Bac blanc n° 2 : Théâtre

jeudi 7 février 2013
par  BM

Bac blanc n° 2 : Théâtre.

Bac blanc n° 2 : Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours.

Le sujet est téléchargeable ci-dessous.
Voici les textes qui le composent :
- Texte 1 : Alfred de Musset, Les caprices de Marianne, 1833.
- Texte 2 : Alfred Jarry, Ubu Roi, scène 1, 1896.
- Texte 3 : Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, scène 1, 1950.
- Texte 4 : René de Obaldia, Deux femmes pour un fantôme, scène 1, 1971.

Pour information, les pistes de lecture proposées aux sections technologiques sont les suivantes :
Vous pourrez montrer en quoi cette scène d’exposition est comique, et quels en sont les éléments qui contribuent à l’absurde.

Quelques idées ou propositions pour un corrigé

La question sur corpus

- Le comique de situation consiste dans des paradoxes : Octave et Claudio rusent l’un contre l’autre, et luttent avec des sous-entendus*, tout en restant polis ; le Père Ubu se laisse disputer* par sa femme et ne se comporte pas conformément à son ambition, ou à son ancien statut de roi ; les époux Smith sont dans un dialogue/monologue* sans intérêt, fait de banalités* et d’évidences inutiles, qui servent seulement à remplir l’espace de la conversation ; enfin Brigitte attend sa rivale et imagine, ou anticipe, ou répète, la conversation à venir, et joue à l’avance les deux rôles*.
- Ces situations font apparaître quelques traits de comique de caractère usuellement comiques, comme le galant ou le mari/l’épouse trompés, mari coléreux* chez Musset, épouse nerveuse* chez Obaldia ; Ubu est un grossier* personnage, à la fois peureux* et bête*, et ambitieux*, coléreux aussi*, ce qui constitue un caractère riche et complexe, mais ridicule ; Brigitte, dans sa colère*, manifeste aussi une nervosité* assez comique, a du mal à se maîtriser*.
- Mais c’est surtout le langage qui est source de comiques assez variés, voire éloignés les uns des autres, mais souvent fondés sur le principe de la répétition* : la finesse* des plaisanteries de Claudio rejoint l’ironie* moqueuse de Brigitte, l’emphase* de celle-ci lorsqu’elle se moque de sa rivale devient excessive ; et inversement, les sous-entendus grivois* (présents aussi chez Musset et Obaldia) sont nettement plus vulgaires*, et détonnent, chez Ubu. Les images saugrenues* employées par Claudio et Octave, plus fines* que celles d’Ubu, apportent un comique plus raffiné.
- Les gestes apportent peu de comique dans ces quatre textes, mais confirment le niveau de la farce* chez Jarry, le niveau de la plaisanterie humoristique ou ironique chez Musset et Obaldia. L’absence de gestes, chez Ionesco, à moins que le claquement de langue répété de Monsieur Smith, qui continue de lire son journal, ne soit considéré comme un geste, contribue à rendre la scène comique par son absurdité et sa vacuité.

(* = exemple à présenter et expliquer brièvement)

Proposition sommaire de plan pour un commentaire du texte de Ionesco

- Une scène d’exposition (lieu, personnages, intrigue)
Lieu neutre* et sans intérêt particulier ?
Décor exagérément* décrit dans la didascalie initiale*, mais qui ne semble pas avoir d’importance, excepté peut-être le fait que la pendule* sonne de manière aberrante ?
Milieu bourgeois*, peu propice à une intrigue, d’autant plus que la situation est familiale* et très banale, tranquille*.
Personnages plats, au nom passe-partout* dans le contexte présenté.
Sujet de conversation* de la plus grande banalité, sous la forme d’un récit* rétrospectif et explicatif, alors que rien ne mérite d’être particulièrement expliqué de ce repas consommé tout récemment par le couple Smith.
Rien ne se dessine : ni action, ni pensée, ni menace ni destin. On pourrait à la rigueur attendre une suite aussi navrante de banalités plus ou moins amusantes par leur concomitance, mais pas de tragédie ni de farce agitée.

- Une scène comique (répétition, gestes, situation)
L’aspect obsessionnel du claquement de langue* de Monsieur Smith n’a d’égal que l’insistance de Madame à revenir sur des détails triviaux*, à les commenter, ou à les augmenter* de nouveaux détails.
La représentation que le lecteur peut se faire des gestes amène à penser que c’est répétitif : raccommoder des chaussettes*, tourner des pages d’un journal*, et que chaque acteur/personnage est presque immobile dans cette activité.
La situation de dialogue non écouté*, ou de radotage familial, est comique en soi, qu’elle traduise de l’impatience chez Monsieur, ou de l’acharnement chez Madame, comme si l’un cherchait à obliger l’autre à participer à un vrai dialogue, mais que l’autre s’y refusait, puisque les deux activités* sont incompatibles.
Certaines répliques de Madame Smith sont comiques par le changement de ton* qu’elles induisent, passant de remarques anodines* à d’autres plus intimes et de mauvais goût*, ou à l’ironie (fine ?) des allusions*.
Les (rares) images du discours de Madame Smith sont également hétérogènes : se lécher les babines, avoir plus de sel.
L’ensemble de ses discours, puisqu’elle est la seule à parler, est d’ailleurs très hétérogène, ce qui est une autre source de comique : même sur un sujet aussi banal que la nourriture, elle touche le commerce de voisinage*, la cuisine*, la digestion*, et l’idée d’ajouter de l’anis étoilé aux poireaux de la prochaine soupe est assez saugrenue.
Un certain comique de caractère apparaît, à la rigueur, celui d’un couple qui se chamaille modérément, un obstiné silencieux* et une bavarde*, soit deux caractères assez opposés et traditionnels, capables de produire quelques crises.
Mais ce qui frappe surtout, c’est la gratuité ou l’incompréhensibilité de la situation.

