Philippe Soupault, Tant de temps.

vendredi 23 janvier 2015
par  BM

Une proposition très sommaire d’approche du poème de Soupault.

À l’origine, un exercice en seconde, voilà six ans.
Que sortirait-il de cette entreprise ? Le but du travail en classe était surtout de faire approcher les élèves de certaines notions comme le non-sens, l’humour, la variété des formes poétiques, et de leur faire acquérir, avec d’autres lectures, quelques notions d’histoire littéraire du XXème siècle.

Maintenant ?
Une esquisse de compréhension pour un poème moderne, dont le titre déjà pose un problème puisque Soupault joue sur la sonorité allitérative du mot-clef, le temps, et son ambiguïté grammaticale, puisque il est impossible de l’affirmer au singulier ou au pluriel.

- 1°) Repérage de procédés d’enchaînement :
Le coq à l’âne ?
L’analogie, ou le changement de structure grammaticale ? Compléments du nom, propositions relatives, adjectifs épithètes, etc.
Les proximités sémantiques ? « le temps qu’on perd / le temps de l’agonie », ou « le temps de se retourner / le temps des adieux », etc.
Les jeux de mots implicites ?
Les oppositions systématiques ou les antithèses ?
Les approximations ou les non-sens ?
Les expressions venues de la langue populaire, qui ont peu à peu perdu leur sens propre initial ?
Les pierres d’attente, qui matérialisent sans qu’on le perçoive tout de suite un fil directeur : « temps qu’on tue », « temps de l’agonie », « temps des adieux », « temps de mourir », « temps mort », « l’éternité ».
La construction est-elle narrative ? Seul le dernier vers semble le suggérer, mais doit-on le considérer comme une vraie fin ? Il faut revenir au sens propre des mots du titre : c’est l’infinité qui est évoquée, non la finitude.
Comment interpréter le « et puis » de ce dernier vers : fin d’une addition, réparation d’un oubli, surenchère ?

- 2°) Les mots de Soupault :
L’usage de la polysémie, et les rapports entre les différents sens du mot temps et l’être humain ?
La psychologie, avec l’ennui, l’impatience, le rêve, les sentiments et émotions, les relations sociales, la peur, etc.
La pensée, avec la durée, la vitesse, l’activité, la rationalité, etc.
Le temps météorologique qu’il fait ou celui que l’on ressent, celui des saisons.
La platitude du lexique ?
Est-ce un catalogue incomplet, dont le but serait d’ouvrir la porte à une litanie sans fin ? Est-ce une variation dont l’ordre pourrait être modifié sans perturber le sens, s’il y en a un ?

- 3°) Le rythme et le déroulement sonore du poème :
Le choix de ne pas ponctuer ?
À quelques exceptions près, le poème dégage l’impression d’un mur, visuel et sonore.
Les ruptures sont donc à considérer avec attention : certains vers plus longs, les passages du trivial au sérieux ou de l’insignifiant au grave, etc.
L’impression sonore globale doit aussi être prise en compte : pourrait-on parler d’une harmonie imitative des bruits du temps, bruits des instruments de sa mesure ? Paradoxalement, pas un seul mot n’appartient à ce lexique mécanique de la montre ou de l’horloge, et il y a même un vers qui affirme son aspect non mesurable. Et pourtant le poème possède un rythme,ou une cadence.

- 4°) Le sérieux ou le comique du poème ?
Y a-t-il comédie ou tragédie ?
Y a-t-il affirmation personnelle ?
Y a-t-il déclaration, ou interpellation du lecteur ?
Les marques de la personne sont essentiellement neutres, c’est-à-dire impersonnelles, à la troisième personne du singulier : « on », « se ».

- 5°) Tentative de conclusion ?
Les fausses fins à l’intérieur du texte, l’incohérence, la provocation du titre, empêchent de ne voir ici qu’un jeu ou un exercice de style, mais peut-on s’autoriser à y chercher une idée, ou une idéologie, ou une philosophie ?
On peut alors le considérer comme l’énoncé d’une généralité ou une banalité suprême, à laquelle Soupault aurait voulu donner un peu de fantaisie, en accumulant paradoxalement le maximum de poncifs.
Rien n’est donc définitif dans cette approche. Vouloir en tirer de quoi construire un commentaire organisé serait très ambitieux, prévoir sa présentation à l’oral, comme document complémentaire réservé à l’entretien, serait plus facile.


- Le fait que Soupault soit un fondateur du surréalisme ne doit pas nécessairement être pris comme prétexte pour un rattachement à telle ou telle notion littéraire de ce mouvement littéraire et artistique.
- Le texte peut être lu en ligne sur Internet, notamment à cette adresse.
- La première image du logo est une photographie d’une "accumulation" d’horloges en bronze, dans la Cour du Havre, Gare Saint-Lazare, installée à Paris en 1985 par le sculpteur Arman. Celui-ci l’a intitulée "L’Heure de tous".


Documents joints

Philippe Soupault, Tant de temps
Philippe Soupault, Tant de temps

Brèves

Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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