Les Contemplations, V, 9.

dimanche 14 septembre 2014
par  BM

Cette tentative d’explication ne prétend ni être exhaustive, ni être LA leçon indiscutable sur le poème abordé : c’est seulement une reprise d’un ancien cours sur Les Contemplations, d’après des notes préparatoires restées manuscrites, à destination de deux collègues qui remettent Hugo au goût du jour et le soumettent à leur classe de Première.

Propositions sommaires d’analyse

Une tentative de montrer divers niveaux de lecture

Que lire ici ? Lecture au premier degré Signification plus haute ou élargie ?Ambition littéraire ?
Forme et / ou genre Récit autobiographique Scène quotidienne avec dialogue (apologue ?) Poème engagé très travaillé et ambitieux
Sujet et / ou intention Anecdote banale : VH est attentif au monde réel Récit + description d’une société inégalitaire Recherche de contrastes forts et d’images chocs
Sentiments et / ou impressions Compassion, générosité sociale ; Sentiments chrétiens, charité ;
l’humilité et la grandeur ;
Transfiguration visionnaire de la banalité ;
émotion esthétique
Thèmes de réflexion Misère, pauvreté, inégalité, efficacité de l’homme dans la société Justice, injustice, existence de Dieu… Manque de vision poétique chez les gens communs
Effet obtenu Un homme réconforte un mendiant L’âme de VH entrevoit une lumière mystique, sorte de remerciement de Dieu par l’intermédiaire du mendiant, qui devient ainsi une sorte d’intercesseur VH poète ressent une inspiration esthétique et la transforme en image sublime, comme pour remercier Dieu de lui avoir donné l’occasion de rendre un service humain
Visée de VH ? Cette prise de conscience globale du problème, de ses solutions et de ses prolongements, est réservée à VH, homme social, donc il montre un exemple de comportement Prière d’une âme chrétienne ? Projet littéraire d’un poète visionnaire, qui en fait ainsi profiter bénévolement (et majestueusement) ses lecteurs, pour qu’ils soient éclairés ? Pour qu’ils l’admirent ? pour qu’ils se tournent vers Dieu ?
Justification autobiographique ? Justification (en retour) de l’écriture d’un récit où VH a le beau rôle, tout en étant modestement l’instrument de Dieu Justification de la nécessité de transmettre au lecteur une morale pratique, en faisant pression sur lui par la force des images poétiques (rôle du Poète ?) Justification de la nécessité de la création poétique : c’est une offrande de beauté, d’émotion, un réconfort esthétique offert au lecteur, pour son édification et sa culture
SOLUTION UNIQUE L’ACTION PERSONNELLE L’INCITATION À L’ACTION SOCIALE LA POÉSIE ENGAGÉE

Une réminiscence littéraire ?

- Vers 8-9 : cf. Dom Juan Acte III, Scène 2, la scène du pauvre. Voir aussi la figure complexe du chiasme.

Quelques indications complémentaires, sur des images chocs :

- Vers 1 : La situation narrative « le givre et le vent » est un cliché, que la date du poème renforce pour montrer un hiver de convention littéraire. Cf. le vers 14.
- Vers 6 et 14 : Les images « une niche » et « grelottait » marquent une volonté de pathétique.
- Vers 12 : Le rejet expressif (comme disent Lagarde et Michard) « du pauvre » met en évidence une violence sociale, puisque l’identité de l’individu est ramenée à sa condition sociale, ce qui le déshumanise comme au vers 6. Cf. la remarque à propos de Dom Juan.
À la fin de ce même vers, le terme « homme » lui redonne son statut.
- Vers 18 : Ici débute la description du manteau, qui se poursuit jusqu’à la fin du poème ; elle commence de façon réaliste et misérabiliste, dans une accumulation de détails sordides : « mangé des vers », « jadis bleu », « piqué de mille trous », « haillon », « la pluie et l’eau des fondrières », qui ne révèlent que la misère matérielle.
- Vers 21 : L’image se transforme peu à peu, par l’introduction d’éléments moins matériels, et qui vont progressivement amener une élévation à l’infini céleste : une première comparaison, « semblait un ciel noir étoilé », amène la notion implicite du Ciel, au vers 24, « cet homme était plein de prières », pour culminer dans la vision cosmique du vers 26.

Un travail sur le rythme :
- Le dialogue est fortement articulé par des ruptures du rythme traditionnel de l’alexandrin, donnant l’impression d’une langue presque prosaïque et triviale : aux vers 10-11 le rythme est 4 + 8 // 6 + 3 + 3 mais la phrase continue au vers 12, cassé par le rejet, 3 + 5 + 4 ; de même, aux vers 16-17 le discours de VH est coupé, ce qui donne 6 + 2 + 4 // 6 + 6.
L’unique parole du pauvre est violente dans le choix du rejet (voir supra).
- Vers 18 à 26 : ralentissement, et amplification du rythme, en deux phrases longues : d’abord une de 3 vers, où la description du manteau se fait par additions successives des qualificatifs, pour aboutir à une impression visuelle étrange, puis une de 5 vers à la syntaxe complexe, phrase à rallonges qui font un va-et-vient entre la réalité visible et la vision intérieure du poète, transfiguration du pauvre manteau.


Documents joints

Contemplations, V, 9
Contemplations, V, 9

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Madame Bovary au cinéma

lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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