Le troisième bac blanc

lundi 16 mai 2011
par  BM

Le roman et ses personnages, vision de l’homme et du monde

Voici en fichier joint le sujet tombé ce vendredi 13 mai.
Voici les textes qui le composent :
- Texte A, Victor Hugo, Claude Gueux, 1834, incipit.
- Texte B, Émile Zola, L’Assommoir, chapitre IX, 1877.
- Texte C, Henri Barbusse, L’enfer, 1908, incipit.
- Texte D, Raymond Radiguet, Le Diable au Corps, 1923, incipit.

Vous trouverez aussi l’énoncé distribué aux 1 STG COM : ils ont eu droit à des propositions d’axes de lecture pour le commentaire de texte sur Zola et Nana.

Vous trouverez aussi le sujet donné dans une autre classe sur l’objet d’étude « Poésie ». Il vous sera utile pour votre préparation de l’EAF et la séquence « Poésie » actuelle.
Voici les textes qu icomposent ce sujet sur la poésie :
- Texte A - Pierre de Ronsard, Sur la mort de Marie, sonnet CVIII, Le Second Livre des Amours (1578).
- Texte B - Victor Hugo : « Demain, dès l’aube... » (Pauca Meae, Les Contemplations, 1856)
- Texte C - Paul Eluard : « Notre vie » (Le Temps déborde, 1947)

Propositions de réponse à la question sur corpus.

Les quatre textes présentent un monde original, avec des procédés différents.

On peut tenter une réponse ordonnée selon divers axes.

- Si on considère l’énonciation et le point de vue narratif, les quatre textes sont assez différents.
Hugo s’affirme comme auteur parlant d’un personnage qu’il veut nous faire prendre pour réel, dans la société contemporaine.
Zola adopte le point de vue omniscient d’un narrateur qui sait ce que pensent ses personnages, mais n’émet pas de jugement sur le monde dans lequel ils évoluent.
Barbusse présente un personnage-narrateur en train de faire une sorte de journal ou de récit autobiographique, et qui porte sur lui-même et le monde qui l’entoure un regard analytique.
Radiguet, également avec un personnage-narrateur, adopte le principe d’un récit rétrospectif, où le personnage repense à son passé et le commente, en s’en détachant avec une sorte d’humour.

- Si l’on prend comme axe d’étude plus précisément les procédés de représentation du monde, on pourra compléter l’analyse.
Hugo entrecoupe son récit au passé de commentaires au présent et de jugements de valeur généralisateurs.
Zola emploie beaucoup de descriptions et rend vivante la scène par des situations variées, répétitives, à l’imparfait, sans repère temporel précis, en utilisant aussi le discours des personnages pour les faire comprendre dans leurs mentalités, c’est pittoresque.
Barbusse utilise une forme fragmentée, avec des retours en arrière, un mélange de présent et de divers temps du passé, de l’introspection, des passages uniquement descriptifs, des actions au présent de narration simulant un présent d’actualité.
Le personnage de Radiguet emploie une narration vive, assortie de réflexions un peu générales sur sa psychologie ou des jugements rapides sur l’être humain, et montre des personnages typés qui représentent des catégories sociales, un peu comme chez Zola.

- On peut prendre en compte également la qualité du regard porté sur le monde décrit.
Hugo est sévère et polémique, il critique ouvertement la justice de son époque, et prend un personnage exemplaire des erreurs judiciaires.
Zola montre l’effet du milieu sur les personnages, sans prendre parti sur la morale ou la justesse de leurs comportements, mais ceux-ci sont très caractéristiques d’un milieu social précis, un certain prolétariat, ou des couches sociales peu favorisées.
Le personnage de Barbusse observe le monde, et le décrit comme inintéressant, assez tragiquement, comme si tout était déjà joué, comme si le personnage se préparait à raconter une expérience destinée à montrer la méchanceté du monde, ou l’inutilité de la vie.
Radiguet montre un monde comique, dans lequel les personnages se comportent sans que leurs actions aient beaucoup d’importance, c’est le procédé de l’anecdote, qui a peut-être pour but d’être révélatrice, mais le lecteur ne peut pas savoir de quoi.

