Baudelaire, Remords posthume.

dimanche 18 janvier 2015
par  BM

Schéma de commentaire composé, pour une classe de Première L

Remords posthume

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d’un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n’auras pour alcôve et manoir
Qu’un caveau pluvieux et qu’une fosse creuse ;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d’où le somme est banni,

Te dira : "Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n’avoir pas connu ce que pleurent les morts ?"
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857.

PLAN PROPOSÉ

Première Partie

- Ce sonnet de Baudelaire peut être étudié et apprécié d’un premier point de vue : c’est un texte de Spleen, créateur d’angoisse, plus particulièrement d’angoisse de la mort (thème fréquent chez l’auteur) : la destinataire du poème est impliquée dans cette angoisse, et le poète également.

1°) Le sujet est étrange, le titre provocateur ; l’emploi des futurs l’apparente à une menace, ou une prophétie. De nombreux éléments formels viennent renforcer cette impression.
2°) Le champ lexical dominant est celui de l’écrasement, de la claustrophobie, de l’horreur du noir, du sommeil éternel (mais pas vraiment comme figure euphémisante, plutôt comme figure accablante) ...
3°) Le minéral s’y oppose à l’animal, symboliquement ...
4°) On ressent une certaine brutalité dans la façon de s’adresser à cette femme ...
5°) Le rythme est pesant, la phrase longue et relancée ...
6°) La femme est réduite par rapport au reste du monde, et devient une coupable ...
7°) L’image finale est celle que Baudelaire affectionne car elle évoque symboliquement la perte définitive de la forme, mais aussi le rapprochement amoureux dans sa double signification éros - thanatos.

Deuxième Partie

- C’est aussi un poème amoureux ; voilà sans doute un paradoxe assez difficile à soutenir. Mais on peut s’appuyer sur de nombreux éléments indiscutables pour le montrer, et ainsi faire apparaître l’intérêt de ce sonnet.

1°) C’est une dédicace qui est fortement marquée par sa possessivité ... et une déclaration d’amour post mortem, d’amour éternel.
2°) Le Poète (allégorie) devient le tombeau qui enferme en un écrin (le poème) sa bien-aimée : pour plus de sûreté, l’écrin est fermé (c’est le tombeau, genre littéraire) et dans une forme difficile, le sonnet, compliqué par ses règles de fixité, de rime etc.
3°) Le Poète prend un intermédiaire double : le tombeau et le ver ...
4°) Ce ver morbide et répugnant symbolise en fait le toucher amoureux, comme le poème représente le message, et comme le sonnet rappelle la beauté physique d’une femme vivante.
5°) D’ailleurs, cette morte est vivante, par le souvenir, par la forme-dédicace au futur et le jeu sur le passé composé du dernier tercet ...
6°) Ce thème banal de la vanité se rapproche en fait beaucoup des procédés poétiques épicuriens (séduction par la peur du temps qui passe, etc.), et Baudelaire est le guide, l’initiateur, l’explicateur des métaphores ...
7°) Finalement, le but du texte apparaît clairement : susciter une réaction amoureuse, par un reproche et une menace accompagnés de flatteries et de souvenirs d’une époque réellement amoureuse ; même le terme injurieux de courtisane peut passer pour un compliment, car la rédemption possible est suggérée dans la phrase attribuée au tombeau : le passé composé d’un futur reste dans les possibilités présentes d’un amour vrai ; et d’autres suggestions sont possibles pour l’interprétation de « ce que pleurent les morts ».

Travail restant à faire

- Développer le commentaire, éventuellement en modifiant les sous-parties du plan proposé.
- Rédiger l’introduction et la conclusion de ce devoir, en une dizaine de lignes pour chacune des deux.


La première image du logo est une photographie d’une sculpture d’Oreste Conti, inspirée par le poème Remords posthume de Charles Baudelaire, exposée à Menton (Musée des Beaux-arts Palais Carnolès) du 25 janvier au 21 avril 2008.


Brèves

Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

Statistiques

Dernière mise à jour

jeudi 5 janvier 2017

Publication

474 Articles
Aucun album photo
8 Brèves
Aucun site
15 Auteurs

Visites

6 aujourd'hui
1002 hier
989459 depuis le début
50 visiteurs actuellement connectés