- Ionesco ou l’absurdité (commentaires inutiles, artificialité du sujet, incommunicabilité)
Un dialogue de sourds ? Pas sûr. Un dialogue illustrant la vacuité* de la parole familiale, peut-être ?
L’illogisme* de la déduction et de la déclaration de Madame Smith à propos de l’huile de l’épicier d’en face, ou du coin, ou du bas de la rue, est un bel exemple de faux raisonnement, dans lequel la parole tourne en rond sans progresser.
L’illogisme de l’affirmation initiale sur le rapport entre la qualité de la nourriture et l’identité anglaise* est du même genre.
Les questions* sont-elles rhétoriques, ou réelles et sans réponse ? On peut hésiter parfois.
La platitude absolue du ton est un autre élément de comique : aucune exclamation réelle, mais le triple "Ah" du rire forcé de Madame Smith : on a l’impression que toutes ses répliques sont dites sur le ton de la récitation, similaire à une lecture de journal, en parallèle à la lecture silencieuse de son mari.
Les nombreuses hésitations ou modifications des affirmations vont aussi dans le sens de l’absurdité : les différentes huiles*, le nombre de fois où l’un et l’autre ont repris du poisson*, pommes de terre bien cuites ou mal cuites*, etc.
Une vision d’un monde dans lequel, le soir après dîner, on n’a rien d’autre à faire que de redire le contenu du dîner ?

- On pourrait conclure en reliant ces trois aspects : c’est un début de pièce qui ne laisse rien attendre d’exceptionnel, et dont le comique réside justement dans cette banalité, parce qu’elle est absurde. Un absurde très éloigné du tragique, mais sans doute pas exempt d’une pointe de critique ?

(* = exemple à présenter et expliquer brièvement)

Quelques réflexions de base pour la dissertation

- Analyse du sujet : le verbe “devoir” est important. Il assigne une fonction au théâtre, sous la forme d’une alternative apparemment inconciliable.
D’autre part, "dénoncer" suppose une volonté critique très forte, un engagement, qui ferait du dramaturge un politique, ou un activiste, ou un révolutionnaire, et en tout cas un moraliste, puisque c’est "la noirceur du monde" qui est à montrer du doigt.
Cela suppose donc que le dramaturge soit capable d’analyser cette noirceur, de créer une intrigue, et cela peut se rapprocher d’un théâtre descriptif, qui ferait une photographie du monde réel et la transporterait sur scène, avec des répliques disant un point de vue.
Le théâtre serait donc une œuvre moraliste, théâtre de caractère ou de mœurs, ou une œuvre politique, théâtre de guerre, d’idéologie.
L’hypothèse inverse, celle du divertissement, irait dans le sens de la distraction, pour empêcher le spectateur de réfléchir, l’empêcher de voir le monde réel.

- On pourrait donc penser à des pièces comme L’Avare, critique des avares, Le bourgeois gentilhomme, critique de la prétention ou de la vanité, Dom Juan, critique de l’impiété ou du libertinage, Turcaret, critique de la bêtise des grands, Fin de partie, description d’un monde sans avenir, ou au théâtre engagé de Brecht, Maître Puntila et son valet Matti, de Sartre, Les mains sales.
Mais on pourrait aussi penser à des pièces purement comiques, comme Le mariage de Figaro, Le médecin malgré lui, Les fourberies de Scapin.

- On peut donc envisager un plan très banal : montrer que l’un n’exclut pas l’autre, et qu’il n’y a pas de "devoir" à proprement parler, mais que le théâtre est un art total, où la représentation a autant de valeur que le contenu textuel, et où les silences ou les gestes ont autant de valeur que les paroles.

- Donc, plan synthétique :
Divertir le spectateur pour remporter son adhésion.
Adhésion pour qu’il réfléchisse sur la noirceur du monde et des hommes.
Conclusion / ouverture sur la valeur intemporelle ou universelle du théâtre ?

Quelques réflexions pour l’écriture d’invention

- Les consignes sont assez simples et se déduisent facilement de l’énoncé.
Un dialogue de bonne tenue, uniquement professionnel, pas nécessairement présenté par une narration.
L’indication des identités des deux intervenants, de manière à ce que le lecteur de la copie ne se perde pas au fil de la copie.
Un langage assez précis pour parler du texte, des didascalies, et des éléments de décor, de la gestuelle, etc.

