Lorenzaccio, une pièce désespérée ?

mardi 23 avril 2013
par  BM

Proposition de correction de devoir

Un des sujets évoqués par le site Lettres volées

- Dans L’École du désenchantement, ouvrage publié aux éditions Gallimard en 1992, le critique littéraire Paul Bénichou écrit : « Les sarcasmes de Lorenzo atteignent peut-être la société française des années 1830, mais ils vont singulièrement au-delà, ils dépassent toute société et tout régime politique particulier. La cible de Musset est l’espèce humaine ; son désespoir est définitif. »
Cette lecture de Lorenzaccio vous semble-t-elle pertinente ?

Lecture du sujet.

- Mot clé : sarcasme.
Quels sont les sarcasmes purement politiques, qui viseraient la France de 1834 ?
Contre qui Lorenzo lance-t-il des sarcasmes dans la pièce ?
Ces sarcasmes montrent-ils une vision désespérée et/ou pessimiste de la vie ?
- Problématique simplifiée : parcourir et classer les critiques (explicites ou implicites) contre l’être humain intemporel, quelle que soit leur origine dans la pièce de Musset, que ces critiques soient lancées par Lorenzo ou un autre personnage.
Ensuite, vérifier que dans leur grande majorité ces critiques sont dirigées contre l’homme en général, et qu’elles sont intemporelles.
Erreur à éviter : faire un devoir de géopolitique contemporaine, ou d’histoire, et recenser des pays, ou des régimes, ou des comportements fortement médiatisés, pour montrer que c’est encore valable de nos jours.

Petit recensement de sarcasmes ou de critiques.

- Contre le manque de courage politique :
Lorenzo critique les républicains, Acte III, scène 3, et parie qu’ils n’agiront pas. Après avoir tué Alexandre, il parcourt la ville et ne récolte que des quolibets ou l’incrédulité des grandes familles.
- Contre de nombreux travers de l’espèce humaine :
Lorenzo se moque de son oncle Bindo Altoviti et du seigneur Venturi, en les faisant se soumettre à Alexandre, Acte II, scène 4.
Lorenzo se moque de Tebaldeo, artiste trop idéaliste qui ne voit pas la réalité, ou se contente d’être apolitique, Acte II, scène 2.
Lorenzo évoque avec dégoût les mères maquerelles, qui lèvent le voile de leur fille à son passage, espérant qu’il les enrichira en les prostituant à Alexandre, Acte III, scène 3.
Lorenzo ironise sur messieurs les amis de son cousin, et se moque de sire Maurice, qui a le cou court et les mains velues, et qui a besoin de compagnie féminine, Acte I, scène 4.
Lorenzo se moque des injures d’un homme d’église, et réclame qu’elles soient faites en latin, dans le même passage.
Lorenzo se moque ouvertement de son cousin, lorsqu’il évoque la facilité de mentir à un butor sans qu’il s’en aperçoive, Acte II, scène 4.
Lorenzo se moque de sa tante Catherine, de la célèbre Lucrèce, dont il ridiculise la grandeur mythique, Acte II, scène 4.
Lorenzo critique amèrement le peu de vertu des filles, lorsqu’il évoque la première fille qu’il a séduite, dans sa discussion avec Philippe, Acte III, scène 3.
À diverses reprises, Lorenzo dit son dégoût pour la bestialité de son cousin, notamment lorsqu’il parle avec Philippe, Acte III, scène 3.
Lorenzo ironise contre la lâcheté du « grand gaillard à jambes nues » qui n’a pas osé le tuer malgré la forte récompense promise, Acte V, scène 7.
Beaucoup d’autocritiques de Lorenzo reprennent ces mêmes sujets, par exemple le refus de revenir à une vie honnête, puisqu’il a pris goût à la débauche, dans cette même scène 7.

Interprétation et analyse.

- Politiquement, les cibles de Lorenzo fustigent non seulement la royauté française, mais aussi des aspects intemporels de l’homme : son immobilisme, sa peur d’aller au bout de ses convictions, la tranquillité familiale ou la satisfaction des intérêts de clan ou de commerce.
Lorenzo, dans une sorte d’autocritique, fait la critique de la duplicité humaine, de la honte d’être soi-même, de la lâcheté, de l’hypocrisie.
Il porte aussi un regard très négatif sur les faiblesses humaines, notamment l’orgueil.

- D’autres critiques sont faites dans la pièce, non dans les sarcasmes de Lorenzo, mais dans l’action elle-même, ou par d’autres personnages.
L’adultère de la Marquise Cibo n’est pas condamné dans sa composante amoureuse ou sensuelle, mais dans sa prétention intellectuelle d’une femme qui veut faire de la politique en agissant sur son royal amant. Alexandre lui-même perçoit ce travers, et demande à la Marquise de rester dans son rôle de maîtresse.
Le non-respect du secret de la confession par le Cardinal Cibo est une autre faute morale, qui porte en soi sa critique, et que la Marquise reproche fermement à son beau-frère.
L’élection de Côme de Médicis, après la mort d’Alexandre et de Lorenzo, est en elle-même une autocritique de la bêtise et du conformisme, puisque le Conseil des Huit décide de choisir la stabilité, afin de garder le pouvoir. Les étudiants essaient de se révolter, mais les soldats les font violemment taire.

- Donc, on peut aller dans le sens de la lecture faite par Bénichou.
Certaines critiques faites par Lorenzo lui-même se retrouvent dans les paroles d’autres personnages.
Lorenzaccio est une pièce pessimiste, dont le désespoir, exprimé ou implicite, reflète les désillusions des jeunes romantiques de cette époque.

- On pourrait élargir la réflexion en évoquant d’autres œuvres littéraires qui ont, à une époque ou une autre, fait la critique de l’être humain sur des points similaires : Molière dans Le Bourgeois gentilhomme, ou dans Dom Juan, de manière comique.


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vendredi 21 juin 2013

- 2002 : ES-S Argumentation L Poésie
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- 2004 : ES-S Théâtre L Épistolaire
- 2005 : ES-S Poésie L Théâtre
- 2006 : ES-S Argumentation L Poésie
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- 2008 : ES-S Roman L Roman
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- 2010 : ES-S Argumentation L Réécritures
- 2011 : ES-S Roman L Théâtre
- 2012 : ES-S Poésie L Renaissance et Humanisme
- 2013 : ES-S Roman L Réécritures

Et pour la suite, voyez le site de Philippe Lavergne !

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Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
Zazie ici, Lorenzaccio .
Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

Réécrire : pourquoi ?

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