Claude Roy, Le Temps.

vendredi 23 janvier 2015
par  BM

Commentaire composé : classe de Première G 1989-1990

Notes schématiques destinées au travail de rédaction du commentaire : élaboration d’un plan en commun.

- 1°) Recherche thématique (en vue d’un éventuel plan en deux parties)

Les thèmes abordés dans ce poème sont : la crainte de la mort, ou du vieillissement ; l’amour de la vie, ou d’une femme (indéterminée).
Les procédés utilisés par Claude Roy sont : l’humour, plus ou moins descriptif ; la poésie, et plus précisément l’écriture de la poésie ; l’idéalisation de la femme (aimée ?) ; l’évocation d’un temps mécanique et destructeur.
Les éléments à prendre en compte obligatoirement dans le commentaire composé sont :
Le titre et son rapport au texte (thème, forme) ;
Les jeux de mots sur le lexique du temps ;
La mécanique sonore du temps (cf. L’Horloge de Baudelaire) ;
Les images du temps humain (vie, vieillissement) et du corps humain ;
Les images du mouvement du temps (marche, course, arrêt, etc. et leur force obsessionnelle ;
L’allusion à l’écriture poétique et à ses significations symboliques (vers, rimes) ;
La caricature, l’agressivité, la polémique contre le temps ;
La douceur de la strophe 3 et sa valeur d’antidote à la mort ou à la vieillesse ; Le rythme versifié du texte, le rythme rimé du texte ; L’extension possible de la caricature du temps à une caricature des gens.

2°) Élaboration d’un schéma d’argumentation pour ce commentaire

a) Pour Claude Roy le temps semble représenter une menace permanente, occasion d’illustrer poétiquement le thème ;
Cette menace a pour aspects l’inexorabilité, la stupidité, l’entêtement ;
Le temps donne l’impression de salir tout ce qu’il touche ;
Le temps a une signification presque physiologique.

b) Contre cette menace de dégradation, le poète affirme une volonté de résister par l’humour et le refus de pren-dre le temps au sérieux ;
Le poète va jusqu’à tourner en dérision la poésie (du moins la versification), mais valorise l’amour, exprimé avec lyrisme ;
Cet amour est très idéalisé, vise à diviniser les amants et surtout la femme aimée, il est présenté comme une panacée, et comme source de poésie amoureuse.

c) Mais pourtant (conclusion) la destruction, par l’humour, de l’adversaire, ne l’empêche pas d’être toujours présent.
Donc, texte littéraire, classique dans son projet comme dans sa forme : ce n’est pas une recette pour passer le temps.

N.B. : On peut modifier l’ordre de certaines sous-parties, voire inverser a) et b).
L’essentiel est de conserver au travail une allure naturelle, et de penser à éviter la paraphrase dans la rédaction. Il faut penser aussi à citer avec exactitude, à aérer la présentation, à ne pas allonger inutilement le commentaire, à bien grouper les éléments du texte et les remarques.

Proposition d’un plan.

Première partie
- 1°) Représentation du temps comme une menace permanente :
Les temps de la conjugaison, leur valeur, et les adverbes de temps ;
Le mot « temps » est sujet des verbes et du titre ;
Les verbes de mouvement marquent tous une avancée du temps, jamais un recul.

- 2°) Marche mécanique, inexorable, du temps :
Vers 1, 4, 8, 14 : c’est l’automatisme, comme l’image du vers 4, tricoter (avec les aiguilles des horloges) ;
Images d’écoulement, de fuite ;
Jeux de mots sur « tout le temps » aux vers 2, 3, 5 …
« Bête comme » est un début d’insulte, et un début de description ;
Le rythme des vers, comme le vers 16, qui évoque la stupidité de la rime (l’éternel retour), comme le vers 14 « tic-tac » et le vers 12 « gros sabots » évoquent de façon humoristique et dérisoire le déroulement du temps.

- 3°) Cette marche est montrée comme une destruction :
Vers 4 : « vers à soie » évoque les escargots et leur bave, ou d’autres vers plus ou moins gluants ; et jeu de mots sur ver ≠ vers ;
Strophe 4 : évocation d’organes humains périssables ou fragiles, allusion au temps compté de la vie humaine (le pouls), alors que le temps possède « ses » minutes (vers 5).

