Les Contemplations, VI, 3.

dimanche 14 septembre 2014
par  BM

Cette tentative d’explication ne prétend ni être exhaustive, ni être LA leçon indiscutable sur le poème abordé : c’est seulement une reprise d’un ancien cours sur Les Contemplations, d’après des notes préparatoires restées manuscrites, à destination de deux collègues qui remettent Hugo au goût du jour et le soumettent à leur classe de Première.

Approche très sommaire du texte, à approfondir pour l’oral de l’EAF

Présentation

Une fois encore, VH prend comme sujet la rencontre entre l’au-delà, ou du mystère, et l’homme, et il se met en scène ; une fois encore, le poème est prétexte à parole, mais ici un long discours occupe tout l’espace, ses questions oratoires ne reçoivent pas de réponse, et c’est une sorte de prophétie didactique.
Le thème est récurrent : apparition d’un spectre … qui récite au poète-auditeur une longue parabole, explication des raisons de l’ombre et de la lumière, incitation à “croire” (vers 22).
Le choix de la localisation n’est sans doute pas anodin : le lieu est évoqué par VH dans les premiers vers du dernier (et très long - plus de 700 vers) poème des Contemplations, « Ce que dit la bouche d’ombre » :
« L’HOMME en songeant descend au gouffre universel.
J’errais près du dolmen qui domine Rozel,
À l’endroit où le cap se prolonge en presqu’île.
Le spectre m’attendait ; [...] »
Ce dolmen de Jersey est un lieu magique, auquel VH, très porté à la communication avec les esprits, attribue des pouvoirs occultes, magie mêlée de religiosité.

Quelques remarques

- Une tonalité et des images souvent énigmatiques et inquiétantes, par association d’éléments disparates, qu’on peut relever et brièvement commenter :
Vers 2 : deux adjectifs pris comme substantifs, avec un fort effet d’abstraction.
Vers 3 : une image de colère, sans objet défini.
Vers 4 et 5 : association de la parole et de la lumière, puis de l’œil et de la bouche, dans deux caractéristiques éloignées de la vision et du langage.
Vers 9 : une autre abstraction associée à un élément concret, qui prend une valeur allégorique, si bien que la foule des humains (vivants, puis morts) « flots de l’océan Nombre » débouche sur l’idée de l’Infini, puis est annihilée au vers suivant par la négation réductrice qui le fait équivaloir à « un souffle dans de l’ombre ».
Vers 11 et 12 : deux expressions qui mettent en équivalence des contraires, naissance et mort, fin et début, avec un chiasme au rythme très symétrique.
Vers 14 et 15 : la fosse est personnifiée dans sa réduction à une bouche, allégorie de la mort affamée, puis de la mort amoureuse.
Vers 24 et 25 : les trois verbes employés absolument, juxtaposés pour un seul sujet, « l’espace », contribuent à le transformer en être vivant, aux aguets de l’existence humaine qui n’en est pas consciente.
Vers 28 : cette interrogation rhétorique récapitule tout ce qu’il y avait d’énigmatique depuis le début, avec une tonalité menaçante.

- Un thème macabre, comme une vanité, parcourt tout le poème dans un grand nombre de clichés littéraires : on pourra le montrer aux vers 5, 6, 8, 10 à 12, qui évoquent abstraitement la mort, ou aux vers 13 à 15, 18, 25, 26, qui se rapportent plus précisément au tombeau, au cadavre.
La récurrence du verbe “passer”, aux vers 8, 11, le verbe "s’en aller" au vers 19, est un euphémisme pour dirse la même réalité .
Le jugement dernier lui-même est évoqué, dans l’image marine de « l’immense et lugubre reflux ».
Une belle image se trouve aux vers 22 et 23 : symboliquement, le livre de la vie est parcouru par le regard de Dieu, et la Parque qui coupe le fil est remplacée par le coin fait en haut d’une page pour en conserver l’emplacement, mais aussi pour interrompre la lecture.

- Le texte est par endroits hyperbolique, pour faire percevoir la notion d’infini, ou de disproportion entre l’homme et la divinité :
Vers 1 : « un grand angle d’ombre » représente l’espace infini.
Vers 18 : « la terre profonde », autre image de la petitesse humaine.

Éléments pour une conclusion

- La tonalité dominatrice, impérieuse, magistrale, comme celle d’une leçon de morale indiscutable, représente la facette didactique de VH.
Il utilise pour cela des images de disproportion (cf. poèmes précédents) et une construction très accumulative, ce qui rend le texte catégorique, comme si le poète-narrateur-auditeur se trouvait sous une avalanche d’arguments et d’exemples irréfutables.
Or rien de tout cela n’est extraordinaire, VH développe une variation sur la banalité du Memento mori, cherchant à effrayer en laissant entrevoir l’invisible, en incitant à écouter le silence, etc.

- Les métaphores de la soumission au bon vouloir divin, de l’inclusion (presque panthéiste ?) de l’homme dans l’univers, de la foi obscure (celle du charbonnier ?) mais obligatoire, sont aussi la marque de la puissance poétique, capable de créer l’atmosphère nécessaire à une leçon.
De ce point de vue, l’image finale du « vent mystérieux » évoque un souffle, donc une voix, comme l’esprit saint peut-être ?
Donc, ici, VH se fait prophète, par le biais d’un récit où il est l’auditeur docile d’un discours divin.


Le logo de cet article est une photo du fameux dolmen, et son dessin par VH lui-même.


Documents joints

Contemplations, VI, 3
Contemplations, VI, 3

Brèves

Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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