- On peut encore essayer de caractériser les registres ou les genres des quatre textes.
Hugo est polémique et sérieux, et semble annoncer une tragédie sociale.
Zola est réaliste, voire naturaliste, et observe les comportements de ses personnages comme pour une expérience scientifique.
Barbusse est tragique, plutôt philosophique ou moraliste.
Radiguet semble plus neutre, détaché, son récit a des aspects comiques, et annonce plutôt un roman dramatique, avec des rebondissements, des analyses psychologiques.

A suivre ou à modifier ?

Il suffit de trouver des indices précis tirés du texte : lexique, énonciation plus précise, usage des temps verbaux et des personnes de la conjugaison, images et figures de style, composition et construction des récits en paragraphes, par exemple.

En fichier joint : trois copies d’élève. Quelle évaluation peut-on en faire ?

Propositions de réponse à l’écriture d’invention.

Consignes à bien comprendre et appliquer : les erreurs à ne pas commettre.

- Pas de confusion entre l’auteur auquel on écrit, et le personnage de son roman.
- Pas de confusion avec la réalité décrite par l’auteur et la réalité dans laquelle il vit peut-être ...
- Ne pas faire une lettre où l’on parle de tout et de rien, ne pas sortir du sujet.
- Éviter les sujets secondaires ou absurdes (le temps qu’il fait, la longueur du roman, la taille des caractères d’imprimerie, la vue basse, les conditions matérielles de la lecture).
- Éviter les accusations de nullité, de faiblesse littéraire, ou les accusations de nature morale ou intellectuelle, contre l’auteur.
- Éviter les familiarités : vous n’êtes pas un ami de l’écrivain.

Consignes à bien comprendre et appliquer : les arguments à choisir.

- Trouver des arguments portant sur l’objet d’étude : le roman, le personnage, le statut du personnage, la vision qu’il donne du monde.
- Ne pas laisser croire qu’on a confondu la fiction avec l’opinion de l’auteur ...
- S’appuyer sur des citations bien extraites du texte, les analyser et en tirer un grief.
- Dans la réponse de l’auteur, justifier un parti-pris littéraire, un choix de personnage, un choix de point de vue, un choix de registre, un choix de réalisme.

Consignes à bien comprendre et appliquer : la forme à respecter.

- La forme « lettre », les indications matérielles de la correspondance, le vouvoiement, les formules de début et de fin réduites au minimum mais présentes.
- Éventuellement la date, en lien avec la date de parution du roman.

En fichier joint : deux copies d’élève. Quelle évaluation peut-on en faire ?

Propositions de réponse pour le commentaire littéraire.

Étude des caractéristiques de Nana, quelques pistes pour le commentaire

Nana considérée comme un animal
- Comparaisons explicites :
« Elle avait poussé comme un veau » : le veau est classé dans la catégorie des viandes blanches et tendres. Nana est représentée ici comme un veau, par les adjectifs suivants : « blanche de chair », « grasse » et « dodue ». Le veau est le petit de la vache, par conséquent cela désigne la jeunesse. Zola compare Nana à un veau car elle sert juste à être « consommée ».
« On l’appelait “la petite poule”, parce qu’elle avait vraiment la chair tendre et l’air frais d’une poulette » : comme dans l’exemple ci-dessus, Nana est représentée comme de la chair blanche et tendre. Les adjectifs « petite » et « poulette » sont employés pour désigner une fois de plus la jeunesse, avec les sens de la vue et du toucher..
- Allusions indirectes et sous-entendus, ou mots à double entente : « Une frimousse de margot » : margot : une pie, donc Nana est une insolente. « Un bec rose » : un bec, c’est les lèvres, donc elles servent à becqueter, ou bécoter : c’est pour donner des baisers. « Petite poule » : jeune et belle à regarder. « La chair tendre et l’air frais d’une poulette » : fraîcheur de la jeunesse. « Sortir un petit bout de sa langue » : elle se comporte comme un chien : c’est un animal qui fait le beau, à caresser plutôt qu’à consommer. Nana ici est coquette.

