Injurologie

mardi 4 avril 2017
par  BM

Deux extraits du futur Dictionnaire des injures modernes.

Angle droit.

L’angle droit est aussi une figure très utilisée en injurologie. Sa définition est connue : c’est une figure géométrique correspondant à un angle de 90°, soit p/2 radian, présent dans de nombreuses formes telles que le triangle rectangle ou le carré.

Mais pourquoi « angle droit » en injurologie, et non « angle gauche » ? Est-ce parce qu’il est tellement gauche qu’il n’a pas su être droit ?
C’est le cas par exemple d’un angle obtus  [1] ou aigu qui sont de drôles de coins, c’est-à-dire qu’ils ne pèchent pas par excès de droiture. Ceux-là n’ont plus qu’à aller se faire anguler chez les Grecs, ou bien se faire traiter d’ « espèce d’anglure » ou de PD (Pas Droit). Ils peuvent toujours répliquer « Ferme ton angle droit  [2] sinon je te fous mon compas dans l’œil ».
Mais surtout l’injure peut se caractériser par un geste : le bras  [3], ou plutôt le doigt d’honneur, communément appelé « fuck » (américanisation qui signifie à peu près « Je t’angule »).
Il s’agit en fait de tendre le bras, poing fermé en direction du présumé adversaire. Ensuite, délicatement mais sûrement, vous dépliez le plus long doigt qui compose votre main, le majeur, jusqu’à ce que ce dernier soit perpendiculaire à votre paume.
Il faut bien entendu fixer le destinataire dans le blanc des yeux avec un air méchant pour accroître l’impact alors produit, tout en proclamant ouvertement : « Tiens, prends ca, PD... »

Pour les plus ignorants des lecteurs, il faut préciser que le majeur doit être dirigé vers le haut, et non vers le bas ou de travers, sinon le geste ne vaut plus rien ; il faut aussi avertir les plus faibles d’entre eux que tout assaut doit être préalablement préparé ; il faut assurer ses arrières  [4], c’est-à-dire être certain de la distance qui vous sépare de votre ennemi pour vous permettre une fuite éventuelle. Si une telle occasion vous arrivait en voiture, à un stop ou à un feu rouge, il faudrait vous assurer au préalable que le moteur est bien chaud et que c’est bien vous qui possédez la plus grosse cylindrée  [5].

Hiro ito ELDE
réviseur du Dictionnaire des Injures de Robert Edouard
Nouvelles Éditions Tchou, 1996.
Extrait du chapitre L’injure par le geste.

ANGLE DROIT. « Toi, t’as pas vraiment une tête à avoir inventé l’angle droit » se dit à une personne qui est constipée des méninges. Cette expression est synonyme de « ne pas avoir inventé l’eau tiède » ou encore « ne pas avoir inventé la poudre à canon, la poudre à récurer, le fil à couper le beurre, les soucoupes volantes, le canard à l’orange, la boule puante, la pénicilline, le tiercé quarté plus, la moulinette à fromage, le poil à gratter, les contractuelles, le coussin péteur, la 33ème position, ou le Minitel rose ».
Un échantillon de cette tirade est amplement suffisant car un excès d’injure s’attirerait la réplique : « Eh bien ! toi, en tout cas, on t’a pas demandé d’inventer le catalogue des 3 suisses. Alors ta gueule ! ». Il faut donc choisir l’extrait le plus approprié. En ce qui concerne l’angle droit, on risque de se faire répliquer « Tiens, je vais te montrer : amène-toi que je mette la tête au carré ! ».

« Mate ce gars, il marche à l’angle droit » : propos qu’on lance pour se moquer d’une personne qui marche en canard, c’est-à-dire que ses pieds, non parallèles, forment un angle plus ou moins ouvert (mais il est sans doute exagéré de prétendre 90°).
Mieux vaut utiliser l’expression « marcher à l’angle droit » que « marcher à 10 h 10 » pour éviter de se faire rétorquer « Tu sais ce que je lui dis à l’horloge parlante ? »
Quelle que soit la formule, on peut risquer : « si moi j’écarte les pieds, toi, par contre, t’as plutôt intérêt à serrer les fesses », ou : « Un conseil : prends la tangente parce que ça ne m’empêchera pas de te botter le cul ! ».

« Vise un peu cet angle droit » : se dit à un ami pour lui faire remarquer une jeune personne qui est assise en position peu décente (mais intéressante ?).
On peut alors conseiller celle-là : « Ferme un peu ton angle droit, j’ai le compas dans l’œil », pour lui faire comprendre qu’on lui voit les sinus et qu’elle pourrait resserrer un peu les genoux.
La personne peut alors pousser le vice un peu plus loin en répliquant « Depuis que je te vois en train de me reluquer, qu’est-ce que tu attends pour venir me mesurer ? ».
Il se pose alors un dilemme des plus imprévus mais ce n’est pas ici que vous trouverez la réponse. Ne rêvez pas...

NB : pour toutes ces situations une réplique possible est le bras d’honneur dont le mode d’emploi a été préalablement décrit dans le chapitre L’injure par le geste.

Hiro Ito ELDE
réviseur du Dictionnaire des Injures de Robert Edouard
Nouvelles Editions Tchou, 1996.
Extrait du chapitre Répertoire analogique de l’injure française, Lettre A.


[1] Voir dans le Répertoire analogique de l’injure française « obtus ».

[2] Voir aussi au répertoire analogique de l’injure française « angle droit ».

[3] Seule figure connue dans l’ancienne édition du Dictionnaire. Vive le progrès !

[4] Voir aussi au répertoire analogique de l’injure française « arrière », « cul », « derrière ».

[5] Voir le chapitre L’injure au volant.


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