L’Ingénu : Chapitre 13

vendredi 9 juillet 2010
par  BM

Chapitre XIII (incipit)
La belle Saint-Yves va à Versailles

Pendant que notre infortuné s’éclairait plus qu’il ne se consolait ; pendant que son génie, étouffé depuis si longtemps, se déployait avec tant de rapidité et de force ; pendant que la nature, qui se perfectionnait en lui, le vengeait des outrages de la fortune, que devinrent monsieur le prieur et sa bonne sœur, et la belle recluse Saint-Yves ? Le premier mois, on fut inquiet ; et au troisième on fut plongé dans la douleur. Les fausses conjectures, les bruits mal fondés, alarmèrent. Au bout de six mois, on le crut mort. Enfin monsieur et mademoiselle de Kerkabon apprirent, par une ancienne lettre qu’un garde du roi avait écrite en Bretagne, qu’un jeune homme, semblable à l’Ingénu était arrivé un soir à Versailles, mais qu’il avait été enlevé pendant la nuit, et que depuis ce temps personne n’en avait entendu parler.

"Hélas ! dit mademoiselle de Kerkabon, notre neveu aura fait quelque sottise, et se sera attiré de fâcheuses affaires. Il est jeune, il est Bas-Breton, il ne peut savoir comme on doit se comporter à la cour. Mon cher frère, je n’ai jamais vu Versailles ni Paris ; voici une belle occasion, nous retrouverons peut-être notre pauvre neveu : c’est le fils de notre frère ; notre devoir est de le secourir. Qui sait si nous ne pourrons point parvenir enfin à le faire sous-diacre, quand la fougue de la jeunesse sera amortie ? Il avait beaucoup de dispositions pour les sciences. Vous souvenez-vous comme il raisonnait sur l’Ancien et sur le Nouveau Testament ? Nous sommes responsables de son âme ; c’est nous qui l’avons fait baptiser ; sa chère maîtresse Saint-Yves passe les journées à pleurer. En vérité il faut aller à Paris. S’il est caché dans quelqu’une de ces vilaines maisons de joie dont on m’a fait tant de récits, nous l’en tirerons." Le prieur fut touché des discours de sa sœur. Il alla trouver l’évêque de Saint-Malo ; qui avait baptisé le Huron, et lui demanda sa protection et ses conseils. Le prélat approuva le voyage. Il donna au prieur des lettres de recommandation pour le père de La Chaise, confesseur du roi, qui avait la première dignité du royaume, pour l’archevêque de Paris Harlay, et pour l’évêque de Meaux Bossuet.

Passage expliqué

Enfin le frère et la sœur partirent ; mais, quand ils furent arrivés à Paris, ils se trouvèrent égarés comme dans un vaste labyrinthe, sans fil et sans issue. Leur fortune était médiocre, il leur fallait tous les jours des voitures pour aller à la découverte, et ils ne découvraient rien.

Le prieur se présenta chez le révérend père de La Chaise : il était avec mademoiselle Du Tron, et ne pouvait donner audience à des prieurs. Il alla à la porte de l’archevêque : le prélat était enfermé avec la belle madame de Lesdiguières pour les affaires de l’Eglise. Il courut à la maison de campagne de l’évêque de Meaux : celui-ci examinait, avec mademoiselle de Mauléon, l’amour mystique de madame Guyon. Cependant il parvint à se faire entendre de ces deux prélats ; tous deux lui déclarèrent qu’ils ne pouvaient se mêler de son neveu, attendu qu’il n’était pas sous-diacre.

