Les Contemplations, VI, 7.

dimanche 14 septembre 2014
par  BM

Cette tentative d’explication ne prétend ni être exhaustive, ni être LA leçon indiscutable sur le poème abordé : c’est seulement une reprise d’un ancien cours sur Les Contemplations, d’après des notes préparatoires restées manuscrites, à destination de deux collègues qui remettent Hugo au goût du jour et le soumettent à leur classe de Première.

Lecture minimale du poème

Un thème récurrent dans les Contemplations : la conversation avec la divinité
- Cette fois encore, VH évoque l’Apocalypse de Saint Jean, et plus précisément il exploite l’animal symbole de cet évangéliste, attribué à Jean pour sa clairvoyance et sa capacité à approcher spirituellement la contemplation de Dieu.
La croyance à la possibilité de voler jusqu’au soleil, attribuée à cet oiseau, est ici le prétexte à un récit presque épique, la montée de Jean auprès de Dieu.
Ce poème est donc lié au précédent, où Jean raconte aux humains ce qu’il a vu dans son voyage.

Un récit à connotation fantastique, le voyage initiatique :
- Le personnage de Jean est d’emblée montré comme un mystique, occupé à déchiffrer les énigmes sinistres, les prophéties.
Le désir de voir Jéhovah vient comme sous le coup d’une inspiration, sans justification, au vers 5, après la description de Jean.
- La parole humaine comprise par l’aigle, c’est une preuve que le personnage est élu, et possède des pouvoirs surnaturels ; d’ailleurs l’expression « son aigle » établit un lien spécial entre l’homme et l’animal, comme dans les fables, preuve de supériorité ou de sainteté.
C’est le prélude à un voyage dans les airs, comme VH le disait dans le poème précédent, au vers 5 : « J’ai vu le ciel, l’éther, le chaos et l’espace ».
L’ellipse narrative du vers 7 évite le récit ou la description du voyage.
Les 4 derniers vers disent l’indescriptible : est-ce une manière de faire entendre que les humains n’ont pas accès à Dieu, ce qui ferait de Jean un privilégié ?
VH se garde bien de dire le dialogue avec Jéhovah, à la différence du poème VI, 4.
Au contraire, il évoque seulement l’endroit, restant prudemment au bord de cet infini, ainsi sa conclusion peut être plus forte, explication telle qu’on la donne dans les catéchismes, vaguement voisine des croyances mythologiques gréco-romaines : la gloire des dieux est tellement éblouissante qu’on ne peut le regarder en face.
Il faut tout de même noter que l’aigle, auquel on attribue le pouvoir de regarder le soleil, est l’animal de cet évangéliste,qui a vu Dieu ...

Un personnage paradoxal :
- Le prophète de l’apocalypse devant Dieu : il faut noter que l’endroit où se pose l’ombre divine n’est pas mesurable, et VH se contente d’en évoquer le mystère, endroit sans nom, lieu redoutable, plein d’ombre, donc, obscurité et non lumière.
Cependant, c’est le verbe voir qui est utilisé, au vers 9.
- L’évocation d’une sorte de "paysage" vide, avec des « portes », contribue davantage encore à augmenter cette petitesse de l’homme.
Cependant, Jean est supérieur aux êtres divins, selon le vers 9 : « Il vit l’endroit dont nul archange n’ose
traverser le milieu. »
- Après VI, 4, où Jean est très dominateur (mais serviteur de Dieu), il est ici sans voix, simple regard observant l’ombre.

Propositions pour une conclusion

- Si l’on rapproche les deux poèmes VI, 4 et VI, 7, on a un rapport logique sous la forme d’un syllogisme :
VI, 4, Jean parle aux humains après avoir parlé à Dieu ;
Or VI, 7, il a fallu que Jean montât aux cieux pour le voir, dans un lieu plein d’ombre et interdit même aux archanges ;
Donc … et la conclusion n’est pas explicitée. Elle se déduit de la cohérence interne des deux textes : DONC nous sommes tout petits devant Jean, et superlativement minuscules devant Dieu. L’apocalypse est donc une menace énorme, et nous devons écouter la prophétie, puis modifier nos comportements.

- D’autre part, la grandiloquence vague de VH donne l’impression que la religion commande une obéissance absolue, mais élève le statut du poète :
Dieu est totalement hors de portée de notre compréhension, puisque même Jean ne peut l’approcher ;
Mais le poète essaie … et comme il est voyant, visionnaire, créateur, il reçoit de Dieu la capacité ou la mission de nous le faire entrapercevoir grâce à la poésie.

- VH se montre donc fidèle à lui-même : faut-il parler de prétention, d’orgueil ?
La prudence s’impose dans un entretien à l’EAF,mais on peut sans risque parler d’ambition littéraire et spirituelle, ou rapprocher la série de poèmes métaphysiques des œuvres plus politiques,où VH se montre donneur de leçons.


Les deux images du logo sont une statue par Arthur Guéniot, dans l’église Saint Jean de Montmartre, puis une toile du Gréco, au musée du Prado de Madrid.


Documents joints

Contemplations, VI, 7
Contemplations, VI, 7

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Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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