Groupe de textes : Liaisons dangereuses

dimanche 16 septembre 2012
par  BM

Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, 1782. (Manuel Weblettres)

Quelques extraits de ce roman par lettres seront étudiés : ils sont téléchargeables ci-dessous, et les commentaires, les réponses aux questions posées sur le manuel, les préparations faites à la maison, pourront venir ici sous forme de messages de forum.

La Lettre II, de Merteuil à Valmont

Approches possibles du texte

Une femme impérieuse, une lettre impérieuse ?
Un conflit prévisible entre les deux personnages ?

Quelques indices

L’abondance du “JE”, sa fonction de sujet des verbes d’autorité.
Un personnage capable d’analyses fines sur la nature humaine.
Des affirmations très catégoriques, des jugements de valeur définitifs.
Une organisatrice maniaque et précise.
Une forte psychologie, des sentiments (implicites ou explicites) forts, la rancune, le désir de vengeance, un tempérament autoritaire (aussi bien vis-à-vis de Valmont que du "régnant chevalier".

Une vengeance contre Gercourt, et la demande que Valmont se prête à cette vengeance.
Une longue explication, qui place Merteuil dans la catégorie anticipée des victorieuses.
Une organisatrice de la méchanceté collective, dans l’ombre.
Les questions-réponses ou questions-reproches à Valmont, comme s’il était présent.
La critique des hommes.
Les allusions à la connaissance détaillée de Valmont, moyen de pression sur lui ?
L’allusion à un autre homme, le "régnant chevalier".

La Lettre IV, de Valmont à Merteuil : une proposition d’analyse

Trois questions d’orientation :

Comment l’ironie de Valmont s’exerce-t-elle, et contre qui ?
Comment cette lettre fait-elle l’éloge du libertinage ?
Comment se constitue le personnage de Valmont ?

Présentation, phrases d’introduction

- Selon le genre littéraire : on a ici une lettre en réponse à une autre, et le code épistolaire met les correspondants en situation de distance, donc leur discours est obligatoirement plus construit, d’autant qu’il s’agit pour Valmont d’expliquer et justifier un refus d’obéir aux ordres de Merteuil ...
- Selon le contenu intellectuel ou moral : on a ici une lettre d’un libertin assez vicieux, sûr de lui et de ses capacités, qui s’adresse à une libertine aussi forte que lui, Merteuil ...
- Selon l’époque du roman ou/et l’époque du récit : le XVIIIème siècle a produit beaucoup d’œuvres romanesques libertines, décrivant des comportements sociaux dans le but de les faire juger par le public, sans les juger explicitement ; cette lettre montre bien comment un écrivain peut faire comprendre un certain type de personnage (un libertin) rien qu’en le faisant s’exprimer par écrit, dans une situation de conflit et de concurrence avec une femme tout aussi libertine que lui ...

Présentation, problématique et/ou annonce du plan ou de la méthode

Merteuil avait, dans la lettre II, demandé à Valmont de lui rendre un service, à savoir séduire et dépraver la jeune Cécile de Volanges, pour se venger de Gercourt, le futur mari de celle-ci. Cette demande était faite sur un ton très autoritaire, et ici Valmont répond qu’il refuse, il le fait sur un ton à la fois ironique et moqueur, mais très ferme, en simulant une grande admiration pour Merteuil tout en lui lançant un certain nombre de piques, parfois très méchantes.
On peut donc lire cette lettre en y repérant d’abord l’ironie (ses procédés, son niveau, ses intentions), puis en cherchant à vérifier que Valmont est bien un libertin qui revendique cette caractéristique, s’en vante même, et on essaiera de conclure en montrant comment son personnage se constitue.

Proposition de développement, repérage d’indices, sans les détails (à trouver lors de la relecture / révision)

- L’ironie de Valmont se repère à des sous-entendus assez critiques, sous une apparence de gentillesse ou de flatterie :
les antiphrases du début de la lettre : adjectifs choisis pour s’associer avec des mots de sens contraire, expressions originales et provocatrices, dans les deux premières phrases,
la reprise (en italiques) d’un terme employé par Merteuil, montrant qu’il l’a bien lue et qu’il n’est pas dupe de ce qu’elle dit : monstre,
les allusions à un passé commun, dont on ne sait pas bien si elles sont à l’avantage ou au désavantage de l’un ou de l’autre,
les allusions à un présent commun mais séparé, dans la grande métaphore filée qui associe l’amour et la religion, avec un champ lexical très ambigu,
les compliments dévalorisants adressés à Merteuil : sous allure de supériorité, celle-ci est qualifiée de meilleure libertine que Valmont,
la lenteur explicative et narrative, qui tourne autour des vraies raisons de refuser,
le refus formulé d’une manière extrêmement polie, que vient contredire le paragraphe suivant,
la phrase attribuée à Merteuil est une autre marque de cette agressivité ironique, puisqu’il pense à sa place.