Enfin il vit le jésuite ; celui-ci le reçut à bras ouverts, lui protesta qu’il avait toujours eu pour lui une estime particulière, ne l’ayant jamais connu. Il jura que la Société avait toujours été attachée aux Bas-Bretons. "Mais, dit-il, votre neveu n’aurait-il pas le malheur d’être huguenot ? - Non, assurément, mon révérend père. - Serait-il point janséniste ? - Je puis assurer à Votre Révérence qu’à peine est-il chrétien : il y a environ onze mois que nous l’avons baptisé. - Voilà qui est bien, voilà qui est bien ; nous aurons soin de lui. Votre bénéfice est-il considérable ? - Oh ! fort peu de chose, et mon neveu nous coûte beaucoup. - Y a-t-il quelques jansénistes dans le voisinage ? Prenez bien garde, mon cher monsieur le prieur ; ils sont plus dangereux que les huguenots et les athées. - Mon révérend père, nous n’en avons point ; on ne sait ce que c’est que le jansénisme à Notre-Dame de la Montagne. - Tant mieux ; allez, il n’y a rien que je ne fasse pour vous." Il congédia affectueusement le prieur, et n’y pensa plus.

Présentation

Le passage étudié se situe dans le chapitre XIII. On sait dans le début du chapitre que l’oncle et la tante de l’Ingénu, sans nouvelles de leur neveu, sont inquiets de son absence prolongée. Ils ont donc décidé de se rendre à Paris pour le retrouver. Ici, Mr et Mlle de Kerkabon arrivent tout juste à Paris, et ne trouvent personne pour les recevoir.

Questions sur le texte

Nous étudierons le parallélisme que Voltaire a créé entre ce chapitre et le IXème et nous montrerons que ce parallélisme peut avoir une signification critique.

Éléments de réponse et appui sur le texte

Dans le chapitre IX, Voltaire montre les gens de la cour occupés avec des femmes ; ils font passer leurs affaires personnelles avant les affaires de la cour. De la même façon dans le chapitre XIII, les ecclésiastiques préfèrent les femmes aux affaires religieuses.

La phrase « l’évêque de Meaux examinait avec Mlle de Mauléon l’amour mystique de Madame Guyon » contient de la grivoiserie. Voltaire nous incite ici à penser que les gens de pouvoir ne sont pas fréquentables puisqu’ils s’occupent de leur plaisir personnel plutôt que de l’intérêt public. Voltaire nous incite ici à penser que les gens de pouvoir ne sont pas fréquentables, puisqu’ils s’occupent de leur plaisir personnel plutôt que de l’intérêt public. Il sous-entend également que les ecclésiastiques sont beaucoup moins pieux qu’il n’y parait.

Dans ces deux mêmes passages, les personnages sont sans cesse redirigés vers quelqu’un d’autre, quand ils cherchent à rencontrer pour l’un le Roi et pour l’autre le Père de La Chaise. Ils sont toujours envoyés vers quelqu’un de moins élevé, même si celui-ci est encore plus difficile à voir que le Roi ou le Père de La Chaise. Ici, la haute hiérarchie est égale à la basse hiérarchie. Voltaire nous montre donc l’illogisme par cette contradiction interne à la hiérarchie.

Voltaire fait dans le chapitre XIII allusion à la mythologie grecque. Ainsi la phrase « sans fil et sans issue » fait référence à la légende d’Ariane et du Minotaure ; Versailles comme Paris sont comparées à un labyrinthe. L’expression « pour aller à la découverte, et ils ne découvraient rien » montre également que les Kerkabon tournent en rond. Voltaire utilise ces procédés pour montrer au lecteur que les Kerkabon, à Paris, et l’Ingénu, à Versailles, sont perdus d’avance.

De plus, les gens de pouvoir se montrent hypocrites et méprisants.

Dans les deux chapitres, l’Ingénu comme le Prieur sont négligés à cause de leur statut social plutôt bas. Les gens qui ne sont pas importants ne sont pris en compte ni à la Cour, ni à l’Eglise. Ainsi, dans le chapitre XIII, l’ecclésiastique essaie de faire patienter les Kerkabon en leur parlant de choses inutiles, comme lorsqu’il répète « Voilà qui est bien, voilà qui est bien » et pose des questions inutiles telles que : « Votre bénéfice est-il considérable ? » ou « Y a-t-il quelques jansénistes dans le voisinage ? ». La valeur des individus est donc ramenée à leur état social et à leur richesse.

Ces deux aspects permettent à Voltaire de dénoncer les abus de pouvoir.

