Les Contemplations, V, 18.

dimanche 14 septembre 2014
par  BM

Cette tentative d’explication ne prétend ni être exhaustive, ni être LA leçon indiscutable sur le poème abordé : c’est seulement une reprise d’un ancien cours sur Les Contemplations, d’après des notes préparatoires restées manuscrites, à destination de deux collègues qui remettent Hugo au goût du jour et le soumettent à leur classe de Première.

Explications minimales pour préparer un oral à l’EAF

Des symboliques assez claires :

- Blancheur // nuit : paradoxes sur les couleurs. L’ange blanc représente la mort (« prendre ton âme ») et l’ange noir représente l’amour (« plus charmant que le jour »).
Cette métamorphose subite au vers 15 symbolise l’annonce de la mort à venir, dans une sorte de paraphrase de l’Annonciation chrétienne : le visiteur (l’ange) apporte une explication au visité.
- L’apaisement de la tempête : pendant l’exil, et toujours dans le deuil de Léopoldine, VH se décrit en proie au trouble, et trouve une ressource à la fois dans l’écriture et dans la foi.
Le parcours narratif de ce texte le montre : au vers 2, « la tempête », au vers 6, « j’eus peur », aux vers 9-10, « le ciel [...] s’éteignait », au vers 14 « la nuit augmentait sur mon âme ravie », au vers 15 « l’ange devint noir », mais à la fin VH voit deux lumières, le regard de l’ange (« brillaient ses prunelles ») et l’infini au-delà des « astres ». Ce parcours nous mène de la vie ordinaire, inquiétante, à la peur de la mort, puis au Ciel, que VH ne nomme pas, mais représente par l’image finale.
- Si le manichéisme habituel chez VH se retrouve dans l’opposition du vers 13, « Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? », la capacité à dépasser les contradictions se manifeste dans la transfiguration du vers 15 : ni vie, ni mort, mais « amour », et âme ravie, qu’il faut entendre au double sens du ravissement, plaisir et captivité.
Une interprétation hardie serait possible : cette apparition est le désir d’amour, ou d’extase, à la fois matérielle et spirituelle, et VH se tient habilement hors de portée de toute vérification grâce au langage qu’il emploie, et à la forme poétique.

Un dialogue avec l’au-delà, mysticisme de VH qui se fait passeur entre le ciel et la terre :

- VH semble affirmer sa certitude que les vraies connaissances proviennent du ciel, non de la terre.
C’est lui le Voyant, il reçoit une Annonciation, et ose dialoguer avec l’envoyé du Ciel.
Il se montre à l’écoute, capable de distinguer ce que les gens ordinaires ne voient ni n’entendent, et le vers 6 (à la logique presque comique, ou à la limite du grotesque poétique ?) est une vision aberrante, difficile à interpréter : cette femme est peut-être Léopoldine ?
Le goût de VH pour la communication avec les esprits, sa volonté de marque un amour inextinguible pour sa fille, justifieraient peut-être cette analyse : l’ange serait alors une revenante, venue du ciel, annonçant des retrouvailles.
- L’opposition entre le prosaïsme des paroles du poète et la majesté de celles de l’ange est un autre signe de ce dialogue, respectueux, mais sans crainte, entre un humain et la divinité.
« Qu’est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ? » rythme haché, fait presque uniquement de monosyllabes, et tournure grammaticale simplifiée, reçoit une réponse harmonieuse et balancée, « Je viens prendre ton âme ».
Aux vers 8, 10-11, 12-13, les questions du poète sont toujours construites sur des ruptures syntaxiques et/ou versifiées, coupées par les points de suspension au vers 10, et la seconde (et dernière) réponse de l’ange, par sa brièveté, prend force de conclusion et de définition à la fois, « Je suis l’amour ».

Comment montrer l’étrangeté et la beauté de certaines images ?

- Les clichés sont nombreux ... les incohérences imagées aussi.
- Le « vol éblouissant », association de mouvement et de lumière, devient un apaisement de la tempête, qui est mouvement et obscurité, puis devient silence par-dessus le bruit des vagues. Dans cette série de sensations mélangées, c’est le mystère ou le fantastique qui se manifeste. L’esprit qui passe au-dessus des eaux, c’est aussi une paraphrase de la Genèse ?
- Vers 12 : « passant du ciel bleu », cliché sous forme de définition. Les anges, comme les oiseaux, ont toujours des ailes. Cette évocation passe-partout ne prend de sens que dans un contexte.
- Vers 16 : une antithèse coutumière à VH, entre l’obscurité et la lumière, et qui renverse les valeurs usuelles.
- Comme dans « Mors », VH offre une image à la limite du fantastique et du mystique, aux deux derniers vers :
« Et je voyais, ...
Les astres à travers les plumes de ses ailes. »
L’ange se réduit à deux prunelles qui brillent, symbole de la vision absolue de Dieu, et à une transparence ouvrant derrière lui.
Le vers final peut aussi être rapproché de la fin du texte V, 9, lorsque le poète a recueilli un mendiant :
« Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations. »
Pour VH, une vision, quelle qu’elle soit, laisse toujours deviner une vérité cachée.

Quelques remarques dans le désordre, à approfondir :

- Versification à rimes plates, sur un lexique très banal, comme l’ensemble du poème.
Quelques couples de mots fréquents chez VH : « âme » et « femme », « jour » et « amour », « tête » et « tempête ».
- Omniprésence du « JE », comme souvent dans les Contemplations  : VH est dans l’autobiographie, l’autoportrait, l’égocentrisme.
- Maîtrise de la narration, avec le goût de VH pour la disproportion dans la composition, et pour une chute brève qui fait rupture avec la mise en place.


Documents joints

Contemplations, V, 18
Contemplations, V, 18

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Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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