Bac blanc Argumentation

mercredi 23 novembre 2011
par  BM

Premier bac blanc : corpus de textes sur le thème de l’amitié.

Le sujet est en fichier joint. Voici les textes qui le composent :
- Texte A : Montaigne, « De l’amitié », Essais I, XXVII, (1580-1595)
- Texte B : La Fontaine, « Les deux amis », Fables, livre VIII, (1678-1679).
- Texte C : François de La Rochefoucauld, Maximes et Réflexions diverses (1664)
- Texte D : Molière, Le Misanthrope (1666), Acte I, scène 1.

Propositions d’éléments de réponse aux deux questions sur corpus

Les « manières » de mettre en valeur l’amitié
On peut relever par exemple les différences de genre littéraire : autobiographie élogieuse, apologue idéalisant, forme lapidaire et polémique, débat théâtral.
On peut aussi opposer ou rapprocher des procédés : la définition avec exemple concret, ou fictive, l’usage d’une moralité implicite avec apostrophe du destinataire, le contre-exemple.
On peut aussi évoquer la forme récit accompagné d’analyse psychologique, ou le récit exemplaire.
L’emploi du « Nous » implique le lecteur dans la définition, tandis que l’apostrophe l’oblige à réfléchir de lui-même.
Éloge et blâme sont aussi des manières de mettre en valeur une notion.
On doit surtout examiner les différences entre argumentation directe (implicite ou non) et l’argumentation indirecte, qui passe par l’emploi d’un pseudo porte-parole comme Alceste.

Les thèses soutenues
Elles se rejoignent toutes, avec des nuances : La véritable amitié est rare, ou exceptionnelle.
Chez Montaigne, elle est fusionnelle, chez La Fontaine aussi. Mais chez Montaigne elle comporte une part mystique, tandis que chez La Fontaine elle consiste à se mettre totalement au service de l’autre.
La Rochefoucauld fait comprendre la même idée, et accuse la société d’empêcher les véritables amitiés : en restreignant les relations sociales à de pures conventions de politesse qui dissimulent des intérêts, elle les rend superficielles et hypocrites.
Alceste refuse justement ce dernier genre d’amitiés, ainsi que les marques exagérées de politesse mondaine, et souhaiterait des relations amicales plus exigeantes et sincères. Philinte au contraire se montre tolérant, et accepte les hypocrisies modérées que la politesse impose.
Mais chez Molière, on peut/doit préciser qu’il est très difficile de savoir si c’est l’auteur ou le personnage qui soutient la thèse exigeante, puisque Philinte est modéré et Alceste exigeant.
On aboutit donc à une délimitation assez nette entre les accointances et les amitiés.

Dans ce genre de situation scolaire, on se doit d’être prudent.
Conseil concret : si l’on ne connaît pas une des œuvres figurant au corpus, on évite le risque d’une affirmation catégorique qui s’avérerait inexacte !

Six plans de commentaire (fortement synthétisés et résumés) trouvés dans de bons devoirs d’élèves.

1°) Comment Montaigne définit-il l’amitié ?
- Il en donne des raisons presque divines
amitié au-dessus du niveau humain
inexplicabilité et imprévisibilité de cette amitié
image d’une amitié miraculeuse (la "couture" de deux âmes)
- Il la montre comme extraordinaire
opposition avec les amitiés ordinaires, "molles"
amitié fusionnelle, images nombreuses et riches du mélange
paradoxe de cette rencontre avec La Boétie
hyperbole de cette fusion dans la phrase finale

2°) Une amitié absolue et sans failles
- L’idée de partage total
champ lexical du mélange
énonciation pronominale du "couple"
phrase finale à propos de la propriété partagée
- amitié à valeur presque divine
amitié sacrée
place et images du destin
- valorisation très argumentée de cette amitié
les procédés d’insistance
le lexique de la perfection
l’image de la "faim"
les parallélismes, et notamment la phrase des lignes 22-24 et s forme argumentative

3°) Une amitié sujet d’une argumentation valorisante
- opposition entre les amitiés banales et son cas personnel
l’emploi de l’énonciation personnelle et de l’autobiographie
la place des "ressentis" exprimés dans le texte
vitesse et intensité de cette amitié
image de l’unité
supériorité de cette amitié sur les autres
- fatalité de cette rencontre et de cette amitié
la force du destin
irréalité de cette force inexplicable
hasard incompréhensible
logique incompréhensible, mais nécessité de la rencontre
une amitié vraie et totale est impossible à expliquer, mais elle existe
- conclusion : Montaigne, en faisant l’éloge de cette amitié, montre la nécessité de l’amitié entre les hommes, et fait son deuil de La Boétie.