Conclusion

Le comique de situation devient du comique de répétition entre les deux chapitres, ce qui sert à généraliser l’opinion de Voltaire. L’auteur cherche à montrer au lecteur que quiconque est perdu s’il se heurte à l’un de ses deux systèmes. En effet, au travers de ces extraits, il explique qu’aucun d’eux ne vaut mieux que l’autre : les pouvoirs religieux et monarchique sont tout deux injustes et inaccessibles.

Lucie et Laura

Suite et fin du chapitre

Le temps s’écoulait, le prieur et la bonne sœur se désespéraient.

Cependant le maudit bailli pressait le mariage de son grand benêt de fils avec la belle Saint-Yves, qu’on avait fait sortir exprès du couvent. Elle aimait toujours son cher filleul autant qu’elle détestait le mari qu’on lui présentait. L’affront d’avoir été mise dans un couvent augmentait sa passion ; l’ordre d’épouser le fils du bailli y mettait le comble. Les regrets, la tendresse, et l’horreur bouleversaient son âme. L’amour, comme on sait, est bien plus ingénieux et plus hardi dans une jeune fille que l’amitié ne l’est dans un vieux prieur et dans une tante de quarante-cinq ans passés. De plus, elle s’était bien formée dans son couvent par les romans qu’elle avait lus à la dérobée.

La belle Saint-Yves se souvenait de la lettre qu’un garde du corps avait écrite en Basse-Bretagne, et dont on avait parlé dans la province. Elle résolut d’aller elle-même prendre des informations à Versailles ; de se jeter aux pieds des ministres si son mari était en prison, comme on le disait, et d’obtenir justice pour lui. Je ne sais quoi l’avertissait secrètement qu’à la cour on ne refuse rien à une jolie fille. Mais elle ne savait pas ce qu’il en coûtait.

Sa résolution prise, elle est consolée, elle est tranquille, elle ne rebute plus son sot prétendu ; elle accueille le détestable beau-père, caresse son frère, répand l’allégresse dans la maison ; puis, le jour destiné à la cérémonie, elle part secrètement à quatre heures du matin avec ses petits présents de noce, et tout ce qu’elle a pu rassembler. Ses mesures étaient si bien prises qu’elle était déjà à plus de dix lieues lorsqu’on entra dans sa chambre, vers le midi. La surprise et la consternation furent grandes. L’interrogant bailli fit ce jour-là plus de questions qu’il n’en avait faites dans toute la semaine ; le mari resta plus sot qu’il ne l’avait jamais été. L’abbé de Saint-Yves, en colère, prit le parti de courir après sa sœur. Le bailli et son fils voulurent l’accompagner. Ainsi la destinée conduisait à Paris presque tout ce canton de la Basse-Bretagne.

La belle Saint-Yves se doutait bien qu’on la suivrait. Elle était à cheval ; elle s’informait adroitement des courriers s’ils n’avaient point rencontré un gros abbé, un énorme bailli, et un jeune benêt, qui couraient sur le chemin de Paris. Ayant appris au troisième jour qu’ils n’étaient pas loin, elle prit une route différente, et eut assez d’habileté et de bonheur pour arriver à Versailles tandis qu’on la cherchait inutilement dans Paris.

Mais comment se conduire à Versailles ? Jeune, belle, sans conseil, sans appui, inconnue, exposée à tout, comment oser chercher un garde du roi ? Elle imagina de s’adresser à un jésuite du bas étage ; il y en avait pour toutes les conditions de la vie, comme Dieu, disaient-ils, a donné différentes nourritures aux diverses espèces d’animaux. Il avait donné au roi son confesseur, que tous les solliciteurs de bénéfices appelaient le chef de l’Eglise gallicane ; ensuite venaient les confesseurs des princesses ; les ministres n’en avaient point : ils n’étaient pas si sots. Il y avait les jésuites du grand commun, et surtout les jésuites des femmes de chambre par lesquelles on savait les secrets des maîtresses ; et ce n’était pas un petit emploi. La belle Saint-Yves s’adressa à un de ces derniers, qui s’appelait le père Tout-à-tous. Elle se confessa à lui, lui exposa ses aventures, son état, son danger, et le conjura de la loger chez quelque bonne dévote qui la mît à l’abri des tentations.