- Cette ironie prend donc très vite une signification agressive, comme une déclaration de guerre, et c’est une des facettes du personnage de Valmont, qui n’est pas contradictoire avec sa revendication de libertinage, puisque le respect d’autrui n’est pas son but : il recherche la bataille et la victoire.

- L’autre facette du personnage est sa profession de foi libertine.
il prend plaisir à rappeler l’aventure amoureuse qui le lie à sa correspondante,
la métaphore filée qui associe la religion et l’amour est une autre marque de sa liberté d’esprit : on peut se moquer du vocabulaire et des notions employés par les églises ou les religions,
la description de la petite Volanges est très humiliante, ne lui laisse aucune capacité de résistance à une entreprise de séduction,
et l’évocation d’un monde d’hommes tout aussi capables que lui d’accomplir cette séduction explicite clairement que Valmont et Merteuil vivent dans un milieu sans grande moralité,
le libertinage devient même un métier honorable, destiné à apporter gloire et et plaisir, opposés aux valeurs morales traditionnelles, et même la valeur du sentiment « amour » devient ambiguë, puisqu’on peut hésiter sur son double sens, physique ou sentimental,
et c’est un éloge de « l’homme » qui est fait pour finir.

- Valmont se révèle donc ici comme un guerrier, qui marque son territoire en critiquant les valeurs de son adversaire, qui joue à donner des explications peu crédibles et ne se soucie pas d’être cru sincère : Merteuil sait assurément à qui elle a affaire.
En se décrivant dans ses activités de champion (de la séduction, meilleur que vingt autres), avec un style brillant et élégant, en se démarquant de ce que Merteuil voudrait le voir faire, il prend non seulement son autonomie de personnage (créé par Laclos) mais aussi son autonomie vis-à-vis d’un autre personnage.
Donc on voit bien ici qu’un discours (ici, une lettre) permet à un écrivain de faire comprendre non seulement celui qui l’émet, mais aussi son destinataire, et aussi la situation présente dans laquelle évoluent ces personnages.
On peut même ici, après lecture de la lettre II de Merteuil, anticiper sur le prochain conflit qui va opposer ces deux complices, amants, concurrents, et rivaux dans leur recherche de la gloire libertine.

La Lettre LXXXI, de Merteuil à Valmont : auto-biographie, ou auto-portrait

Questions d’orientation pour la lecture de cet extrait : que peut-on déduire de cette lettre ?

- Un personnage qui s’est fait tout seul, et en tire fierté.
- Une personnalité exceptionnelle :
précocité,
volonté puissante,
refus de se soumettre au lot commun,
travail sur soi,
recherche d’une connaissance pour soi, non pour autrui.

- Des procédés d’auto-formation étonnants :
la dissimulation,
la curiosité,
l’observation quasi scientifique du monde environnant.

- Une femme dans un monde d’hommes :
des opinions révolutionnaires,
une vision critique des femmes ordinaires, condamnées à la superficialité et à l’inutilité.

- Une revendication très intellectuelle :
importance de la pensée et de la réflexion,
abstraction de l’expérimentation faite par Merteuil,
comparaison avec la science des politiques, un art de gouverner.

- Une confession qui comporte des risques :
se démasquer à un complice et lui montrer qu’elle est plus forte que lui,
la vantardise qui peut inciter Valmont à lui prouver qu’elle n’est pas la plus forte,
une volonté de dominer Valmont en lui dévoilant ce qu’elle ne lui avait jamais dit, c’est lui montrer qu’elle lui a caché quelque chose, donc qu’elle a été plus forte que lui,
lui rappeler qu’il l’a admirée dans certains de ses comportements, c’est lui montrer qu’elle s’en rendait compte, et que sa stratégie est meilleur que celle des hommes ?

Des pistes pour une conclusion

- Merteuil, un personnage de roman fabriqué par Laclos, mais une femme qui a su se faire un personnage : miroir, mise en abyme ?
- Personnage et auto-portrait : une des modalités possibles pour un écrivain, s’il veut faire vivre pleinement un personnage, c’est le rendre lucide sur lui-même.
- Une définition par l’exemple du libertinage : c’est la libre-pensée, le refus de se laisser inféoder à la pensée commune, la revendication d’une propriété individuelle de la réflexion.
- Personnage et moralité ? Qu’est-ce que l’auteur veut réellement nous faire comprendre ? Une vicieuse, ou une femme supérieure ?

