Lheureux

lundi 12 avril 2010
par  BM

Le texte à étudier, Chapitre 6 de la Troisième partie

Emma vivait tout occupée des siennes, et ne s’inquiétait pas plus de l’argent qu’une archiduchesse.

[...]

Ah ! plus tard, reprit-il en lui tournant les talons.

Les éléments à étudier dans cet extrait

- Le système financier dans lequel Emma s’est enferrée : que signifient ces mots techniques ou ces métaphores financières ?

« un billet » / « souscrit » / « passé à l’ordre de » / « un protêt » / « du papier timbré » / « prêtait sur gages » / « faire circuler ses billets » / « acomptes » / « intérêts » / « faire des avances » / « l’arriéré » / « des rentrées »

« quatre billets de deux cent cinquante francs, chacun, espacés les uns des autres à un mois d’échéance »

« une vendue »

- Le personnage de Lheureux est un archétype tel que les auteurs réalistes l’ont montré : l’usurier.

Documentez-vous sur Gobseck, Shylock, Grandet, le vieillard de La Peau de chagrin, les figures de banquier ou d’affairistes comme Nucingen chez Balzac, ou Walter dans Bel-Ami de Maupassant, et sur les sous-entendus antisémites concernant ces professions. Il s’agit d’un lieu commun, repérable dans des expressions toutes faites du langage populaire.

Voici par exemple ce que dit Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues : « JUIF : Fils d’Israël. Les Juifs sont tous des marchands de lorgnettes. »

Lheureux lui -même dit « nous ne sommes pas des juifs ! » au Chapitre 5 de la Deuxième partie, et « il est plus féroce qu’un Arabe » dans la page à étudier.

Il faut en voir les aspects hyperboliques, puisque c’est une caricature.

Mais il faut aussi en voir les aspects réalistes, puisque Flaubert décrit un monde tout à fait concret.

Ainsi, « un billet de sept cents francs » devient « quatre billets de deux cent cinquante francs, chacun, espacés les uns des autres à un mois d’échéance ». La dette d’Emma est effacée au profit d’une dette plus grosse ...

De même, le coffre-fort de Lheureux contient des richesses, qui sont la preuve de la misère de ceux qu’il a ruinés : « on entrevoyait un coffre-fort, mais d’une telle dimension, qu’il devait contenir autre chose que des billets et de l’argent. M. Lheureux, en effet, prêtait sur gages, et c’est là qu’il avait mis la chaîne en or de madame Bovary, avec les boucles d’oreilles du pauvre père Tellier, qui, enfin contraint de vendre, avait acheté à Quincampoix un maigre fonds d’épicerie ».

- Vous pourrez comprendre le système économique de Lheureux avec ce passage du Chapitre 14 de la Deuxième partie :

« M. Lheureux, surtout, le harcelait. En effet, au plus fort de la maladie d’Emma, celui-ci, profitant de la circonstance pour exagérer sa facture, avait vite apporté le manteau, le sac de nuit, deux caisses au lieu d’une, quantité d’autres choses encore. Charles eut beau dire qu’il n’en avait pas besoin, le marchand répondit arrogamment qu’on lui avait commandé tous ces articles et qu’il ne les reprendrait pas ; d’ailleurs, ce serait contrarier Madame dans sa convalescence ; Monsieur réfléchirait ; bref, il était résolu à le poursuivre en justice plutôt que d’abandonner ses droits et que d’emporter ses marchandises. Charles ordonna par la suite de les renvoyer à son magasin ; Félicité oublia ; il avait d’autres soucis ; on n’y pensa plus ; M. Lheureux revint à la charge, et, tour à tour menaçant et gémissant, manœuvra de telle façon, que Bovary finit par souscrire un billet à six mois d’échéance. Mais à peine eut-il signé ce billet, qu’une idée audacieuse lui surgit : c’était d’emprunter mille francs à M. Lheureux. Donc, il demanda, d’un air embarrassé, s’il n’y avait pas moyen de les avoir, ajoutant que ce serait pour un an et au taux que l’on voudrait. Lheureux courut à sa boutique, en rapporta les écus et dicta un autre billet, par lequel Bovary déclarait devoir payer à son ordre, le Ier septembre prochain, la somme de mille soixante et dix francs ; ce qui, avec les cent quatre-vingts déjà stipulés, faisait juste douze cent cinquante. Ainsi, prêtant à six pour cent, augmenté d’un quart de commission, et les fournitures lui rapportant un bon tiers pour le moins, cela devait, en douze mois, donner cent trente francs de bénéfice ; et il espérait que l’affaire ne s’arrêterait pas là, qu’on ne pourrait payer les billets, qu’on les renouvellerait, et que son pauvre argent, s’étant nourri chez le médecin comme dans une maison de santé, lui reviendrait, un jour, considérablement plus dodu, et gros à faire craquer le sac. »

- Le travail littéraire de Flaubert consiste ici à donner des informations incidentes sur ce qui se passe à Yonville (sur le devenir des personnages secondaires), à faire dialoguer un usurier avec une de ses victimes, à le montrer usant de mensonges, de promesses, de douceur et de fermeté. C’est une petite scène de théâtre qui est jouée.

Soyez capables de trouver des informations minimales sur les personnages évoqués : madame Bovary ? Tellier ? Où est la ville de Quincampoix ?

- Lheureux est caractérisé par son langage populaire ou familier, très imagé.

« Serviteur ! dit-il, je suis à vous » / « j’avais le couteau sur la gorge. » / « ce "mâtin de Vinçart" » / « bernique ! » / « Ah bien, oui ! » / « Écoutez donc ! »

« Du reste c’est convenu, je ne lanterne pas, je suis rond comme une pomme. »

- De même il ne montre pas sa richesse, mais ressemble plutôt à un paysan, tant dans son habillement que dans ses manières : l’argent a plus d’importance que l’élégance ou la politesse.

« Lheureux n’en continua pas moins sa besogne » / « faisant claquer ses sabots sur les planches de la boutique » / « Lheureux s’assit dans son large fauteuil de paille » / « M. Lheureux, qui mordillonnait les barbes d’une plume »

- Enfin, il peut être utile de montrer que vous avez lu le roman dans son entier,et que vous savez ce qu’est devenu le personnage après avoir mangé le père Tellier, et comment.

Vous rappellerez le Chapitre 8 de la Deuxième partie, lorsque la mère Lefrançois annonce la fin prochaine du commerce Tellier :

« On va le saisir cette semaine. C’est Lheureux qui le fait vendre. Il l’a assassiné de billets. »

Vous vous appuierez aussi sur quelques extraits du Chapitre 11 :

« Les affaires d’argent bientôt recommencèrent, M. Lheureux excitant de nouveau son ami Vinçart, et Charles s’engagea pour des sommes exorbitantes »

« Malgré l’épargne où vivait Bovary, il était loin de pouvoir amortir ses anciennes dettes. Lheureux refusa de renouveler aucun billet. La saisie devint imminente »

« M. Lheureux venait enfin d’établir les Favorites du commerce »

- A suivre ...


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