Des arguments fondés sur le texte, pas seulement un débat sur le respect ou le non-respect des didascalies de Obaldia.
Quelques arguments qui s’opposent, des concessions, des renchérissements, des liens logiques entre telle ou telle manière de jouer, sans que le personnage de Brigitte devienne ridicule ou grotesque.
Un respect du contenu narratif et des indications données dans le paratexte.

- Quelques sujets de discussion possibles.
Les déplacements dans l’espace, la gestuelle (autre que celle indiquée par l’auteur).
Les points de suspension.
Le débit de la parole.
La hauteur de voix à tel ou tel endroit.
Le rapport entre le sentiment suggéré et la manière de le sous-jouer, ou surjouer, compte tenu de l’ironie ou de l’abattement du personnage.
La manière de faire apparaître tantôt sa lucidité ironique, tantôt sa détresse.

- Chacun des arguments doit se fonder sur une intention de faire ressentir ou comprendre clairement quelque chose au spectateur, puisque l’objet d’étude est "Texte et représentation".
La discussion portera seulement sur quelques passages de l’extrait donné dans le sujet, il y aura donc un choix à faire avec attention.
Chacun des arguments doit s’appuyer sur une indication précise des lignes du texte, et sur une citation.
Il doit y avoir, à la fin, un accord, puisque les deux professionnels doivent faire un choix.

- Mais cet accord doit être raisonné, et ne pas faire croire à la bêtise de l’un, ou à la suprême intelligence de l’autre, ou à l’autorité fonctionnelle ou hiérarchique du metteur en scène.
Pas de coupure de parole de l’interlocuteur, pas de dispute, mais une écoute perceptible à la lecture de votre texte.
En aucun cas, il ne doit y avoir un jugement de valeur sur le professionnalisme de l’autre : ils ne sont ni des débutants, ni des apprentis dans une école de théâtre.
Il ne faut pas donner des noms de fantaisie aux deux personnages de cette écriture, ni faire dériver leur conversation vers la sphère privée, ce qui occasionnerait une sanction.
Enfin il faut veiller à développer suffisamment : l’exercice est l’équivalent du commentaire ou de la dissertation, on attend donc qu’il soit fait en trois heures, environ.

- On pourrait attendre le minimum suivant :
au moins trois répliques prises dans des endroits assez différents de l’extrait ;
une réplique précise mise en cause à chaque fois ;
un dialogue de deux ou trois répliques sur chaque sujet de discussion ;
au moins deux arguments à chaque fois, pour chacun des interlocuteurs ;
un désaccord portant sur des éléments de nature diverse : réplique longue, courte, exclamation, silence, plaisanterie, lexique, geste, didascalie, etc.
une conclusion apportée par le metteur en scène ?


Documents joints

Le sujet du bac blanc n° 2
Le sujet du bac blanc n° 2

Commentaires  (fermé)

Logo de BM
samedi 23 mars 2013 à 15h51, par  BM

Bonjour,
C’est tout à fait juste.
Mon souci de simplification ne respectait pas le lettre officielle, c’est réparé.

Grand merci à vous.
BM

Logo de AV
samedi 23 mars 2013 à 13h34, par  AV

Bonjour,

L’objet d’étude officiel n’est-il pas désormais "Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours" et non plus "Le théâtre, texte et représentation", obsolète depuis 2011 ?

AV

Brèves

Tous les bacs blancs

vendredi 9 mai 2014

Pour naviguer dans le répertoire de bacs blancs ...
Cliquez sur les bulles pour déplier la carte. Ensuite, les fichiers textes s’ouvriront au clic sur la flèche rouge.
Il y en a déjà 83 ... à suivre. Bonne lecture.

Antigone relue ...

lundi 9 septembre 2013

Une réécriture irrespectueuse

Les boloss des Belles Lettres ont commis un nouvel attentat contre la majesté de l’écriture antique. C’est ici.

Essayez aussi la « Twittérature », pour voir.
La réécriture de Madame Bovary est savoureuse ... c’est ici.

12 années d’EAF en métropole

vendredi 21 juin 2013

- 2002 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2003 : ES-S Biographique L Réécritures
- 2004 : ES-S Théâtre L Épistolaire
- 2005 : ES-S Poésie L Théâtre
- 2006 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2007 : ES-S Argumentation L Biographique
- 2008 : ES-S Roman L Roman
- 2009 : ES-S Théâtre L Théâtre
- 2010 : ES-S Argumentation L Réécritures
- 2011 : ES-S Roman L Théâtre
- 2012 : ES-S Poésie L Renaissance et Humanisme
- 2013 : ES-S Roman L Réécritures

Et pour la suite, voyez le site de Philippe Lavergne !

Lorenzaziccio en TL ...

samedi 16 mars 2013

Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
Zazie ici, Lorenzaccio .
Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

Réécrire : pourquoi ?

mercredi 19 décembre 2012

Statistiques

Dernière mise à jour

mercredi 26 avril 2017

Publication

502 Articles
Aucun album photo
8 Brèves
Aucun site
15 Auteurs

Visites

22 aujourd'hui
175 hier
1133787 depuis le début
73 visiteurs actuellement connectés