Corrigé sur L’Ingénu

mercredi 24 février 2010
par  BM

Synthèse des réponses obtenues dans les devoirs (faits en salle informatique)

L’Ingénu, Chapitre XVI

Question 1 : Comment qualifier la situation argumentative de Mademoiselle de Saint-Yves telle qu’elle l’exprime à la fin de son discours ? Justifier votre réponse en vous appuyant sur le texte.

- Mlle de Saint-Yves parait désespérée, elle est dans une impasse émotionnelle (« - Ah ! Mon père » est une interjection qui montre le désespoir) dans son dialogue avec le père Tout-à-tous. En effet, elle est partagée entre deux choix, confrontée à un dilemme difficile, que l’on reconnait dans l’antithèse de la dernière phrase du discours, formée d’un parallélisme entre « périr » et « sauver ».
- On a l’impression qu’en évoquant ses problèmes à voix haute, elle aide le père Tout-à-Tous autant qu’elle-même à se comprendre, c’est un discours délibératif. On observe que chacune de ses interventions commence par une négation restrictive ou par « il faut », évoquant ainsi la notion de restriction et de devoir.
- Mlle de Saint-Yves est confrontée à un dilemme, un choix cornélien entre le « malheur » et « la honte » : quoiqu’elle fasse elle sera déshonorée ( « quoi que je fasse ; je n’ai que le choix du malheur et de la honte. Je ne puis le laisser périr, et je ne puis le sauver. »). Deux solutions s’offrent à elle : céder au chantage de St Pouange et donc déshonorer son fiancé, l’Ingénu, ou ne pas céder mais laisser son amant en prison ( « il faut que mon amant reste enseveli tout vivant, ou que je me rende indigne de vivre. »). Les deux choix lui sont insupportables, elle en reste indécise.
- Elle est soumise aussi à une force plus grande qu’elle, et se trouve obligée de choisir. On a donc la présence d’un registre pathétique (avec les souffrances de Mlle de Saint-Yves) qui se transforme en registre tragique au moment où elle envisage la mort comme seule et unique solution à son problème : son expression « il faut que mon amant reste enseveli tout vivant, ou que je me rende indigne de vivre » résume bien la situation horrible devant laquelle un choix s’impose : laisser mourir celui qu’elle aime ou se laisser mourir de honte. (« je me rende indigne de vivre »). C’est une situation tragique, car dans les deux cas ses actes aboutiront à un péché.
- Toute la fin de son discours a un caractère tragique, il n’y a pas de réelle progression dans son discours, on observe une répétition de « je ne puis » qui montre ses sentiments mis à rude épreuve : « Je ne puis le laisser périr, et je ne puis le sauver ».
- De plus cette incapacité à trouver une échappatoire, une idée qui pourrait sauver son Huron sans la perdre elle-même, la pousse vers une issue dans tous les cas douloureuse. On peut ainsi la voir exprimer sa douleur, ce qui donne au passage un registre pathétique. Ainsi, son discours utilise le pathétique pour jouer sur les sentiments du jésuite afin que celui-ci l’aide à trouver une réponse à son problème.

Question 2 : Analyser la logique de l’enchaînement des arguments du jésuite, et identifier leur nature, puis relever et analyser les différentes sortes d’atténuation qu’il emploie. Commenter le choix qu’il fait de les présenter en les numérotant.