- 4°) Destruction physique, atteinte physique du cœur :
Dans la strophe 4, « par cœur » rime avec « cœur » au sens de vie ; de plus « cœur » a la connotation amoureuse nécessaire au contexte Face à cette réduction de l’être humain, l’objet temps est une machine presque vivante, donc effrayante, et qui provoque désir de fuite ou de cachette.
Claude Roy a donc, très classiquement, construit une image du temps qui donne l’impression d’être réaliste et banale, immédiatement compréhensible (au premier degré) et facile à interpréter. Pourtant, on peut dire aussi que …

- 5°) Transition avec la deuxième partie …

Seconde partie

- 1°) L’humour de Claude Roy est une arme contre le temps, mais aussi un procédé poétique (peut-être même un but poétique :
Rabaissement de l’adversaire, montré comme un malade, un obsédé du mouvement.
Humour de l’imitation et de l’évocation poétique du temps par le mécanisme de la versification.
Parler du temps permet, paradoxalement, de l’oublier, de le faire passer, en pensant à quelque chose de plus sérieux.

- 2°) Parler d’amour est un remède au temps (changement par rapport à la position habituelle du poète, qui considère que le temps est un remède à l’amour) bien que l’amour soit une victime du temps :
Strophe 3 : les possessifs, l’évocation d’une élévation (septième ciel ?) dans une image difficile à rabaisser par la paraphrase, à la différence du temps qui est ridiculisé et montré comme source inépuisable de poncifs ou de banalités.
Vers 12 : évocation de l’intimité amoureuse comme un enfermement, le couple est dans une sorte de bulle protectrice, le reste du monde est exclu.

- 3°) Lyrisme du « nous », plus fort que l’égoïsme du Je :
Idéalisation ne signifie pas érotisation : la femme est le moyen d’éterniser le couple (passe-temps !), ce qui est un aveu de soumission du poète à son amante.
Série de termes idéaux contrastant avec le réalisme grossier ou trivial des mécanismes temporels.

- 4°) Symbolisme optimiste (?) :
Au vers 12 : ne plus entendre passer le temps = être éternel.
Lieu commun de toute poésie amoureuse, qui sous-entend (ou exprime) aussi son contraire : à la strophe 4, les adverbes « pourtant pas loin » sont pessimistes face à la condition mortelle de l’être humain.

- 5°) Donc optimisme et pessimisme sont exprimés avec assez de nuances pour interdire (ou pour fausser) toute tentative d’explication trop réaliste ou rationnelle, trop terre à terre, du poème.
Une preuve : certaines images restent, en mémoire, très ambiguës quant à leur vraie portée morale ; faut-il être un maniaque du temps, ou insouciant face aux horloges ?

Éléments pour une conclusion (travail à refaire à la maison).

- Montrer que, du point de vue de la forme et de l’intention, c’est un texte classique, qui exploite le thème de l’écoulement du temps… mais que c’est aussi une réflexion proche d’un certain romantisme, par l’image du couple isolé du monde... et surtout montrer que la tentative de dérision (face à un adversaire qui gagne « à tout coup ») cache et dévoile en même temps une sensibilité très humaine chez Claude Roy.
- Finir en montrant que le but poétique est atteint par des moyens originaux, donc que ce poème est réussi, qu’il nous touche, etc.

SUPPLÉMENT

Une lecture d’un autre poème de Claude Roy, La Nuit.


- Le travail restant est énorme : le recensement et l’identification des procédés poétiques, images, mise en vers, rythmes, assonances ou rimes, etc.
- Le texte de Claude Roy est disponible sur Internet, entre autres à cette adresse.
- Une lecture croisée avec un autre poème de cette rubrique s’impose, celui de Jaccottet, "Sois tranquille, cela viendra".


Documents joints

Claude Roy, Le temps
Claude Roy, Le temps

Brèves

Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

Statistiques

Dernière mise à jour

mercredi 26 avril 2017

Publication

502 Articles
Aucun album photo
8 Brèves
Aucun site
15 Auteurs

Visites

0 aujourd'hui
723 hier
1103212 depuis le début
14 visiteurs actuellement connectés