4°) Une argumentation qui définit l’amitié et persuade de sa valeur
- la vision du monde de Montaigne
un monde partagé entre l’ordinaire et l’extraordinaire
images de l’extraordinaire (la "couture") qui produit un double corps doté d’une seule âme
un monde où l’extraordinaire ne peut pas s’expliquer, mais se constate
une fusion visible dans les images et le lexique, une aimantation totale, une pensée unique
- un mode de persuasion rhétorique et émotionnel
les procédés d’énumération, les rythmes ternaires, les échos
l’intention de toucher et d’émouvoir par le récit d’une rencontre improbable mais prévue
les émotions retenues mais perceptibles à propos du peu de durée de cette amitié, et de son intensité multipliée
la certitude que la mort seule pouvait intervenir pour briser ce lien
- conclusion : cette démonstration aboutit à voir l’amitié comme un événement provoqué par le destin, pour nous briser et en même temps nous renforcer, car l’amitié est plus forte que la disparition de l’ami.

5°) Un texte qui cherche à définir et délimiter la notion d’amitié parfaite
- l’éloge d’une telle amitié
l’évidence de sa survenue, en dépit des lois du hasard
la prédestination
l’image de la force qui les conduit l’un vers l’autre
l’alchimie amicale (la "quintessence"), l’osmose intellectuelle
l’éloge de l’ami disparu
le choix de l’essai et de l’autobiographie, pour transmettre aux lecteurs le récit et l’image d’un modèle
- la volonté épidictique
argumentation directe, utilisation de l’exemple vécu et documenté
le "raisonnement" visant à prouver que l’amitié n’est pas compréhensible rationnellement, paradoxe qui persuade le lecteur
abondance des expressions montrant l’impossibilité d’une telle explication
champ lexical des sentiments en opposition à celui de la raison
recherche d’un effet émotionnel sur le lecteur, qui est poussé à réfléchir sur son propre cas
idéalisation de l’amitié avec La Boétie
réduction à néant des amitiés ordinaires
critique des amitiés liées à l’habitude et à la routine, valorisation de l’amitié violente et exceptionnelle, mais vécue comme un événement normal
- conclusion : un éloge argumenté et sensible, une rupture avec les vision traditionnelles, une réflexion déjà philosophique.

6°) Un "traité" original, et caractéristique de la période humaniste, sur l’amitié ?
- l’implication personnelle, presque pathétique, de Montaigne dans son argumentation
la première personne
l’appel aux sens et aux sentiments
la métaphore de la volonté saisie par l’amitié
l’idée de non-retour et de fatalité
l’inexplicabilité
la désolation (retenue et pudique) après la perte de l’ami
le temps à la fois pressant et séparateur
l’allégorie de l’Amitié au-dessus des amitiés
l’idéal de la perfection
Montaigne se démarque du lot commun des humains
- une argumentation humaniste
importance de l’âme e d’une certaine foi
importance de l’individu
la volonté de faire servir le récit personnel à l’édification et à la réflexion du lecteur
placement de l’être humain et de ses valeurs personnelles, voire intimes, sur un piédestal
- conclusion : une approche dédaigneuse et critique de ce que la société a fait des amitiés ordinaires, une valorisation de son cas personnel, mais sans orgueil, comme s’il avait accepté un don venu du destin, une volonté de conserver le souvenir et de comprendre ce qui s’est passé, une volonté de faire servir cette réflexion sur un cas particulier à une réflexion plus large sur l’homme en général.


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