- Les arguments choisis par le jésuite sont rangés du plus simple au plus subtil, et sont tous de nature religieuse.
- Le premier argument est un argument moral et religieux, destiné à convaincre. En effet, il lui donne un conseil, voire un ordre : « ne dites jamais ce mot mon amant ». Il emploie dans ce premier argument le terme « ma fille » pour interpeller Mlle de Saint-Yves de manière affective. En premier lieu, on peut souligner l’hypocrisie du jésuite lorsqu’il réprimande Mlle de Saint-Yves en lui disant que la notion d’ « amant » est impie, alors que lui-même n’est pas en accord avec les dogmes religieux puisqu’il cautionne les propositions de Saint-Pouange (on se doute que cette prise de position se justifie par l’influence de Saint-Pouange à la Cour). Le jésuite prend d’ailleurs sa défense dès le début mais sous une autre forme, puisqu’il soupçonne la jeune fille d’ « avoir mal entendu ». Pour justifier le passage à un tel acte, il utilise des arguments futiles et joue sur le sens des mots.
- Le deuxième est un syllogisme concernant la morale (l’adultère est un crime dans le cadre du mariage, or Saint-Yves n’est pas mariée, donc elle ne commet pas de crime), il est implicite, et sous-entend qu’elle n’a même pas saisi la situation, elle n’emploie pas les bons termes. Il la rassure en lui disant qu’elle ne commettra pas de péché en acceptant la proposition de Saint-Pouange puisqu’elle n’est pas encore mariée au Huron.
- Les deux premiers arguments du jésuite se contredisent. D’un premier abord, il conseille à St Yves d’employer le terme de mari pour désigner l’Ingénu mais le deuxième argument vient contredire et atténuer le premier par l’évocation d’un fait encore non réalisé : les deux amoureux ne sont pas encore mariés, et introduit donc l’impossibilité d’un adultère. Ainsi, cet argument du père Tout-à-tous pousse Mlle de Saint-Yves à céder au chantage de St Pouange, ou du moins, à tolérer une action moins criminelle que prévu, sous une forme hypothétique, au conditionnel : (« Secondement, bien qu’il soit votre époux en idée, en espérance, il ne l’est pas en effet : ainsi vous ne commettriez pas un adultère »). Cet enchaînement de deux arguments contradictoires veut montrer que Saint-Yves ne devrait pas avoir de remords, étant donné qu’elle n’est pas engagée.
- Le troisième a encore une forme de syllogisme, qui peut être reformulé de cette façon : il n’y a pas de crime quand l’intention est bonne, or les intentions de Saint-Yves sont pures, donc elle n’est pas coupable ; le jésuite atténue la faute de Saint-Yves en la déchargeant de la responsabilité qu’elle a envers son futur mari, il estime que le péché est lavé par la sorte d’altruisme dont fait preuve Mlle de Saint-Yves envers l’Ingénu. Ces atténuations font partie des arguments du jésuite, comme la litote « Rien n’est plus pur ». Cet argument est aussi religieux car il emploie la notion de pureté et de faute « coulpe » (de culpa : la faute). Voltaire ironise ici sur les raisonnements que tiennent les directeurs de conscience jésuites.
- Le dernier argument est un argument d’autorité s’appuyant sur les écrits de Saint Augustin, un modèle incontesté de l’Eglise. Il est plus explicite, il lui raconte une histoire pour la calmer et atténuer sa peur. L’histoire ressemble à la sienne, et Saint-Augustin ayant approuvé le choix d’une femme qui se résigna devant un dilemme similaire, elle peut donc s’identifier au personnage.
- Il tente également de prouver à mademoiselle de Saint-Yves qu’il a un point de vue objectif et non arbitraire, puisqu’il précise qu’il cite un janséniste alors qu’il est jésuite.
- Et il atténue encore une fois ses propos : « Je ne vous conseille rien, vous êtes sage ; il est à présumer que vous serez utile à votre mari. » C’est une sorte de prétérition du jésuite, il dit à Saint Yves qu’il ne lui conseille rien mais pourtant il lui prodigue bien des conseils. C’est une manière pour lui d’atténuer ses propos, il indique donc à Saint Yves la voie à suivre sans pour autant assumer ses conseils, qui sont contraires à sa fonction de religieux. Voltaire critique encore ici les hommes de foi puisque c’est un jésuite qui pousse une jeune fille à commettre le péché.
- Or cet exemple est mauvais, comme il le dit lui-même (« Il est vrai que le vieux richard la trompa, et peut-être même son mari n’en fut pas moins pendu ») ce qui donne une valeur nulle à cet argument. Le jésuite fait référence à l’exemple qu’il vient de donner et explique que son supérieur est un homme « bon » puisqu’il ne trompera pas mademoiselle de saint-Yves. C’est une forme d’atténuation puisque le jésuite ne veux pas condamner son supérieur car c’est un homme d’influence à qui il doit sa place.
- L’ordre dans lequel il énonce ses arguments répond à une logique : les arguments sont d’abord personnels puis deviennent progressivement plus importants, puisque tirés de paroles et faits de personnages important. On peut ici déceler une gradation et une montée en puissance des arguments, afin de faire plier Mlle de Saint-Yves et empêcher tout contre-argument.
- Cette technique argumentative permet d’appuyer son raisonnement, qu’il a précédemment expliqué, et le jésuite choisit de numéroter ses arguments pour donner à son argumentation une logique imparable, une structure apparente, pour convaincre Saint-Yves, et non la persuader.


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Les boloss des Belles Lettres ont commis un nouvel attentat contre la majesté de l’écriture antique. C’est ici.

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La réécriture de Madame Bovary est savoureuse ... c’est ici.

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vendredi 21 juin 2013

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- 2004 : ES-S Théâtre L Épistolaire
- 2005 : ES-S Poésie L Théâtre
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- 2007 : ES-S Argumentation L Biographique
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- 2010 : ES-S Argumentation L Réécritures
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- 2012 : ES-S Poésie L Renaissance et Humanisme
- 2013 : ES-S Roman L Réécritures

Et pour la suite, voyez le site de Philippe Lavergne !

Lorenzaziccio en TL ...

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Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
Zazie ici, Lorenzaccio .
Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

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