Le père Tout-à-tous l’introduisit chez la femme d’un officier du gobelet, l’une de ses plus affidées pénitentes. Dès qu’elle y fut, elle s’empressa de gagner la confiance et l’amitié de cette femme ; elle s’informa du garde breton, et le fit prier de venir chez elle. Ayant su de lui que son amant avait été enlevé après avoir parlé à un premier commis, elle court chez ce commis ; la vue d’une belle femme l’adoucit, car il faut convenir que Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser les hommes.

Le plumitif attendri lui avoua tout. "Votre amant est à la Bastille depuis près d’un an, et sans vous il y serait peut-être toute sa vie." La tendre Saint-Yves s’évanouit. Quand elle eut repris ses sens, le plumitif lui dit : "Je suis sans crédit pour faire du bien ; tout mon pouvoir se borne à faire du mal quelquefois. Croyez-moi, allez chez monsieur de Saint-Pouange, qui fait le bien et le mal, cousin et favori de monseigneur de Louvois. Ce ministre a deux âmes : monsieur de Saint-Pouange en est une ; madame du Belloy, l’autre ; mais elle n’est pas à présent à Versailles ; il ne vous reste que de fléchir le protecteur que je vous indique."

La belle Saint-Yves, partagée entre un peu de joie et d’extrêmes douleurs, entre quelque espérance et de tristes craintes, poursuivie par son frère, adorant son amant, essuyant ses larmes et en versant encore, tremblante, affaiblie, et reprenant courage, courut vite chez monsieur de Saint-Pouange.

Notes sur le texte complet

Son génie « étouffé depuis si longtemps » « se déployait »
Ces métaphores expriment le fait que l’Ingénu n’avait pu utiliser ou développer son potentiel intellectuel (élevé puisqu’est employé le mot « génie » qui signifie talent naturel) et qu’ayant rencontré le janséniste, il peut enfin utiliser toutes ses capacités intellectuelles et les améliorer encore plus.

« Pendant que la nature le vengeait des outrages de la fortune » : le vengeait des manquements du destin. L’Ingénu, avant de venir en France, n’était pas très cultivé, pas très savant. Depuis qu’il est emprisonné, il lit des livres et se cultive grâce à monsieur Gordon. Il y a au moins un point positif dans son emprisonnement : il peut développer son savoir. C’est en quelque sorte sa revanche sur le destin. Je vous invite à aller consulter ces 2 pages dans lesquelles vous trouverez une définition du mot outrage ici et

Une question très rhétorique, et artificielle, qui sert à résumer ce qu’il s’est passé dans les chapitres précédents, introduit le récit composé de réponses à cette question : « Que devinrent Monsieur le prieur et sa bonne sœur, et la belle recluse de Saint Yves ? ».

« La belle recluse Saint-Yves »
Une recluse est une religieuse qui vit dans un couvent, coupée du monde extérieur. La présence de vocabulaire religieux peut nous permettre, le jour de la présentation orale, d’insister sur le fait que dans cette œuvre, Voltaire fait la critique de la religion et de la famille, qui décide pour l’un de ses membres. En effet, le prieur et sa sœur ont envoyé mademoiselle Saint Yves dans un couvent contre son gré.

On observe une gradation des réactions (au fil du temps) face à l’absence prolongée de l’Ingénu et de l’absence de nouvelles le concernant : « le premier mois, on fut inquiet et au troisième on fut plongé dans la douleur » et « Au bout de six mois, on le crut mort. »
On peut y voir aussi un rythme ternaire.
On constate aussi que les parents de l’Ingénu sont assez lents dans leurs réactions.