Psychologie de Nana
- Explicitement :
« Garce » qualifie Nana de ... ?
« morveuse » signifie quelqu’un qui ne se mouche pas tout seul, donc c’est une gamine.
« coquetterie » signifie qu’elle fait toujours tout pour être belle, ce qui est un péché.
« gourmandise » employé de manière oblique pour montrer le plaisir du miroir, signifie aussi qu’elle aime bien manger, consommer, ce qui est encore un péché.
- Implicitement :
« quinquets luisants auxquels les hommes avaient envie d’allumer leur pipe » qualifie Nana d’allumeuse, et sous-entend que le résultat obtenu n’est pas sans intention de sa part.
« gourmande » au sens érotique, qualifie Nana d’appétissante.
« sortir un petit peu sa langue entre ses quenottes blanches » signifie allumeuse, avec le jeu de contraste des couleurs, l’évocation du feu ou du sang, et du baiser. _« la petite poule » signifie allumeuse, avec un sous-entendu proche d’une accusation de prostitution.
« l’été était la saison de ses triomphes » : cela montre qu’elle attire les hommes en les allumant, mais aussi qu’elle cherche la bataille.
« on la connaissait des boulevards extérieurs aux fortifications et de la chaussée de Clignancourt à la grande rue de la Chapelle » signifie que Nana a un très grand terrain de chasse d’hommes, et qu’elle est toujours dehors. Géographiquement, c’est aussi une allusion aux terrains de prostitution de ces quartiers populaires et déshérités.

Rapprochement entre Nana et le tissu, le vêtement
- « Quinze ans, toutes ses dents et pas de corset. » : le rapport entre le vêtement et la coquetterie correspond au désir d’avoir une taille fine, mais aussi de libérer les seins de manière à augmenter leur visibilité.
- « Maintenant, Nana ne fourrait plus des boules de papier dans son corsage » : Nana utilise un corsage pour mettre en évidence sa poitrine, ce qui dévoile l’identité qu’elle va développer, le désir de se montrer, la manifestation visible de sa féminité.
- « Des nichons lui étaient venus, une paire de nichons de satin blanc tout neufs. » : rapprochement entre les seins de Nana et le tissu de satin, doux et luxueux, mise en évidence de la sensualité de Nana.
- « l’encolure du corsage, qu’elle ouvrait en cœur avec des épingles, dans un coin noir de l’escalier, pour éviter les calottes du père Coupeau, montrait la neige de son cou et l’ombre dorée de sa gorge. » : deux usages du même costume, usage pudique à la maison, impudique dès qu’elle sort, avec le sous-entendu mi-sentimental mi-érotique de la forme en cœur du décolleté, décolleté tricheur puisque Nana l’obtient sans couture, et évocation de l’érotisme provoqué par cette retouche faite au vêtement.
- « Veux-tu bien rentrer ton chiffon rouge ! » : l’expression (Coupeau à Nana) évoque un geste explicite, qui nous montre que Nana veut attirer l’œil. Le chiffon rouge servant à attraper les grenouilles dans la pêche à la ligne, ou le chiffon rouge des toréadors ?
- « Elle ne se lavait pas toujours les pieds, mais elle prenait ses bottines si étroites » : coquetterie qui fait souffrir, cliché de la finesse de cheville.
- « Elle rapportait des rubans de l’atelier, elle s’arrangeait des toilettes, des robes sales couvertes de nœuds et de bouffettes. » : Nana se débrouille pour confectionner ses propres vêtements, quand elle ne peut se les procurer, pour exprimer sa féminité par des froufrous et des accessoires. Le tissu peut être volé, et l’association du sale et du fantaisiste correspond à la personnalité à la fois physique et morale de Nana.
- « Avec une robe de percale de six francs, elle passait tous ses dimanches, elle emplissait le quartier de la Goutte-d’Or de sa beauté blonde. » : même avec une garde-robe modeste, Nana obtient du succès. Le sens de la valeur financière des vêtements est aussi un signe qui caractérise la psychologie de la jeune fille.
- « Une robe surtout lui allait à la perfection. C’était une robe blanche à pois roses, très simple, sans garniture aucune. » : même par sa simplicité Nana fait fureur. Paradoxe facile à comprendre : c’est le bijou qui valorise l’écrin.

