L’étrangeté dans Zazie

lundi 26 novembre 2012
par  BM

Vous avez dit “étrangeté” ? Qu’en dit le dictionnaire du CNRTL ?

- ÉTRANGETÉ, subst. fém.
Caractère de ce qui est étrange, bizarre, surprenant, inhabituel.

- ÉTRANGE, adj. et subst. masc.
A.− Vx, littér. Synon. de étranger. Captif en pays étrange.
B.− Qui est hors du commun, qui sort de l’ordinaire, inhabituel. Qui surprend l’esprit, les sens par un (ou des) caractère(s) inhabituel(s) ; singulier, extraordinaire.

- Étymologie et Histoire.
1. Ca 1050 estrange « étranger » (Alexis, éd. Chr. Storey, 608) ;
2. Ca 1165 « hors du commun, extraordinaire » ;
3. 1668 par affaiblissement de sens « bizarre, singulier (ici d’une personne) ».
Du lat. class. extraneus « du dehors, extérieur ; qui n’est pas de la famille, du pays, étranger ».

Proposition d’arguments de réponse, sans illustration

L’étrangeté provient de la langue lue dans le roman de Queneau / langue entendue dans le film de Louis Malle
- Mélange des parlers, graphisme phonétique dans le roman, insistance sur les erreurs sonores dans le film.
- Mélange des tons, genre noble de certains discours de Gabriel, genre populaire ou vulgaire, donc décalage.
En soi, ce n’est pas étrange, mais l’effet produit va plus loin que le simple comique, il constitue des personnages à la limite des normes conventionnelles du roman.
- Mélange dans la forme narrative (Queneau et Malle) : certains discours introduisent comme du merveilleux, l’admiration des touristes devant le multilinguisme de Gabriel, impression onirique de la montée à la Tour Eiffel et du discours prononcé par Gabriel dans le film.
- Mélange de paroles et des voix de Turandot et de son perroquet, voix mécanique dans le film, parfois attribuée à l’homme ET à l’oiseau.

L’étrangeté provient aussi de la forme narrative incertaine
- Apparemment, narration suivie, mais pas de conclusion totale, les personnages se dissolvent et seule Zazie émerge avec sa phrase finale.
- Le lieu de l’action ne devient pas concret, les lieux se répètent ou se situent dans le vague, et la ville de Paris qui est décrite ou montrée semble à la fois matérielle et insituable.
Les lieux décrits du sommet de la Tour Eiffel ne sont pas explicitement montrés par la caméra au fur et mesure de leur nomination, le passage répétitif devant un monument qui n’est ni le Panthéon, ni les Invalides, ni la caserne de Reuilly, ni ceci ou cela, entraîne une impression à la limite du fantastique.
- Dans le film, la séquence onirique déplace les lignes et perturbe ce qu’on croyait être la narration, comme la poursuite dans la voiture devenue simple châssis roulant au milieu d’embouteillages monstrueux.
- Le public des deux scènes de scandale provoquées par Zazie est le même, tout comme l’utilisation par Louis Malle des mêmes acteurs pour jouer plusieurs rôles à des moments différents de l’action.
L’incohérence narrative qui en résulte donne une impression de vertige.

L’étrangeté des rapports humains est aussi très grande
- Les liens de parenté sont bouleversés, Zazie autoritaire devant un oncle mou, Turandot et Laverdure interchangeables par la vacuité identique de leurs paroles.
- L’incertitude sur les réels (?) liens de famille entre Gabriel /Gaby / Gabriella et Marceline / Marcel se situe sur plusieurs niveaux de compréhension : le niveau déclaratif (oncle, tante) affirmé à Pédro-Surplus et à l’entourage, confirmé par Charles, le niveau de commentaire de la veuve Mouaque, la narration qui nous montre Albertine se transformant peu à peu en motard d’allure féminine dans le film, devenant un homme dans le roman (le “lampadophore” final), etc.
- La multiplicité des identités de Trouscaillon est aussi une source d’étrangeté, augmentée dans le film par des effets burlesques, mais déjà annoncée dans le roman (le “pébroque” oublié, les “bacchantes” enlevées).
- Les fiancés Charles et Mado sont partiellement conformes aux clichés mièvres des romans-photo, et aussi très triviaux, voire grossiers.
- L’arrivée de la police, de l’armée, dans la bataille finale est non seulement étonnante à propos d’une bataille dans un restaurant, mais elle apporte aussi une touche d’incohérence lors de sa résolution par une éclipse des personnages au moyen du monte-charge, alors que le quartier entier semble devoir être détruit.
- Le “sanctimontronais” qui prête sa voiture, dans le roman, ou la voiture de la veuve Mouaque devenant véhicule officiel de police, puis véhicule personnel de Trouscaillon, sont aussi des éléments étranges, comme si la propriété n’avait pas de sens.

Donc on pourrait envisager une synthèse : étrangeté du traitement de la “norme”
- Qu’est-ce qui est normal à l’âge de Zazie ?
- Y a-t-il un âge pour être malpoli ? pour avoir des connaissances sur la sexualité ?
- Y a-t-il une place pour les enfants dans le monde des adultes, et réciproquement ?
- Qui peut donner une réponse claire aux questions d’identité ?
- Y a-t-il des normes morales dans une société ? La question de la sexualité par exemple, doit-elle être décidée, une fois pour toutes ?
Y a-t-il des manières normales de se comporter à propos de situations particulières : Zazie doit-elle pleurer la mort de son père ? doit-elle s’en amuser ? Pleurer parce que le métro est fermé est-il plus justifié ?
Les foules qui s’amassent autour de sujets de scandale sont-elles justifiées dans leur indignation, dans leur étonnement, dans leur amusement ?

Zazie, personnage étrange ?
- Finalement on a affaire à une sorte d’hyper-Zazie, qui bouleverse à elle seule une grande partie des normes à l’œuvre dans les situations qu’elle rencontre.


- Voir la page sur le Paris de Zazie.
- Voir aussi la page sur la sexualité dans Zazie.


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