« Les fausses conjectures » : les fausses suppositions Vous aurez une définition plus complète du mot conjecture en cliquant sur ce lien

« La fougue de la jeunesse »
Fougue : élan, enthousiasme (Petit Larousse illustré 2006).Vous trouverez la définition exacte de ce mot sur cette page)

« Le prélat approuva le voyage »
Un prélat est un ecclésiastique qui a reçu la prélature, haute fonction conférée par le pape. Ce terme désigne ici l’évêque de Saint-Malo. ( Le petit Larousse illustré 2006)

« Ils se trouvèrent égarés comme dans un vaste labyrinthe, sans fil et sans issue. »
La comparaison avec le labyrinthe mythologique, où se trouvait le Minotaure, représente la complexité de la cour, la grande ville dans laquelle ils se perdent, ainsi que les difficultés auxquelles ils doivent faire face.
“Sans fil” exprime l’idée qu’ils n’ont personne pour les guider, pas de "fil d’Ariane" et “sans issue”, le fait qu’ils n’ont aucun moyen de réussir.

« L’amour mystique de madame Guyon. »
L’adjectif mystique signifie qui concerne la religion (le petit Larousse illustré 2006). Vous trouverez une définition plus approfondie de ce terme en cliquant sur ce lien
Madame Guyon était une mystique, elle avait une foi religieuse intense. Elle diffusa en France la doctrine du quiétisme, prônant une communication directe avec Dieu et dénigrant les sacrements comme dérisoires. Ce lien vous expliquera plus en détail ce qu’est le quiétisme et quel a été le rôle de madame Guyon dans sa propagation

Le sous-entendu grivois est ici très net, dans l’emploi du verbe "examinait [...] avec mademoiselle de Mauléon".
Connaître le sens de ce mot peut nous aider le jour du BAC à expliquer le comique de situation.
En effet, tous les ecclésiastiques sont occupés avec des dames mais ils parlent tout de même de religion. C’est un sous-entendu, ils ne sont pas très pieux, ils se cachent derrière la religion pour se livrer à des pratiques peu catholiques avec des dames de la cour. Voltaire fait par cette contradiction la critique de la religion et des religieux. Il dévoile les pratiques libertines de certains prêtres.

« L’affront d’avoir été mise dans un couvent » affront : honte, déshonneur.
Ce lien vous fournira plus de renseignements sur le mot affront.

« Les regrets, la tendresse et l’horreur bouleversaient son âme. » : énumération en rythme ternaire qui accentue le ressenti de Mlle de Saint Yves. L’énumération est particulière car elle est composée de mots représentants des sentiments différents.

« Qu’elle avait lus à la dérobée. » : en cachette et rapidement.
Mademoiselle Saint Yves, lorsqu’elle était au couvent, « s’était bien formée par les romans qu’elle avait lus à la dérobée. »
Or, il était interdit de lire des romans dans les couvents. Cela montre qu’elle n’est pas naïve, qu’elle est « rebelle » et qu’elle a donc reçu une autre éducation que l’éducation religieuse stricte. Cela peut nous aider à décrire son caractère, elle n’est pas tout à fait ingénue, et sait bien cacher son jeu.

« De se jeter aux pieds des ministres » : hyperbole indiquant que Mlle de Saint Yves ferait tout pour sauver l’Ingénu, elle annonce aussi la suite de l’histoire, car effectivement la jeune femme devra payer de sa personne pour sauver son bien aimé.

« Elle ne rebute plus son prétendu. »
Mademoiselle Saint Yves ne repousse plus le fils du bailli, il ne la répugne plus. Vous aurez la définition du verbe rebuter en cliquant sur cette page.
Connaître le sens de ce mot nous aide à prouver que mademoiselle Saint Yves et intelligente. En effet, elle fait comme si tout allait bien, elle semble finalement avoir accepté son mariage avec le fils du Bailli, alors même qu’elle se prépare à partir à Versailles pour délivrer l’Ingénu, son amant. Voir l’explication plus haut « à la dérobée ».

« Répand l’allégresse dans la maison. »
L’allégresse est une joie très vive (le petit Larousse illustré 2006)

« La destinée conduisait presque tout ce canton de Basse-Bretagne. »
C’est une exagération puisqu’au plus 10 personnes partent pour Versailles, ce qui n’équivaut pas à presque tout un canton. Aussi, le mot destinée est du registre tragique, mais Voltaire l’emploie de façon ironique pour se moquer de la situation, à savoir le fait qu’il ne se passe jamais rien dans ce petit canton.

