Les Contemplations, VI, 1.

dimanche 14 septembre 2014
par  BM

Cette tentative d’explication ne prétend ni être exhaustive, ni être LA leçon indiscutable sur le poème abordé : c’est seulement une reprise d’un ancien cours sur Les Contemplations, d’après des notes préparatoires restées manuscrites, à destination de deux collègues qui remettent Hugo au goût du jour et le soumettent à leur classe de Première.

Explications minimales pour préparer l’oral de l’EAF

Le livre VI des Contemplations s’intitule Au bord de l’infini, et le premier poème de la série donne le ton : gigantisme, espace à franchir pour parvenir à Dieu, et VH est le héros du récit, privilégié qui converse avec Dieu ou ses envoyés, comme dans le poème « Apparition », V, 18.

Quelques pistes pour l’analyse

La signification globale du texte : la voie vers Dieu n’est qu’une question de confiance

- Le problème posé est simple : sur quoi avancer, marcher, quand il n’y a rien … mais quand on voit très nettement et très loin le but à atteindre ?
VH invente, métaphoriquement, le pont autoporteur, qui se construit de lui-même, avance au-dessus de l’obstacle, et finit par toucher l’autre rive. Ce pont est en même temps le moyen et le but.
Cette métaphore évoque la nécessité d’atteindre ce qui est impossible : c’est l’Idéal, au milieu de la désolation universelle.

La mise en scène et en images : une atmosphère, un personnage venu d’ailleurs

- Images terrifiantes, de nuit, d’immensité, de profondeur, évocation du risque de chute, du vertige : on peut les relever et les rapprocher, pour montrer qu’elles construisent à la fois le thème et l’atmosphère de la première moitié du poème.
Vers 2 : double négation qui place VH dans le vide lui-même ? L’absence de « cime » constitue un paradoxe, pour évoquer la profondeur de « l’abîme ».
Vers 5-6 : comme dans le poème « Apparition », l’éclat d’une étoile représente la divinité, lointaine, qui ne joue pas le rôle de flambeau, mais d’idéal. Le vers 5, dans sa redondance, sert à préparer le contraste avec la lumière du vers suivant.
Vers 8 : reprise de l’image initiale, négation absolue et variation synonymique sur la notion de « rivage » du vers 2.
Vers 9 : la marche dans la nuit est le symbole de la vie humaine, Dieu étant une fois encore le remède à l’obscurité.
Vers 10 : l’hyperbole « des millions d’arches » est au diapason des autres images de l’infini.

- Une apparition surprenante : cette fois il ne s’agit pas d’un ange, mais d’un « fantôme », que VH décrit de façon impressionniste, comme un être composite.
« la forme d’une larme », « un front de vierge avec des mains d’enfant », ressemblant « au lys », mains jointes lumineuses. Tout cela contraste avec l’obscurité, avec l’immensité, et compose un personnage fragile, presque féminin, sans forme définie excepté les mains. La blancheur est celle de la pureté et de la douceur, comme le lys dans le langage des fleurs.
C’est donc l’apaisement qui s’impose face à l’alarme du vers 13, comme dans « Apparition », V, 18.
Une interprétation plus poussée permet d’envisager que le symbole de la larme et le fantôme représentent encore Léopoldine, dans la lumière de Dieu. Une image du vers 18 pourrait confirmer cela : « l’abîme où va toute poussière » est une évocation possible du tombeau.

Un dialogue extraordinaire, un apologue pieux

- Une demande exaucée : VH face au néant, ou face à l’inconnu, s’interroge de manière dramatique, et obtient une réponse. Cette mise en scène est facile à comprendre, si l’on étudie la composition narrative.
La construction est paradoxale et conduit à une révélation en forme de chute : dans les vers 1-12, VH accumule les impossibilités et s’adresse à son âme pour trouver une solution ; au vers 12 apparaît la vision, décrite longuement avec des caractéristiques contraires à celles de l’abîme, vision silencieuse d’abord, qui propose une solution évidente, « le pont » du titre, avec l’article défini qui a la valeur de l’unicité ; les millions d’arches imaginées plus haut prennent leur nom dans le dernier mot du poème, « La prière », encore une fois avec l’article défini marquant l’unicité, comme banalement, en réponse à la question sur l’identité du spectre.
(On pourrait noter la proximité avec la question posée au mendiant en V, 9 :
"Comment vous nommez-vous ?" Il me dit : "Je me nomme
Le pauvre.")

- Les questions oratoires abondantes, et la réponse brève et définitive, s’opposent : les premières construisent le récit, ou l’apologue, la double réponse vient comme une moralité, et une injonction.
Cette injonction, dernier mot du dernier vers, au bout d’une attente à la signification religieuse et littéraire, c’est le poème qui dévoile la vérité, mais elle doit se mériter et se faire attendre.
De même, cette mise en évidence au dernier mot du texte sert à faire prendre espoir, une autre vertu religieuse et hugolienne, particulièrement si l’on prend en considération la date : décembre 1852, juste un an après le choix de l’exil politique. C’est donc VH lui-même qui s’adresse au lecteur, prenant une stature de prophète.

- La forme récit peut conforter cette analyse : elle n’évoque pas une expérience personnelle au sens autobiographique, puisque tous les éléments ou indices trop concrets sont gommés, ou représentés dans une aura d’universalité conforme à l’atmosphère fantastique, mais elle est parabole littéraire inventée par le Poète, dans sa mission explicative.
Le fantôme immatériel qui se présente au narrateur-poète est une entité purement abstraite, servant à introduire une vérité du monde des idées, ou du monde de l’au-delà.


Documents joints

Contemplations, VI, 1
Contemplations, VI, 1

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lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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