Réécritures : quelques fables

dimanche 9 septembre 2012
par  BM

Fables antiques et modernes

Première série : corbeaux et renards, lectures cursives.

L’auteur latin Phèdre, les auteurs anonymes du Roman de Renart au Moyen-Âge, Benserade, Perrault, La Fontaine, quelques inconnus, Pierre Perret, Patrice Minet, le dessinateur Gotlib : le traitement de cette fable amènera à se poser les questions de la moralité et de la psychologie, des cibles du comique, et des procédés narratifs (brièveté, humour, chute plus ou moins attendue).

Deuxième série : cigales et fourmis.

Encore une fois nous partirons de l’antiquité, avec Ésope et Phèdre, puis irons vers La Fontaine, Jean Anouilh, Françoise Sagan, Pierre Perret, qui ont réécrit la fable initiale. Queneau s’est contenté de la transformer par un procédé cher à l’OULIPO, le S + 7. Gotlib l’a mise en scène dans un de ses albums de bande dessinée. Nous verrons comment l’ancrage dans des sociétés très différents permet d’introduire des effets comiques qui diluent fortement la moralité initiale.

Propositions de questionnement pour l’oral.

- La fable de La Fontaine est-elle comique ?
Comique du rire cruel de la fourmi au dernier vers, comique qui fait réagir le lecteur dans le sens de la critique (critique de la méchanceté, critique de l’égoïsme)
Comique de la transposition des comportements humains et des situations sociales dans le monde des animaux (l’argent, le paiement, etc.).
L’expression "foi d’animal", transposition de "parole d’homme".
L’ironie de la phrase "C’’est là son moindre défaut".
La rencontre anormale de deux animaux qui n’ont pas de monde commun, l’attribution à la cigale d’un comportement carnivore :
"pas un seul petit morceau
de mouche ou de vermisseau"
Le comique de caractère : la fourmi, moqueuse ou méprisante, dévalorise sa voisine par l’emploi du terme "emprunteuse", fait de l’ironie en disant "J’en suis fort aise", ou "ne vous déplaise".

- La moralité de la fable de La Fontaine est-elle à sens unique ? Est-elle immédiatement et entièrement perceptible ?
Double sens ou ambivalence, ou ambiguïté, de la morale : La Fontaine fait délivrer à la Fourmi une morale de l’économie, du travail, de l’égoïsme et de la débrouillardise. Mais une autre moralité se dégage, celle de la générosité et du partage.
Le lecteur ne sait pas quel parti prendre, parce que l’auteur n’exprime pas lui-même la moralité, elle est implicite.
D’autre part, la Cigale n’est pas valorisée lorsqu’elle vient "crier famine", ou lorsqu’elle demande un emprunt. Elle est présentée comme une mendiante.
La Fourmi n’est pas dévalorisée lors de son refus méchant : en effet elle est capable de réparties vives, capable de sarcasme ou d’ironie, qualités rhétoriques.

- Qu’est-ce qui fait l’intérêt poétique de cette fable de La Fontaine ?

Activité à terminer ...

Propositions de pistes pour la lecture et la comparaison à la fable d’Anouilh.

Similitudes apparentes

- Comme celle de La Fontaine, elle commence par une banalité (un écho ironique dans la reprise des deux premiers vers, puis un renversement brutal, de "fort dépourvue" à "fort bien pourvue"), mais dérive vite : suppression de la fourmi, remplacée par un animal emblématique des fables, le renard, le rusé, et insertion dans le monde de la finance.
Le thème de la demande est donc maintenu, mais cette fois la cigale demande un service destiné à la rendre encore plus riche, puisqu’elle n’est plus du tout dans le besoin.
Le caractère artiste de la cigale est maintenu, mais elle est modernisée et professionnalisée.

Différences profondes

- La construction générale de la fable est similaire, mais se développe selon deux parties antithétiques, constituées chacune d’une grande part de discours. Chacun de ces discours est typique du caractère représenté.
- Le renard est la caricature du banquier, onctueux, mielleux, hypocrite :
la soumission feinte : lexique hyperbolique, images d’abaissement, description du ton de sa parole ;
flatteries et compliments à la cigale présentée comme très supérieure ;
le désir d’escroquer le client (le “blanc-seing”) ;
la dissimulation de l’intérêt derrière une volonté apparente de se mettre au service du client ;
le lexique de l’argent allant dans le sens d’une tâche sordide et répugnante, dont on se charge pour libérer l’artiste, qu’il ne faut pas expliquer ni nommer.

