Bac blanc du 7 novembre : "corrigé", début.

dimanche 10 novembre 2013
par  ACV, BM

Proposition sommaire d’éléments de réponse à la question sur corpus.

- Montrer comment divers procédés d’écriture sont mis au service d’une critique de la vantardise, de l’orgueil, de la prétention, qui se traduit par des genres et registres très variés.

Éléments texte par texte : simple travail d’observation.

- Dans le texte 1
« Volontiers on fait cas d’une terre étrangère ;
Volontiers gens boiteux haïssent le logis. » = généralisation aux humains avec l’emploi de ON dans l’énonciation d’une phrase à l’allure de proverbe.
Ironie de l’auteur ?
Crédulité de la tortue, vanité : défauts exprimés par sous-entendu ironique ou explicitement.
« ce beau dessein » = ambition de l’animal, ironie du narrateur procédé du discours vaniteux tenu par l’animal
Généralisation aux défauts humains, liste de défauts voisins, dans les derniers vers, avec la métaphore du lignage :
« Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage .
Ce sont enfants tous d’un lignage. »

- Dans le texte 2
L’oiseau paré de divers plumages qui ne sont pas à lui = (métaphore du vol, de l’absence de personnalité réelle)
« Il ne parle pas, il ne sent pas ; il répète des sentiments et des discours » = procédé d’antithèse
« C’est un homme qui est de mise un quart d’heure de suite, qui le moment d’après baisse », = idem
Lexique dépréciatif : « ignore », « incapable », « naïvement »
Catalogue, énumération de défauts en forme de parataxe : vanité et infatuation ?
Procédé du portrait par petites touches
« Sa vanité l’a fait honnête homme » : explicitation du défaut du personnage + ironie de l’auteur

- Dans le texte 3
Humour, autodérision, emphase du narrateur vieilli pour exprimer l’emphase de l’enfant.
Autoportrait ou auto-analyse.
Désignation explicite du défaut de vanité ou d’orgueil :
« et nous résolûmes de nous procurer cette gloire sans la partager avec qui que ce fût. »
« la friponnerie »
« en répétant entre nous avec emphase »
« Jusque-là j’avais eu des accès d’orgueil par intervalles, quand j’étais Aristide ou Brutus : ce fut ici mon premier mouvement de vanité bien marquée. »
« Avoir pu construire un aqueduc de nos mains, avoir mis en concurrence une bouture avec un grand arbre, me paraissait le suprême degré de la gloire. À dix ans j’en jugeais mieux que César à trente. »

- Dans le texte 4
Procédé de la fable animalière qui transpose les comportements et qualités ou défauts des humains dans un animal.
Procédé de la chute et métaphore de la mise à nu qui révèle le mensonge.
Désignation explicite du défaut humain visé.
Procédé du discours excessif du singe qui se vante et dit « Admirez-moi »

- Dans les deux fables
Procédé d’antithèse et récit à chute qui amène la catastrophe et réduit à néant les prétentions des deux animaux

- Résultat : genres variés, de la fable à l’autobiographie en passant par le portrait proche de l’essai ; les registres sont très variés, mais le comique descriptif (La Fontaine) est assez voisin du comique d’autodérision ou d’humour (Rousseau), l’ironie méchante de Hugo est proche de celle de La Bruyère.
- Dans tous les cas, on aboutit à un portrait humain assez voisin : l’individu prétentieux, ou vaniteux, ou vantard, se retrouve tôt ou tard démasqué, ou puni, et se révèle un pauvre individu, souvent pitoyable ou ridicule.
- Il y a donc toujours une intention moralisante dans ces quatre textes, et on peut dire que la littérature, dans sa grande variété, utilise de nombreux genres pour viser un même but, la critique directe ou indirecte.


Essai de reformulation et de classement synthétique.

Proposition d’introduction

Le thème fédérateur des textes est la critique de la vanité. Le corpus est composé d’une fable de La Fontaine "La Tortue et les deux Canards", d’un fragment des Caractères de La Bruyère, "Ménippe", d’un extrait du Livre Premier des Confessions de Rousseau et enfin d’un poème de Victor Hugo, "Fable ou Histoire", extrait des Châtiments. Nous nous demanderons comment certains procédés sont mis au service de la critique de la vantardise, qui se produit par des genres et registres variés.