« La belle Saint-Yves se doutait bien qu’on la suivrait. Elle était à cheval ; elle s’informait adroitement des courriers s’ils n’avaient point rencontré un gros abbé, un énorme bailli, et un jeune benêt, qui couraient sur le chemin de Paris. Ayant appris au troisième jour qu’ils n’étaient pas loin, elle prit une route différente, et eut assez d’habileté et de bonheur pour arriver à Versailles tandis qu’on la cherchait inutilement dans Paris. »
Cette ellipse qui passe sous silence des moments de son périple vers Versailles.

L’énumération comique « Un gros abbé, un énorme bailli et un jeune benêt. » se fait sur un rythme ternaire, les qualificatifs et les noms dévalorisants employés montrent le ressentiment de Mlle de Saint Yves envers ces trois personnages.
C’est aussi un procédé de comique par caricature, destiné à faire porter l’intérêt sur Saint-Yves.

« Jeune, belle, sans conseil, sans appui, inconnue, exposée à tout. »
Par sa longueur, cette énumération est aussi une accentuation, qui insiste sur la fragilité de Mademoiselle de Saint Yves, et par conséquent qui va provoquer la pitié du lecteur.

« Mais comment se conduire à Versailles ? Jeune, belle, sans conseil, sans appui, inconnue, exposée à tout, comment oser chercher un garde du roi ? »
Question rhétorique, qui met le lecteur à la place de Mademoiselle de Saint-Yves.

« Les solliciteurs de bénéfices. »
Ce groupe de mots désigne les personnes qui demandent une faveur, postulent pour une place. Ici, un bénéfice est un titre, revenu accordé à une personne, généralement un ecclésiastique, en échange d’un service spirituel.
Par ce terme, Voltaire critique les religieux qui recherchent le profit, la reconnaissance. Il fait la satire des ecclésiastiques, et plus généralement, du système de faveurs et de récompenses à la Cour. Connaître le sens de ce terme et les personnes qu’il désigne peut nous permettre d’insister encore plus sur le fait que Voltaire fait la critique de la religion dans son œuvre.

« Le conjura de la loger… »
Conjurer : supplier, prier avec insistance.

« Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser les hommes. »
Cette négation restrictive montre que les femmes sont peu considérées, mais elles possèdent cependant une certaine valeur auprès des hommes grâce à leurs atouts féminins.
On reconnaît ici une certaine forme d’humour grivois de Voltaire.

« Le plumitif attendri lui avoua tout. »
Un plumitif est un employé aux écritures. Le mot désigne ici le commis de monsieur Alexandre. Ce terme est dévalorisant.
En effet, il relègue le commis au rang de simple employé, ce qui lui ôte de son importance. Savoir que le plumitif est un employé de la cour nous permet de montrer que pour obtenir quelque chose à la cour, il faut avoir du charme pour attendrir les employés.
Voltaire critique ici le fonctionnement de la cour : on n’obtient pas quelque chose par le mérite mais parce qu’on a du charme, ce qui est injuste.

« Il ne vous reste que de fléchir » fléchir : faire céder.
Ce mot montre qu’à la cour, il ne suffit pas d’avoir raison pour convaincre, mais il faut persuader les personnes influentes, en leur faisant dans ce cas du charme. Voltaire critique ici l’injustice de la monarchie.

La dernière phrase du chapitre est constituée d’une énumération avec des rapports antithétiques : « Partagée entre un peu de joie et d’extrêmes douleurs. », « quelque espérances et de tristes craintes », « poursuivie par son frère, adorant son amant », « essuyant ses larmes et en versant encore », « tremblante, affaiblie, reprenant courage ».
Il y a une opposition systématique entre positif et négatif, avec une supériorité du négatif (« peu »/« extrêmes »). Il faut remarquer la variété des procédés dans l’énumération, avec l’association des sentiments et des faits. Enfin, cela entraîne la présence de registre pathétique.

Notes de Julie 1, Jessica, Julie 2 et Marie-Pierre


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Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
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