- La fourmi représente l’artiste moderne, don le vrai but n’est pas l’art, mais le métier :
cynisme et domination réelle : lexique et grammaire de l’injonction ;
description visuelle de la supériorité, du luxe (à connotation cruelle) ;
affirmation du JE ;
allusion à plus rusé encore (« un serpent pour avocat ») ;
affirmation décomplexée d’un capitalisme sans scrupules, et d’une absence totale de moralité ;
lexique de l’argent montrant à quoi il sert, et comment on peut en gagner davantage, lexique très technique et non évasif.

- Comme celle de La Fontaine, cette fable offre deux moralités implicites :
On trouve toujours plus rusé que soi (et le renard est dépossédé de sa ruse traditionnelle)
L’argent (ou les banquiers ? ou les usuriers ? ou les capitalistes ?) est un pouvoir.

- Une moralité supplémentaire est-elle possible ? La phrase finale de la cigale le laisse entendre, mais sans en donner d’illustration : les pauvres seront toujours les victimes finales du capitalisme ?

- Plus que celle de La Fontaine, cette fable est comique, par un renversement qui ne laisse aucune pitié pour l’un des deux animaux : c’est bien fait pour le renard, mais la cigale est odieuse.
La conclusion en demi-teinte montre que la musique (ou la chanson) est peut-être supérieure, mais seulement pour gagner de ‘argent, donc du pouvoir, non pas pour sa valeur artistique, et le début de la fable le laissait deviner, puisque la cigale est une professionnelle : son public paie, tandis que la cigale d’Ésope ou de La Fontaine était simplement une insouciante, ou une artiste, ou une dilettante, et la fourmi une égoïste, ou une économe prévoyante. ici c’est la cigale qui est prévoyante, et domine le banquier.

- On a donc une fable très moderne, qui n’a pas de visée moraliste dans le domaine des sentiments ou de la vertu, mais qui montre crûment comment va le monde.

- Qu’est-ce qui fait l’intérêt poétique de cette fable d’Anouilh ?

Activité à terminer ...

Troisième série : Chênes et roseaux, et d’autres végétaux dans le vent.

Nous repartirons d’Ésope, arriverons encore une fois à Queneau et Anouilh, en passant par La Fontaine et Florian. La rigueur des moralités est très différent de la souplesse,ou de l’élasticité morale, des deux corpus précédents.

Dans tous les cas, la question de la réécriture devra être abordée par l’observation attentive de points précis :
- personnages similaires ou non ?
- situations ?
- moralité ?
- forme littéraire, registre, niveau de langue ?
- intentions des auteurs ?

Cela amènera à différencier les parodies des hommages, les pastiches des exercices abstraits, etc.


Documents joints

Du chêne au roseau ...
Du chêne au roseau ...
De la cigale à la fourmi ...
De la cigale à la fourmi ...
Du corbeau au renard ...
Du corbeau au renard ...
Gotlib, le corbeau et le renard ...
Gotlib, le corbeau et le renard ...
Gotlib, la cigale et la fourmi ...
Gotlib, la cigale et la fourmi ...

Brèves

Tous les bacs blancs

vendredi 9 mai 2014

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Antigone relue ...

lundi 9 septembre 2013

Une réécriture irrespectueuse

Les boloss des Belles Lettres ont commis un nouvel attentat contre la majesté de l’écriture antique. C’est ici.

Essayez aussi la « Twittérature », pour voir.
La réécriture de Madame Bovary est savoureuse ... c’est ici.

12 années d’EAF en métropole

vendredi 21 juin 2013

- 2002 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2003 : ES-S Biographique L Réécritures
- 2004 : ES-S Théâtre L Épistolaire
- 2005 : ES-S Poésie L Théâtre
- 2006 : ES-S Argumentation L Poésie
- 2007 : ES-S Argumentation L Biographique
- 2008 : ES-S Roman L Roman
- 2009 : ES-S Théâtre L Théâtre
- 2010 : ES-S Argumentation L Réécritures
- 2011 : ES-S Roman L Théâtre
- 2012 : ES-S Poésie L Renaissance et Humanisme
- 2013 : ES-S Roman L Réécritures

Et pour la suite, voyez le site de Philippe Lavergne !

Lorenzaziccio en TL ...

samedi 16 mars 2013

Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
Zazie ici, Lorenzaccio .
Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

Réécrire : pourquoi ?

mercredi 19 décembre 2012

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