Proposition de réponse par catégories argumentatives

- 1) L’emploi d’un lexique dépréciatif, et l’explicitation des défauts visés par tel ou tel auteur : chez LF, chez LB, chez JJR, chez VH, sont un même procédé qui montre que l’argumentation critique est directe, même si elle se fait au travers de fables, même si ce sont des personnages inventés qui les prononcent.
On peut donner comme exemple cette phrase de JJR, qui désigne explicitement le défaut de vanité ou d’orgueil : « et nous résolûmes de nous procurer cette gloire sans la partager avec qui que ce fût. », ou le terme « la friponnerie » qui évoque directement la malhonnêteté des deux enfants, ou l’emploi du terme « vanité » par LB, de tournures négatives et dépréciatives qui font comprendre toute l’incapacité de son personnage : « Lui seul ignore », « incapable de savoir », « naïvement ». Ces procédés confinent parfois à l’ironie, et nous permettent d’évoquer une autre grande catégorie argumentative, le comique.

- 2) Un certain comique, provenant de procédés un peu différents les uns des autres, montre aussi que ces argumentations critiques visent à faire rire, ou à discréditer la cible réelle visée par l’auteur : soit des défauts humains généraux, dans les deux fables et dans le texte de LB, soit une personne dans le cas de la fable de VH, soit l’auteur lui-même lorsque JJR jette un regard rétrospectif sur son enfance.
On peut relever les procédés suivants : dans le texte 3, l’humour, l’autodérision de JJR se voit à l’emphase du narrateur vieilli pour exprimer l’emphase de l’enfant, lorsqu’il utilise la citation latine tirée de Virgile, “Labor omnia vincit improbus”, ou dans l’amorce de sa narration, « O vous, lecteurs curieux de la grande histoire du noyer de la terrasse, écoutez-en l’horrible tragédie, et vous abstenez de frémir si vous pouvez ! »
On peut aussi prendre en compte l’autoportrait ou auto-analyse : « en répétant entre nous avec emphase », « Jusque-là j’avais eu des accès d’orgueil par intervalles, quand j’étais Aristide ou Brutus : ce fut ici mon premier mouvement de vanité bien marquée. », « Avoir pu construire un aqueduc de nos mains, avoir mis en concurrence une bouture avec un grand arbre, me paraissait le suprême degré de la gloire. A dix ans j’en jugeais mieux que César à trente. »
Assez proche de l’auto-dérision de JJR, on peut noter chez LF« ce beau dessein » qui dénonce l’ambition de la tortue, montrée par le discours vaniteux de l’animal.
Beaucoup plus violente, mais toujours comique, est la chute de la fable racontée par VH : la mise à nu du singe n’est pas seulement une métaphore du dévoilement de Napoléon III, mais aussi une image qui le discrédite totalement ; le roi est nu, en quelque sorte.

- 3) Un grand nombre d’images sont employées, qui rendent vivantes les descriptions ou narrations, et qui contribuent à mieux montrer le défaut visé par l’auteur.
On peut relever par exemple : la métaphore du lignage dans la fable de LF : « Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage .
Ce sont enfants tous d’un lignage. »
La métaphore du vol, de l’absence de personnalité réelle de Ménippe, est un procédé assez voisin, chez LB, avec l’expression initiale « Ménippe est l’oiseau paré de divers plumages qui ne sont pas à lui. »
La mise à nu du singe, évoquée ci-dessus, a donc une fonction similaire : elle dévoile, au sens abstrait et concret, la méchanceté et l’infériorité de la cible visée.
Le « belluaire », assimilable au narrateur/auteur VH lui-même, prend donc plus de force et représente l’instrument de ce dévoilement.

- 4) La généralisation des défauts humains est un autre procédé qui contribue à rendre sérieuse l’argumentation.
On la trouve chez LF, dans les derniers vers de sa fable, avec cette énumération de quatre défauts assez voisins, correspondant tous à divers épisodes de l’aventure subie par la tortue :
« Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité ».
Cette généralisation aux humains est perceptible lorsque LF fait comprendre la crédulité de la tortue devant la proposition des deux canards.
Cette généralisation passe aussi par l’emploi du pronom indéfini « ON », au début de la même fable : « Volontiers on fait cas d’une terre étrangère ;
Volontiers gens boiteux haïssent le logis. »
L’énumération des défauts de Ménippe est assez semblable, et LB procède par petites touches lorsqu’il le dépeint, en juxtaposant de courtes phrases dont le personnage est presque toujours le sujet. LB emploie ici la parataxe pour critiquer
L’identification incertaine de Ménippe, généralisable à une quantité d’individus, contribue aussi à tendre à tout lecteur de LB un miroir sans complaisance.

Proposition de conclusion

- Donc, on pourrait parler de portrait satirique pour LB, de fable satirique pour VH, et de tonalité ironique ou moqueuse chez JJR et LF.
On a donc bien affaire à des textes qui ont pour but d’exposer une critique des comportements, dans un but assez moralisateur, plus ou moins violent.


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