Les Contemplations, IV, 11

dimanche 14 septembre 2014
par  BM

Cette tentative d’explication ne prétend ni être exhaustive, ni être LA leçon indiscutable sur le poème abordé : c’est seulement une reprise d’un ancien cours sur Les Contemplations, d’après des notes préparatoires restées manuscrites, à destination de deux collègues qui remettent Hugo au goût du jour et le soumettent à leur classe de Première.

Victor HUGO, Contemplations, IV, 4

Toujours à propos de sa fille Léopoldine, Hugo (3 ans plus tard) brosse le portrait de l’être humain dans le parcours de la vie, mais il fait aussi une sorte de récit qui décalque assez nettement ce qu’il a vécu jusqu’à cette mort accidentelle.
Le prétexte est indiqué dans l’indication temporelle, « en revenant du cimetière », ce qui affirme le caractère symbolique et personnel à la fois du poème.

Approche problématique très sommaire du poème

- Le procédé employé par VH est l’énumération des « choses de la vie », dans le but de montrer que la mort est une surprise, totalement différente des activités ordinaires.
Ce poème présente un grand risque de paraphrase : prudence en l’abordant !
Schéma de lecture proposé : un assez grand nombre de procédés poétiques paradoxaux aboutissent à des platitudes, malgré les contrastes typiques de VH et les allusions plus personnelles à son drame sentimental.

1°) Procédés conduisant à une poésie très prosaïque, ton plat et neutre.
- Phrases simples, constructions peu sophistiquées, et parfois lourdes.
Rimes plates, versification simple.
Juxtaposition, très peu de subordination.
Présent d’habitude, rendu plus vague encore par l’unique sujet indéfini « ON ».
Ponctuation par point et virgule jusqu’au vers 19, puis « … - » une rupture conduisant à un dernier vers exclamatif, produisant le contraste entre 19 vers de vie et 1 vers de mort, dernier mot du texte, comme si le poème n’était constitué que d’une seule phrase, qui prend son sens ici.

2°) Une rupture attendue :
- Cette rupture du vers final est, paradoxalement, une banalité, car la forme brusque de la phrase nominale, exclamative, « mort » employé avec un article défini au sens incertain (Léopoldine ? l’être humain ?) est l’unique moyen de couper court à une énumération …. Et l’unique fin prévisible à un poème dont on sent très vite qu’il va vers une « moralité ».
Le choix de placer la métaphore du silence juste au moment où le poème s’arrête est aussi un moyen d’imposer au lecteur une réflexion.
- D’ailleurs, la rime « effort » « mort » est très significative : la mort est qualifiée par son effet, le contraire total de tous les efforts humains pour ne pas mourir, le contraire total des vers 18-19 qui évoquaient une activité bruyante et productive, l’annihilation des efforts pour vivre.
- Cette force de l’antithèse, typiquement hugolienne, est d’autant plus remarquable qu’elle passe par un adverbe d’enchaînement temporel, « puis », et non par une quelconque copule ou asyndète adversative.

3°) Contrastes à fonction impressive : quelques exemples non développés, parmi un grand nombre :
- Vers 2 / vers 3-4 ; vers 8 / vers 14 ; vers 11 / vers 1-2 ;
- Contrastes des activités, des âges de la vie, des comportements.
- Contrastes explicites (sous forme d’antithèses) aux vers 16 à 18.
- Mais en fait tous ces apparents contrastes sont définitivement gommés par l’impression de désordre, d’abondance, d’hyperactivité, et de toute façon ils sont annulés (au sens étymologique) par le vers final, où le mot mort laisse son écho dans le silence qui suit la lecture.

4°) Évocation d’une vie faisant penser à celle de VH lui-même :
- Le poème décrit une vie masculine, patriarcale, politique, littéraire, avec toutes les contradictions induites par l’hyperactivité de VH.
Certains détails, si on les rapproche les uns des autres, évoquent une aventure humaine banalement chronologique : enfance, éducation (vers 1-3), adolescence, jeux d’étudiant (vers 3-5), amour ou flirt (vers 6-8), reproduction et famille, agrandissement de la famille (vers 8-10).
- Un sommet se trouve au milieu du texte, avec le mot-rime du vers 10, « fille », évidemment rattaché à la personne de Léopoldine.
De plus les trois formes sociales du féminin, ici, excluent l’épouse, et appuient davantage sur la filiation.
On retrouve ensuite les activités sociales, le travail adulte (vers 12-13), la politique, l’Histoire réelle de son temps (vers 14), les sentiments de solidarité qui se rattachent à l’époque de l’écriture et à l’exil politique (vers 16-17), le tout culminant sur une sorte d’idéal masculin de réussite, passant par la résistance à toutes les difficultés (vers 18-19).

DONC … lyrisme, violence ? Le dernier mot est pour la mort. C’est la mort qui « conduit le bal », comme Satan dans Faust


Le texte est téléchargeable ci-dessous.

En logo, la photographie par Auguste Vacquerie, le frère de Charles, d’un portrait de Léopoldine Hugo par sa sœur Adèle.


Documents joints

Contemplations, IV, 11
Contemplations, IV, 11

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lundi 25 mai 2015

Pour compléter l’article 39, qui se contentait de quelques pistes autour du film de Claude Chabrol, allez voir la webographie du réseau CANOPÉ sur ce sujet.

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