Les Contemplations, IV, 16.

dimanche 14 septembre 2014
par  BM

Cette tentative d’explication ne prétend ni être exhaustive, ni être LA leçon indiscutable sur le poème abordé : c’est seulement une reprise d’un ancien cours sur Les Contemplations, d’après des notes préparatoires restées manuscrites, à destination de deux collègues qui remettent Hugo au goût du jour et le soumettent à leur classe de Première.

Plan sommaire de lecture organisée

N.B. La mort est désignée dans le titre sous son nom latin.
On se souviendra que Victor Hugo a perdu sa fille Léopoldine en 1843. Ce texte a été écrit en mars 1854.

Deux plans de commentaire :

- Première proposition :
1) Tradition : la représentation de la mort sous forme d’un squelette, armé d’une « faulx », mise en scène macabre et impressionnante.
Signification symbolique usuelle : l’égalisation devant la mort, la peur des puissants, la souffrance des survivants.
2) Innovation : un contraste très fort entre la peur et la joie.
Morale implicite dirigée contre les rois, sentiments personnels de VH à propos des enfants.
Rachat des enfants par un ange pas du tout apocalyptique.

- Deuxième proposition :
1) Mise en scène de la Faucheuse mythique, à laquelle VH enlève la majuscule initiale, personnage géant et spectaculaire :
Faucheuse qui n’épargne personne.
Faucheuse qui fait peur à tous : le poème transmet une impression de désespoir.
2) Rectifications du mythe ou du thème par VH :
par l’allusion à son drame personnel, cette description devient une vision hallucinée et/ou mystique, celle d’un voyant ;
par l’évocation d’une révolte sans peur, à cause des enfants et de l’amour maternel ;
par une récupération angélique du thème macabre, vision paradisiaque d’espoir.

Notes de détail à utiliser pour bien comprendre le texte :

- Vers 1 : vision affirmée d’emblée comme une réalité ; JE : pourquoi je ? cf. 5 « L’homme » : y a-t-il un spectateur ? VH se dédouble-t-il pour s’observer dans cette vision ?
- Vers 2 : « à grands pas », cf.5 : impression de spectacle fascinant qui oblige l’oeil à le suivre.
- Vers 3 : image bizarre et fantastique, irréaliste : on voit à travers ses côtes ?
- Vers 6 à 10 : images conventionnelles de la ruine des riches.
- Vers 7 à 10 : série anaphorique des transformations opérées par la mort.
- Vers 7 : rejet de « tombaient » ; Babylone = connotation biblique : la grande prostituée, l’incroyance.
- Vers 8 : procédé provocateur destiné à montrer l’apocalypse, le renversement des valeurs, peut-être opinion politique sous-jacente ?
- Vers 9 : « les enfants en oiseaux » ? anges ailés ? en tout cas, série systématique de contrastes dans les vers 8 à 10 : le premier hémistiche décrit une destruction des valeurs communes (« le trône », « les roses », « l’or »), le second hémistiche décrit une valorisation.
- Vers 10 : « l’or en cendres » ? Renversement des valeurs communes, et les cendres sont un symbole de la mort, et du deuil chez les anciens.
- Vers 10 : l’hyperbole des « ruisseaux » est peut-être une réminiscence de Niobé, qui pleure éternellement ses enfants morts, sous la forme d’un rocher qui pleure.
- Vers 11 : discours de révolte assez similaire à celui du poème 4 dans le même livre des Contemplations, « Oh ! je fus comme fou dans le premier moment ... », aux vers 9-10.
- Vers 12 : sentiment de l’injustice métaphysique de la naissance, et antithèse classique entre « naître » et « mourir ».
- Vers 13 : « en haut, en bas » : cf. les vers 8 et 9, renversement des puissants, et mort des pauvres ? beaucoup d’images implicites.
- Vers 14 : images très convenues de la maladie, de la mort : misérabilisme et pathétique.
- Vers 15 : idem, romantisme des clichés et accumulation des images macabres.
- Vers 16 et 17 : cf. 4, la fuite, le recul par peur de la mort ; l’image du troupeau dévalorise les humains.
- Vers 18 : « Tout ... » cette série de 3 termes au singulier constitue une image traditionnelle du chaos, c’est la récapitulation avant la rupture du vers 19.
- Vers 19 : 18 vers contre 2, composition disproportionnée du poème, et image sulpicienne de cet ange « souriant », métaphore étrange qui rapproche « baigné » et « flammes », la progression du texte est faite pour aboutir à la rédemption et à la consolation.
- Vers 20 : le mot nommé au dernier vers, « la gerbe d’âmes » a des connotations multiples, et continue le geste de la faucheuse, et réhabilite cette moisson macabre en la métamorphosant ; les âmes sont le contraire de toutes les images du corps et de la douleur ; et surtout, cela donne à voir l’image de la rédemption vécue comme une revanche ou une consolation. Ces deux vers rejoignent le dessein général des Contemplations.

Sur l’ensemble du texte on peut examiner ceci :

- Le champ lexical de la nuit ou de l’obscurité ;
- Le champ lexical et les procédés stylistiques du renversement ;
- Le champ lexical du deuil ou de la douleur ;
- La mise en vers toujours expressive et rythmée ;
- La composition des masses, des paroles, et leur mise en scène ;
- Le plus important, c’est l’allure d’épopée pour un récit somme toute assez banal, au scénario réduit, et très conventionnel : Hugo le transforme en aventure romanesque et y brasse de la métaphysique avec des considérations politiques et morales, tout en laissant deviner le filigrane de son drame personnel.


Le texte est téléchargeable ci-dessous.


Documents joints

Contemplations, IV, 16
Contemplations, IV, 16

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lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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