Zazie, une épopée ?

vendredi 14 décembre 2012
par  BM

Pistes de réflexion, à approfondir, et à illustrer plus en détail

Des héros, positifs ou négatifs ?

- Gabriel, homme fort, effrayant par son seul regard, protecteur de l’orpheline.
Gabriel, multiforme, homme-danseuse, orateur et bagarreur, captivant des auditoires variés, admiré dans son quartier.
Gabriel aux surnoms épiques, Gaby le bon voisin, Gabriella l’acteur qui fait courir le tout-Paris (ou du moins les touristes venus visiter Paris).

- Zazie, petit monstre protéiforme dans le film, douée d’ubiquité et de caractère.
Zazie, l’enfant qui en sait plus que d’autres à son âge, une enfant initiée à certains mystères, et qui cherche à en découvrir d’autres.

- Trouscaillon, l’homme aux identités multiples et aux caractères changeants.
Trouscaillon, séducteur de veuves, protecteur de l’orpheline, marchand, policier, « Prince de ce monde et de plusieurs territoires connexes » : plusieurs équivalents des divinités antiques, Jupiter, Mercure, Mars, pour le moins.
Trouscaillon, le diabolique, l’ennemi qui se déclare et se dissimule, le rusé.
Trouscaillon, doué lui aussi d’ubiquité, notamment grâce à ses déguisements, qui change à vue dans le film.

Une quête difficile, un objet magique à trouver, des obstacles ?

- Le métro, objet de convoitise, qui n’existe pas à Saint-Montron.
Le métro aérien, inaccessible et surplombant, mais non reconnu car ayant une forme anormale par rapport à l’objet de la quête de Zazie.
Le métro souterrain, inaccessible, protégé par des grilles infranchissables, monstre invisible et seulement devinable par les affiches qui l’indiquent.
Le métro, lieu que Bridoux indique par des directions vagues, derrière des palissades, mais que Zazie trouve sans hésiter lors de sa fugue.
Le métro, lieu secret où l’on accède par des procédés magiques, un monte-charge qui descend, une porte de cave, des égouts, une porte finale, des couloirs, un lieu dans lequel on se trouve sans s’en rendre compte.
Le métro, lieu virtuel, dérobé aux hommes par une puissance invisible, la grève, donc la seule vertu de l’écriture sur une pancarte en carton.
Il se remet en marche sans prévenir.
Enfin, un lieu freudien, couloir, tunnel, train, lié implicitement à la quête de Zazie. Dans le film, les carrelages muraux des « vécés » sont de la même forme que ceux du métro : on peut y voir un signe.

- La connaissance de la sexualité, quête incessante de Zazie.
Un questionnement permanent, multiforme.
Une curiosité très grande.
une volonté de percer des mystères qui la dépassent ?

Des liens avec des mythes préexistants.
- La maison de la belle au bois dormant ?
- Une tour de Babel, lors de l’ascension à la Tour Eiffel.
- Une descente aux enfers.
- Une Ascension.
- Une Cène, qui tourne mal ?
- Œdipe et les autres tabous sexuels, en parallèle au récit de Zazie ?
- Le mythe de l’hermaphrodite, avec le mystère du couple Gabriel-Marceline-Marcel, homosexuels ? transsexuels ? bisexuels ? invertis ? travestis ?
- Le mythe de Pygmalion, qui transforme une statue en femme ?
- Un perroquet saint-esprit, parole de Dieu, si Dieu est le créateur des personnages et du monde de ce roman ?
- Un « archiguide » Gabriel, proche de son archange éponyme ?

Un univers étrange, une géographie incertaine

- Paris aux noms qui font rêver, lieux auxquels on n’arrive jamais : la Sainte Chapelle, le Panthéon.
Paris labyrinthe de surface, empli de véhicules qui l’occupent et vont dans tous les sens, labyrinthe où l’on repasse plusieurs fois au même endroit, en le sachant ou non.
Les labyrinthes de la poursuite filmée, couloirs, galeries marchandes, escaliers publics ou intérieurs, quais de Seine.
Une réalité insérée dans la fiction filmique, lorsque Sacha Distel sort de l’édicule où est placardé une affiche annonçant un de ses spectacles.
Paris dans lequel seuls quelques-uns se déplacent facilement : Gabriel, Trouscaillon au volant de la voiture magique, Fédor Balanovitch qui dirige son car de tourisme au milieu des encombrements, à la différence du sanctimontronais qui a besoin d’un guide.
Une ville dans laquelle rôdent des « hanvélos », surgis de nulle part, et un car de policiers qui fait disparaître les badauds.
Une ville que l’on voit d’en haut sans la reconnaître.
Dans le film, des palissades qui dissimulent toujours des espaces secrets.
Des personnages récurrents et changeants, dans les deux scènes de fugue.
Une population grouillante, et des lieux déserts.
Un marché aux puces où l’on trouve des objets magiques, un enfant à vendre d’occasion.
Dans le film, une Tour Eiffel qui reçoit des embruns marins.
Un certain gigantisme, lors des poursuites ou des encombrements filmés en plans très larges.