La Lettre CLXXV, de Madame de Volanges à Madame de Rosemonde : quelques pistes d’analyse

- Une lettre en forme de bilan, qui recourt à différents procédés :
l’inventaire narratif des événements survenus, concernant Merteuil, Cécile, Tourvel, Danceny, avec des transitions soignées entre ces faits, les uns étant la cause des suivants ;
des descriptions imagées, destinées à émettre un jugement moral sur tout ce qui s’est passé, en commençant par le jugement des individus, et en terminant par une réflexion élargie à la société et au thème du libertinage ;
une tentative de récapitulation faite par un personnage qui (contrairement au lecteur) n’est pas au courant de tout, mais qui est au cœur des événements, puisqu’elle est la mère de Cécile, l’amie de Tourvel, la cousine de Merteuil, à destination d’une Madame de Rosemonde qui sait d’autres détails, puisqu’elle était la confidente de Tourvel ;
un abondant vocabulaire axiologique ;
une tonalité sans aucune ironie, mais plutôt pathétique, voire tragique, puisque tout est de la faute d’une « liaison dangereuse », et qu’on ne sait pas s’en méfier, c’est donc une force plus grande que la volonté des personnages.

- Une lettre qui clôt le roman à destination du lecteur, et qui affiche nettement une intention morale, sans que l’on puisse savoir si Volanges est la porte-parole de Laclos, ou non.

- Donc, c’est ici l’occasion de réfléchir aux différents statuts et fonctions du personnage, par comparaison avec ceux de Merteuil, Valmont :
quelle vision du monde contribuent-ils à transmettre ?
comment se constituent-ils les uns par rapport aux autres ?
sont-ils réalistes ?
l’écriture épistolaire permet-elle la création d’un univers et de personnages cohérents ?

Entraînement à la question sur corpus : trois exercices possibles

Corpus à prendre en compte : les 4 Lettres du manuel Weblettres : n° 2, 4, 81 et 175

- Montrer comment, dans ces quatre Lettres, le romancier arrive à décrire un univers par des procédés purement épistolaires.
- Comment le genre épistolaire permet-il aux personnages de faire une sorte d’auto-portrait ?
- Relever, dans les quatre Lettres, des indices précis de l’ironie manifestée par tel ou tel personnage, et expliquer contre qui et avec quelle force cette ironie s’exerce.

Conseils de méthode

Toutes les réponses doivent s’appuyer très précisément sur des indications de lignes, de paragraphe, sur des citations, et sur une identification et un commentaire pertinent de procédés littéraires.
On peut par exemple exploiter la ponctuation, et d’autres marques de l’énonciation : l’injonction, l’interrogation, l’exclamation, les marques de la personne.
On peut aussi exploiter les procédés rhétoriques, comme les questions oratoires, les reprises, répétitions, les images (métaphores, comparaisons), etc.
On peut encore exploiter le lexique, son sens implicite ou explicite, ses récurrences, son originalité, etc.

Travail collaboratif

On pourra déposer ici, en message de forum, des éléments de réponse, des tentatives de rédaction plus abouties, des listes de procédés repérés et identifiés, etc.


Documents joints

Texte Weblettres page 241
Texte Weblettres page 241
Texte Weblettres page 243
Texte Weblettres page 243
Texte Weblettres page 244
Texte Weblettres page 244
Texte Weblettres page 246
Texte Weblettres page 246
Texte Weblettres page 248
Texte Weblettres page 248

Brèves

Tous les bacs blancs

vendredi 9 mai 2014

Pour naviguer dans le répertoire de bacs blancs ...
Cliquez sur les bulles pour déplier la carte. Ensuite, les fichiers textes s’ouvriront au clic sur la flèche rouge.
Il y en a déjà 83 ... à suivre. Bonne lecture.

Antigone relue ...

lundi 9 septembre 2013

Une réécriture irrespectueuse

Les boloss des Belles Lettres ont commis un nouvel attentat contre la majesté de l’écriture antique. C’est ici.

Essayez aussi la « Twittérature », pour voir.
La réécriture de Madame Bovary est savoureuse ... c’est ici.

12 années d’EAF en métropole

vendredi 21 juin 2013

- 2002 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2003 : ES-S Biographique L Réécritures
- 2004 : ES-S Théâtre L Épistolaire
- 2005 : ES-S Poésie L Théâtre
- 2006 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2007 : ES-S Argumentation L Biographique
- 2008 : ES-S Roman L Roman
- 2009 : ES-S Théâtre L Théâtre
- 2010 : ES-S Argumentation L Réécritures
- 2011 : ES-S Roman L Théâtre
- 2012 : ES-S Poésie L Renaissance et Humanisme
- 2013 : ES-S Roman L Réécritures

Et pour la suite, voyez le site de Philippe Lavergne !

Lorenzaziccio en TL ...

samedi 16 mars 2013

Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
Zazie ici, Lorenzaccio .
Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

Réécrire : pourquoi ?

mercredi 19 décembre 2012

Statistiques

Dernière mise à jour

mercredi 27 septembre 2017

Publication

502 Articles
Aucun album photo
8 Brèves
Aucun site
15 Auteurs

Visites

106 aujourd'hui
658 hier
1193004 depuis le début
23 visiteurs actuellement connectés