Paul Éluard, Dit de la force de l’amour, 1948.

lundi 5 janvier 2015
par  BM

Propositions pour un commentaire littéraire

(Voir aussi l’article voisin)

Le poème d’Éluard n’étant pas libre de droits de publication, on pourra le lire en de nombreux endroit sur Internet, et notamment ici :

Dit de la force de l’amour

Paul Éluard, Poèmes politiques, 1948.

Vous ferez un commentaire de ce poème écrit par Éluard deux ans après la mort de sa femme Nusch, le 28 novembre 1946. Vous pourrez par exemple vous demander comment par différents moyens stylistiques le poète exprime les nouvelles raisons de vivre qu’il trouve dans un engagement qui est fidélité à Nusch, réalisation de leur amour.

Éléments et plan très sommaires pour un commentaire littéraire

- Les raisons qui pourraient renforcer le désir de mort d’Éluard se transforment en raisons renforçant son désir de vivre, et de vivre une vie politique.

Première partie

- Les tourments personnels d’Éluard apparaissent très forts : on pourra évoquer sa biographie, le contexte historique. Vers à exploiter : vers 4, vers 1, les pluriels etc., vers 9-10 à double sens ? Le vers 16, idem. Aux vers 17-21 on examinera les passés, la séparation présente, brutalité de l’écrasement de la joie.
- Donc les raisons de vivre sont d’abord présentées comme un dernier rempart : « entre » aux vers 1-2, et le rapprochement des vers 1 et 17-21.
- Ce rempart consiste dans la prise de conscience de n’être pas seul : parallélisme entre son malheur et les autres. Éluard construit une gradation jusqu’aux morts violentes et horribles, exprime le besoin de solidarité, dans l’image slogan du vers 7. De même, on peut relever l’universalité géopolitique du malheur.
- Il consiste aussi dans la prise de conscience d’une urgence : la menace du « noir », symbole de mort et d’enterrement, l’image du « fumier » qui évoque peut-être le pourrissement dans la mort, la menace du nombre des ennemis au vers 13., ou la définition de la nature des ennemis aux vers 2-7 et 13.
- Éluard se réfugie aussi dans le désir de produire chaleur, vie, beauté à partir du froid, de la mort, de la laideur (c’est la définition possible de la poésie, ou de l’amour qui est créateur chez les surréalistes) : on pourra exploiter l’image du bourgeonnement des vers 11-12, l’emploi répété du futur, les champs lexicaux opposés du malheur et du bonheur, du passé et du présent-futur.

Seconde partie

- Ces raisons de vivre trouvent leur naissance dans le passé, dans le souvenir de la femme aimée disparue : Éluard le dit aux vers 3-4, « que je ne peux admettre », au vers 17 « toi qui fus […] la conscience », et au vers 19-20.
- Elles se dirigent vers l’avenir grâce au souvenir de Nusch, comme au vers
- Enfin, Éluard retrouve des raisons de vivre dans la communauté de sacrifice ou de perte entre Nusch et les divers opprimés qui sont évoqués au vers 8 et au vers 13, par contrepoint : les égoïstes ne se préoccupent pas de la mort de Nusch.
- Mais surtout ces raisons de vivre sont une sorte de devoir de fidélité envers les engagements passés de Nusch, et l’on est dans le domaine politique : on relève d’abord au vers 17 une métaphore de la vie passée, de la naissance, si la chair d’Éluard continue d’agir, c’est comme si Nusch était encore en lui non seulement un souvenir, mais une âme, ou une conscience vivante. De plus, au vers 19-20 se manifeste l’importance de la morale, plus que du corps ou de l’égoïsme.
- Éluard affirme enfin son devoir envers l’utopie, l’idéal de Nusch et les idéaux du temps, les idéaux d’un groupe dont elle faisait partie : les vers 17-20 rappellent l’idéalisme de sa femme. Aux vers 18-20, on comprend que Nusch a inventé Éluard comme une femme fait un enfant, il a été réalisé par elle, il a accédé au monde réel et non plus au monde des idées abstraites ; Éluard à son tour réalise (ou réalisera) le bonheur rêvé de Nusch, et que sa mort l’a empêchée d’atteindre, c’est un accomplissement poétique et politique.

Synthèse

Le paradoxe est résolu par la littérature : le chagrin représenterait le désir amoureux de mourir pour oublier la perte de Nusch, mais serait irrationnel ; d’autre part, le désir de vivre pour ne pas oublier représente paradoxalement à une continuité de vie avec une morte, c’est donc l’invention d’une nouvelle joie de vivre, grâce au chagrin, et en annulant celui-ci.


Les deux images du logo sont des photographies de Nush Éluard en 1931, par Man Ray ; elles ont été utilisées plus tard côte à côte, dans un montage en hommage à Nush, accompagnées d’un extrait du recueil Le temps déborde, en 1947 :

"Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour.
En trop : le temps déborde."


Brèves

Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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