Lorenzaccio, les monologues de l’Acte III, scène 3

mardi 26 mars 2013
par  BM

Pistes pour approfondir la lecture de la scène 3.

Le contenu de la scène

Lorenzo fait son autobiographie, un résumé chronologique de ses ambitions vertueuses et de ses dépravations, l’historique de son projet, entrecoupé par les reproches et les incrédulités de Philippe Strozzi.
Peu à peu, cette autobiographie devient une critique de la biographie de Philippe.
Donc, deux hommes en miroir échangent leurs opinions sur Alexandre, sur Lorenzo, sur la vie, sur la politique, en contraste et en renversement systématique de leurs points de vue. L’explication de l’un est le contraire de l’autre, et/ou la raison du comportement de l’autre.
Psychologiquement, c’est un passage pathétique, mais partiellement surmonté par Lorenzo, au moyen de la dérision.
Politiquement, c’est aussi le paradoxe d’un jeune homme qui conseille un vieillard.

Rapprochement avec d’autres monologues

Dans la scène 1 de l’acte II, on voit un homme d’action.
Dans cette scène 3, Philippe apparaît comme le modèle de l’inaction, homme de parole et de pensée, finalement un homme de cabinet.
Cela se vérifiera dans son choix final de se retirer.

Valeur dramatique

D’un point de vue dramatique, on a une scène montrant la pensée en action, et une scène de réflexion sur la valeur de l’action en elle-même.
Autre paradoxe : on a une sorte de deuxième scène d’exposition, au milieu de l’Acte III.
Autre paradoxe : scène où les monologues tiennent plus de place (qualitativement au moins) que le dialogue : Lorenzo fait le portrait de Philippe comme s’il était à sa place et le connaissait mieux que Strozzi soi-même.
Enfin, c’est une scène très longue, qui occupe environ 20 minutes si on la joue entièrement, presque la longueur d’un acte.
Scène animée bien que très statique : les émotions de Lorenzo, la violence de sa parole, entraînent un dynamisme que les metteurs en scène ont toujours fortement marqué.

Significations idéologiques

Idéologiquement, c’est un morceau de bravoure d’analyse politique et morale, parfois avec l’allure dogmatique ou didactique d’un cours de machiavélisme (Machiavel est mort en 1527, à Florence).
C’est une scène de parole vraie pour Lorenzo, alors que Philippe développe une parole et une pensée vaines, répétant les vieux poncifs de la morale familiale et aristocratique, ou oligarchique. On peut voir ici une influence du romantisme sur les idées de Lorenzo.
Toujours du point de vue idéologique,c’est une scène de démasquement définitif : Lorenzo prend sa décision finale, la pièce ets finie théoriquement, il ne reste plus que le dénouement pratique à accomplir, assassiner Alexandre, et changer le pouvoir politique de Florence,ce qui n’est pas du ressort de l’assassin, mais de son auditeur, Strozzi.

Tentative de synthèse

- Cette autobiographie en quatre étapes de la dégradation de Lorenzo est destinée (par Musset) à transcender Lorenzo le pur, l’idéaliste, donc le romantique, face au réaliste prétendu, Strozzi, le grand bourgeois ou aristocrate attaché aux valeurs traditionnelles.
- Cette exposition du projet de Lorenzo, et de ses motifs, est une sorte d’apologie anticipée, un testament, qui pourrait justifier aux yeux de la postérité un tel acte, puisqu’il en a compris toutes les implications : Lorenzo est justifié à commettre son crime, à la fois par le portrait de son cousin, de sa propre dégradation, de sa vertu première, et par la promesse solennelle d’agir.
Le personnage se constitue sous les yeux de Philippe, spectateur idéal de 1834.
- Le personnage de Lorenzo prend une densité extraordinaire : celle de l’unité dans la complexité.
On retrouve le thème du double cher à Musset : duplicité sans mensonge, dédoublement et autoscopie, introspection, thèmes et attitudes typiquement romantiques.


Brèves

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12 années d’EAF en métropole

vendredi 21 juin 2013

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Lorenzaziccio en TL ...

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Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
Zazie ici, Lorenzaccio .
Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

Réécrire : pourquoi ?

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