Problématique et plan pour le commentaire : comment le portrait d’une petite garce révèle un monde sordide.
Resterait à relever et classer les illustrations.

1°) Un portrait de garce pittoresque …
* amusant, imagé
* psychologique et physique, avec un mélange soigneux qui harmonise les caractéristiques
* portrait en situation, et dans une certaine durée répétitive, mais en évolution,
… garce remarquable par son physique
* sexuée, sexuelle, érotique et désirable
* animale, en pleine santé
… et son psychisme
* coquette
* immorale ou amorale
* avec un caractère très affirmé,
... un procédé de portrait efficace
* … sans que Zola recoure à un lexique d’analyse psychologique, mais grâce au récit et aux détails descriptifs
* … dans une famille / un milieu qui ne l’incite pas à la vertu, qui ne la comprend pas et la brime
* … et qui fait voir une belle garce à venir, déjà tentée par la sexualité, à la puberté rapide, exubérante et fière.

2°) Ce portrait, dans ses modalités, révèle un monde sordide …
… par le naturalisme / réalisme
* de la crudité du langage
* de la recherche du détail
… par l’importance des liens qui ancrent le personnage dans un milieu qui agit sur elle
* la toilette, le miroir familial, une certaine misère alimentaire et une volonté de la compenser par l’érotisme
* la discipline ou l’autorité parentale, aboutissant à la désobéissance
* l’atelier où travaille Nana
* la rue, le quartier tout entier, lieu d’exhibition et de succès
* les dimanches, journées de détente
… par le langage / style de Zola, qui nous fait comprendre le monde où elle évolue
* le niveau mental et culturel des parents, plutôt grossiers
* la jalousie et la critique des Lorilleux
* la violence familiale et éducative
… donc un milieu fruste, populaire, en partie responsable de l’évolution de la jeune fille
… par les nombreux points de vue focalisés sur Nana
* la famille proche
* le voisinage
* les hommes
* … points de vue qui font d’elle une cible désirable, et un objet de haine et de honte, et une marchandise à consommer avant l’âge légal
… mais cette évocation du monde n’est jamais critique, Zola ne dénonce pas, il montre
* en décrivant à la troisième personne
* en utilisant un mélange de récit, description, discours

3°) Conclusion
Le romancier fabrique un personnage, le fait imaginer, l’ancre dans son milieu de vie, et on comprend une société plus large que la simple famille : Nana sera une garce toute sa vie, la Goutte-d’Or n’est que le théâtre de son entraînement …
Et malgré tout, ce personnage dégage une sorte d’aura plaisante, alors même qu’on devine que c’est une garce, preuve supplémentaire que le naturalisme ne juge pas le monde qu’il décrit.
Ce portrait est très vivant, et prend une certaine valeur d’universalité par sa précision et la justesse des liens de cause à effet entre le milieu et le personnage.

Dissertation

En fichier joint une copie d’élève. Quelle évaluation peut-on en faire ?


Documents joints

Bac blanc n° 3 : le sujet
Bac blanc n° 3 : le sujet
Bac blanc "Poésie" : 1 GES
Bac blanc "Poésie" : 1 GES
Bac blanc n° 3 : le sujet en 1 COM
Bac blanc n° 3 : le sujet en 1 COM
Dissertation : une copie d'élève
Dissertation : une copie d'élève
Question sur corpus : copie 1
Question sur corpus : copie 1
Question sur corpus : copie 2
Question sur corpus : copie 2
Question sur corpus : copie 3
Question sur corpus : copie 3
Ecriture d'invention : copie 1
Ecriture d'invention : copie 1
Ecriture d'invention : copie 2
Ecriture d'invention : copie 2

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- 2007 : ES-S Argumentation L Biographique
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- 2009 : ES-S Théâtre L Théâtre
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