- Une boîte de nuit aux aspects oniriques, compte tenu des spectacles qui s’y déroulent mais que l’on ne voit pas.
Dans le film, une danse étonnante de Gabriel avec des girls façon Marilyn Monroe.
Des touristes typés.
Le rêve de Zazie, dans le film, séquence onirique hallucinée.

- Des animaux étranges ?
Dans le film, le même ours blanc au sommet de la Tour Eiffel et dans la boîte de nuit, qui jongle avec des torches.
Laverdure, le perroquet qui intervient dans les conversations et leur donne du sens, que l’on peut rapprocher de la capacité pentecôtiste de Gabriel lorsque, après son Ascension de la Tour Eiffel et sa descente miraculeuse, il reçoit subitement le don des langues et se met à discourir devant les touristes de Fédor Balanovitch.
- Deux lieux qui se transforment sous les yeux du spectateur, le bistrot de Turandot rénové, la boîte de nuit détruite : sous les panneaux décoratifs apparaissent les anciens décors, comme si deux lieux coexistaient sans qu’on s’en soit rendu compte.

Des actions démesurées, un grandissement de scènes sans importance.

- Une bagarre de restaurant qui devient une démolition de tout le matériel, puis une sorte de guerre mondiale.
- Une fugue qui tourne à la scène de lynchage.
- Un encombrement géant, dans lequel sont emportés pêle-mêle des automobiles, des piétons, des cars, autours de feux tricolores inopérants et de carrefours infranchissables.
- Des récits finalement irréalistes, mais captivants par leur irréalité même et leur vigueur narrative.

Une épopée tout de même assez burlesque

- Le mélange des tons : trivialité et grandiloquence, sujets nobles et sentimentaux ou sujets grossiers.
- Le mélange des destins : la veuve Mouaque, déjà marquée par la mort par son statut social, est également une victime réelle, alors que la bagarre gigantesque ne provoque que des bosses, ou des bleus, et que Turandot échappe au lynchage.
- Le mélange des genres : poésie et philosophie, psychanalyse et politique de café du commerce, morale et description touristique.
- Des récits enchâssés qui modifient le discours, ou qui interrompent l’action.
- Des langues différentes qui se heurtent et se mélangent, mais se comprennent (cf. Babel évoquée supra).
- Un mélange de comique et de didactique, de comique et de presque tragique.
- Une aventure sans raison avérée, qui se déroule par le simple fait du hasard donné dans le titre : Zazie dans le métro serait une non-histoire, Zazie sans le métro devient le prétexte à une accumulation de petites catastrophes.


Brèves

Tous les bacs blancs

vendredi 9 mai 2014

Pour naviguer dans le répertoire de bacs blancs ...
Cliquez sur les bulles pour déplier la carte. Ensuite, les fichiers textes s’ouvriront au clic sur la flèche rouge.
Il y en a déjà 83 ... à suivre. Bonne lecture.

Antigone relue ...

lundi 9 septembre 2013

Une réécriture irrespectueuse

Les boloss des Belles Lettres ont commis un nouvel attentat contre la majesté de l’écriture antique. C’est ici.

Essayez aussi la « Twittérature », pour voir.
La réécriture de Madame Bovary est savoureuse ... c’est ici.

12 années d’EAF en métropole

vendredi 21 juin 2013

- 2002 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2003 : ES-S Biographique L Réécritures
- 2004 : ES-S Théâtre L Épistolaire
- 2005 : ES-S Poésie L Théâtre
- 2006 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2007 : ES-S Argumentation L Biographique
- 2008 : ES-S Roman L Roman
- 2009 : ES-S Théâtre L Théâtre
- 2010 : ES-S Argumentation L Réécritures
- 2011 : ES-S Roman L Théâtre
- 2012 : ES-S Poésie L Renaissance et Humanisme
- 2013 : ES-S Roman L Réécritures

Et pour la suite, voyez le site de Philippe Lavergne !

Lorenzaziccio en TL ...

samedi 16 mars 2013

Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
Zazie ici, Lorenzaccio .
Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

Réécrire : pourquoi ?

mercredi 19 décembre 2012

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