Paul Éluard, Je t’aime, 1951.

lundi 5 janvier 2015
par  BM

Propositions pour un commentaire littéraire

(Voir aussi l’article voisin)

Le poème d’Éluard n’étant pas libre de droits de publication, on pourra le lire en de nombreux endroit sur Internet, et notamment ici :

Je t’aime

Paul Éluard, Le Phénix, 1951

Éléments et plan très sommaires pour un commentaire littéraire

Pour faire l’introduction :
Éluard est un poète amoureux, en voici une preuve ...
La propre vie d’Éluard lui a souvent inspiré des poèmes, y compris dans le domaine sentimental ...
La rencontre de celle qui allait devenir sa troisième femme, après le deuil de Nush, fut pour Éluard un moyen de se ressaisir et de reprendre goût à la vie ...
Ce poème de 1951 est une déclaration d’amour à une femme, mais il contient aussi une très forte sentimentalité, qui s’applique au monde entier ...
Pour en faire apparaître toute la complexité, le commentaire devra être gradué, et examiner successivement les procédés de la déclaration, puis l’élargissement que fait l’auteur à toutes les femmes et à l’univers entier ; ensuite alors, il sera possible de montrer que ce « Je t’aime » est un moyen littéraire d’atteindre à une forme d’immortalité.

Première partie :
- La structure du texte est déclarative : anaphores de « je t’aime », présent d’énonciation, enfermement d’une strophe au passé dans deux strophes au présent ; effets d’écho, tournures voisines exprimant une sentimentalité dirigée vers quelqu’un ; emploi de la deuxième personne du singulier et construction montrant la nécessité de l’un pour l’autre « sinon toi moi-même » : amour réciproque.
- La place du verbe aimer dans des vers très courts, qu’il remplit presque entièrement ; le paradoxe d’aimer « contre », au lieu de « pour » : amour très fort et envahissant.
- Les verbes du champ lexical du regard ; le symbolisme de ce regard qui fait exister celui qui est vu ; le thème du miroir : relation amoureuse heureuse, fondée sur des sentiments positifs « sagesse », « raison », relation pleine de certitude et d’apaisement.

Deuxième partie :
- Oppositions singulier pluriel : caractère unique de la femme aimée ; unicité dans le temps et dans l’espace (vers 2).
- Pluralité du monde, par les énumérations, les pluriels ; reprise formelle de certains vers ; images du monde très simples mais différentes les unes des autres ; article défini montrant la valeur générale de chacune de ces images ; monde complexe, à la fois intime « pain chaud » et immense « grand large » ; animaux et végétaux : l’amour est donc associé à la diversité, à l’union des contraires ou des paradoxes.
- Bonheur venant de l’étendue du monde, et de l’impression de liberté qu’elle donne ; la neige qui fond représente peut-être aussi la liberté, et la chaleur ; la fertilité ; les fleurs, le soleil, les animaux, etc. : sorte de paradis, renforcé par « purs » « que l’homme n’effraie pas », qui apporte l’idée d’innocence.
- Donc, univers pluriel et varié, fertile et chaud, traduisant l’image que se fait de la vie Éluard.

Troisième partie :
- L’image de la mort est vaincue : le titre du recueil en est une première preuve, car le phénix est l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres ; les allusions au passé renvoient à une durée écoulée et révolue (la mort de Nush) ; la première personne, « déserte », signifient solitude ; la paille évoque la mort ; les formes négatives de certains verbes, le miroir infranchissable, évoquent des échecs : situation nécessaire à une nouvelle vie, à une renaissance.
- « Apprendre » suppose une volonté de recommencer ; « apprendre ...la vie » suppose une volonté de revivre ; cette renaissance passe par l’effacement du passé « comme on oublie » ; « santé » va dans le même sens ; les fleurs symbolisent une renaissance perpétuelle, le printemps, renouveau éternel.
- Le présent n’a pas que valeur d’énonciation : il est aussi présent d’éternité (comme dans l’aspect déclaration d’amour, c’est pour toujours) ; « immortel », lié à « cœur » et « soleil », traduit un amour projeté sur le monde entier : espoirs sociaux d’Éluard ? en tout cas, espoir humaniste d’une vie plus forte que les maux du monde, espoir surréaliste de l’amour fou qui surmonte tout, notamment la mort.

Pour faire la conclusion :
- Les images multiples du monde servent à dire l’amour à une seule femme, mais cette femme est le médium entre le poète et le monde, et le poète est le porte-parole du sentiment/du désir de vie ; le poète crée une poésie facile, avec des petits bouts d’images du monde, ce qui veut dire que le bonheur est à la portée de tous ; sa forme déclarative, proche de celle des plus banales rengaines amoureuses, évoque à la fois la vie personnelle d’Éluard, et la réalité banale de l’espèce humaine ; enfin, c’est une poésie très imagée, très sensible/sensuelle, ce qui correspond à une esthétique particulière à Éluard : montrer le monde, donner à voir et à sentir, émouvoir par les perceptions ordinaires, et c’est à la fois totalement passe-partout et applicable à tous les cas particuliers.
- Il est facile de procéder à une extension vers d’autres textes qui mêlent poésie et idéologie : comme d’autres poètes, Éluard utilise son cas particulier amoureux pour faire de la philosophie, pour faire partager son opinion, pour faire passer son lecteur à un niveau de lecture et de compréhension universelles.


Brèves

Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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