Juin

samedi 28 mai 2011
par  BM

Chaque semaine, puis quinzaine, une phrase de grec ancien a été mise en ligne, et proposée à votre sagacité. Voici la dernière de l’année scolaire. Si vous le voulez, vous essaierez encore une fois ...

Théocrite, Idylles

ΦΑΡΜΑΚΕΥΤΡΙΑΙ : Les magiciennes

Ἶυγξ, ἕλκε τὺ τῆνον ἐμὸν ποτὶ δῶμα τὸν ἄνδρα.
Τοῦτ᾽ ἀπὸ τᾶς χλαίνας τὸ κράσπεδον ὤλεσε Δέλφις ·
ὡγὼ νῦν τίλλοισα κατ᾽ ἀγρίῳ ἐν πυρὶ βάλλω.
Αἰαῖ Ἔρως ἀνιαρέ, τί μευ μέλαν ἐκ χροὸς αἷμα
ἐμφὺς ὡς λιμνᾶτις ἅπαν ἐκ βδέλλα πέπωκας ;

Vers 52-56

ἡ χλαῖνα = le manteau
τὸ κράσπεδον = la bordure, le bord d’un vêtement
ὄλλυμι, parfait ὤλεσα = faire périr, perdre
Δέλφις est le nom de l’amant qui délaisse la magicienne
ὡγὼ est la crase du pronom relatif ὅς, ἥ, ὅ et du pronom personnel sujet ἐγώ ; ici le pronom relatif a la fonction “relatif de liaison”, il reprend le mot neutre singulier de la phrase précédente, avec la fonction c.o.d. de τίλλοισα et de βάλλω
τίλλω = épiler, arracher, effeuiller
κατ [...] βάλλω, tmèse pour le verbe composé καταβάλλω, de βάλλω = jeter, lancer
ἄγριος, α, ον = qui vit dans les champs (ἀγρός), sauvage, au sens propre ou figuré
ἀνιαρός, ά, όν = importun, affligeant, pénible
μέλας, μέλαινα, μέλαν = noir
μευ = génitif ionien du pronom personnel ἐγώ
χροὸς = génitif ionien de ὁ χρώς, la chair, la peau du corps
ἐμφὺς = participe aoriste de ἐμφύω, naître dans, puis être né dans, puis ici être fortement attaché, être fixé
ὡς = adverbe de comparaison
ὁ λιμνήτης, ου, ou au féminin ἡ λιμνῆτις = habitant des marais
ἅπας, ἅπασα, ἅπαν = renforcement de πᾶς, πᾶσα, πᾶν, avec l’ajout d’une nuance signifiant en totalité
Quel est donc le genre de αἷμα ?
βδέλλα = la sangsue
ἐκ [...] πέπωκας, tmèse pour le verbe composé ἐκπίνω < πίνω = boire

Traduire les 5 vers.
Commenter brièvement l’image des vers 4-5.

Date limite ? Surprise ... C’était en classe, ce mercredi 1er juin

Proposition de traduction au plus près du texte.

Ἶυγξ, ἕλκε τὺ τῆνον ἐμὸν ποτὶ δῶμα τὸν ἄνδρα.
Iynx, toi, ramène celui-là, il est à moi, ramène-le à la maison, mon homme
Τοῦτ᾽ ἀπὸ τᾶς χλαίνας τὸ κράσπεδον ὤλεσε Δέλφις ·
Voici un morceau tombé de son manteau, la frange, il l’avait perdue, Delphis ;
ὡγὼ νῦν τίλλοισα κατ᾽ ἀγρίῳ ἐν πυρὶ βάλλω.
Ce morceau, moi, maintenant, je le déchire, et dans le sauvage feu, je le jette.
Αἰαῖ Ἔρως ἀνιαρέ, τί μευ μέλαν ἐκ χροὸς αἷμα
Hélas, Amour cruel, pourquoi le noir sang de ma chair,
ἐμφὺς ὡς λιμνᾶτις ἅπαν ἐκ βδέλλα πέπωκας ;
attaché à moi comme une sangsue des marais, l’as-tu entièrement bu ?

Proposition de traduction plus élaborée.

Iynx, ramène mon amant chez moi !
Delphis avait perdu ce morceau de frange de son manteau :
je le déchire, et je le jette sauvagement au feu.
Hélas, cruel Amour ! Pourquoi t’es-tu collé à moi comme une sangsue des marais,
pourquoi as-tu tiré de mon corps tout mon sang noir ?

Proposition de commentaire de l’image finale.

La comparaison de l’amour à une sangsue, ordinairement utilisée en médecine pour purger par le principe de la saignée, montre la douleur de la femme, victime d’une passion dont elle ne peut se détacher.
L’image de la peau, ou de la chair, dont le sang s’est retiré : « ἐκ χροὸς αἷμα », peut évoquer la pâleur de la peau, l’état de stress, l’impression que le sang se retire des membres.
L’image du verbe « ἐκ-πέπωκας » évoque le sentiment d’avoir été aspirée par une force extérieure à soi, et évidemment on doit considérer que le sang, organe vital, bu par un ennemi, entraîne la métaphore de l’assassinat, de la cruauté (au sens étymologique d’après le mot latin « cruor »). La magicienne, ici, après avoir teint de sang une bandelette de laine, évoque un autre sacrifice.
On pourrait penser à la déploration de Racine, dans Phèdre, lorsque celle-ci, Acte I, scène 3, vers 305-306, décrit l’acharnement de Vénus contre elle avec une métaphore assez semblable, quoique moins médicale ou pharmaceutique :
« Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus toute entière à sa proie attachée. »

Vous pourrez voir une traduction dans le genre des belles étrangères sur une autre page ...


Brèves

Tous les bacs blancs

vendredi 9 mai 2014

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Il y en a déjà 83 ... à suivre. Bonne lecture.

Antigone relue ...

lundi 9 septembre 2013

Une réécriture irrespectueuse

Les boloss des Belles Lettres ont commis un nouvel attentat contre la majesté de l’écriture antique. C’est ici.

Essayez aussi la « Twittérature », pour voir.
La réécriture de Madame Bovary est savoureuse ... c’est ici.

12 années d’EAF en métropole

vendredi 21 juin 2013

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Lorenzaziccio en TL ...

samedi 16 mars 2013

Deux réécritures amusantes, mais irrespectueuses.
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Lorenzaziccio

Antigone, arts plastiques

samedi 16 février 2013

Des peintres contemporains ont représenté Antigone.
En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

Réécrire : pourquoi ?

mercredi 19 décembre 2012

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