deux orbites béantes tout ensanglantées. La chair s’effiloquait par lambeaux rouges ; et il en coulait des liquides qui se figeaient en gales vertes jusqu’au nez, dont les narines noires reniflaient convulsivement. Pour vous parier, il se renversait la tête avec un rire idiot ; - alors ses prunelles bleuâtres, roulant d’un mouvement continu, allaient se cogner, vers les tempes, sur le bord de la plaie vive. Il chantait une petite chanson en suivant les voitures :

Souvent la chaleur d’un beau jour

Fait rêver fillette à l’amour.

Et il y avait dans tout le reste des oiseaux, du soleil et du feuillage.

Quelquefois, il apparaissait tout à coup derrière Emma, tête nue. Elle se retirait avec un cri. Hivert venait le plaisanter. Il l’engageait à prendre une baraque à la foire Saint-Romain, ou bien lui demandait, en riant, comment se portait sa bonne amie.

Souvent, on était en marche, lorsque son chapeau, d’un mouvement brusque entrait dans la diligence par le vasistas, tandis qu’il se cramponnait, de l’autre bras, sur le marchepied, entre l’éclaboussure des roues. Sa voix, faible d’abord et vagissante, devenait aiguë. Elle se traînait dans la nuit, comme l’indistincte lamentation d’une vague détresse ; et, à travers la sonnerie des grelots, le murmure des arbres et le ronflement de la boîte creuse, elle avait quelque chose de lointain qui bouleversait Emma. Cela lui descendait au fond de l’âme comme un tourbillon dans un abîme, et l’emportait parmi les espaces d’une mélancolie sans bornes. Mais Hivert, qui s’apercevait d’un contrepoids, allongeait à l’aveugle de grands coups avec son fouet. La mèche le cinglait sur ses plaies, et il tombait dans la boue en poussant un hurlement. »

La chanson de l’aveugle lors de la mort d’Emma est donc un chant de circonstance, et un trait d’ironie de Flaubert.

- L’aveugle et Homais : il faut savoir dire ce que devient cet homme, venu chercher une « pommade antiphlogistique ». Regardez notamment les chapitres 7 et 9 de la Troisième partie ...

- Le réalisme médical d’une agonie : Flaubert et le travail documentaire de l’écrivain. Revoyez vos cours de seconde et vos notes sur la séquence "Travail de l’écriture".

Relevé à analyser :

« Emma, trop faible, ne put fermer les doigts », « elle n’était plus aussi pâle » « Sa poitrine aussitôt se mit à haleter rapidement », « La langue tout entière lui sortit hors de la bouche », « ses yeux, en roulant, pâlissaient », « l’effrayante accélération de ses côtes, secouées par un souffle furieux », , « la prunelle fixe, béante », « Une convulsion la rabattit sur le matelas ».

Revoyez aussi les brouillons de Flaubert concernant cette page et les précédentes.

- Etc.

A poursuivre à l’aide de vos prises de notes en cours


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- 2002 : ES-S Argumentation L Poésie
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- 2004 : ES-S Théâtre L Épistolaire
- 2005 : ES-S Poésie L Théâtre
- 2006 : ES-S Argumentation L Poésie
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- 2009 : ES-S Théâtre L Théâtre
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- 2011 : ES-S Roman L Théâtre
- 2012 : ES-S Poésie L Renaissance et Humanisme
- 2013 : ES-S Roman L Réécritures

Et pour la suite, voyez le site de Philippe Lavergne !

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