L’Ingénu : Chapitre 8

vendredi 9 juillet 2010
par  BM

Extrait du chapitre VIII (incipit).
L’Ingénu va en cour. Il soupe en chemin avec des huguenots

L’Ingénu prit le chemin de Saumur par le coche, parce qu’il n’y avait point alors d’autre commodité. Quand il fut à Saumur, il s’étonna de trouver la ville presque déserte ; et de voir plusieurs familles qui déménageaient. On lui dit que, six ans auparavant, Saumur contenait plus de quinze mille âmes, et qu’à présent il n’y en avait pas six mille. Il ne manqua pas d’en parler à souper dans son hôtellerie. Plusieurs protestants étaient à table : les uns se plaignaient amèrement, d’autres frémissaient de colère, d’autres disaient en pleurant :

Nos dulcia linquimus arva,
Nos patriam fugimus.

L’Ingénu, qui ne savait pas le latin, se fit expliquer ces paroles, qui signifient : "nous abandonnons nos douces campagnes, nous fuyons notre patrie".

"Et pourquoi fuyez-vous votre patrie, messieurs ? - C’est qu’on veut que nous reconnaissions le pape. - Et pourquoi ne le reconnaîtriez-vous pas ? Vous n’avez donc point de marraines que vous vouliez épouser ? Car on m’a dit que c’était lui qui en donnait la permission. - Ah ! monsieur, ce pape dit qu’il est le maître du domaine des rois. - Mais, messieurs, de quelle profession êtes-vous ? - Monsieur, nous sommes pour la plupart des drapiers et des fabricants. - Si votre pape dit qu’il est le maître de vos draps et de vos fabriques, vous faites très bien de ne le pas reconnaître ; mais pour les rois, c’est leur affaire ; de quoi vous mêlez-vous ?" Alors un petit homme noir prit la parole, et exposa très savamment les griefs de la compagnie. Il parla de la révocation de l’édit de Nantes avec tant d’énergie, il déplora d’une manière si pathétique le sort de cinquante mille familles fugitives et de cinquante mille autres converties par les dragons, que l’Ingénu à son tour versa des larmes. "D’où vient donc, disait-il, qu’un si grand roi, dont la gloire s’étend jusque chez les Hurons, se prive ainsi de tant de cœurs qui l’auraient aimé, et de tant de bras qui l’auraient servi ?

- C’est qu’on l’a trompé comme les autres grands rois, répondit, l’homme noir. On lui a fait croire que, dès qu’il aurait dit un mot, tous les hommes penseraient comme lui ; et qu’il nous ferait changer de religion comme son musicien Lulli fait changer en un moment les décorations de ses opéras. Non seulement il perd déjà cinq à six cent mille sujets très utiles, mais il s’en fait des ennemis ; et le roi Guillaume, qui est actuellement maître de l’Angleterre, a composé plusieurs régiments de ces mêmes Français qui auraient combattu pour leur monarque.

"Un tel désastre est d’autant plus étonnant que le pape régnant, à qui Louis XIV sacrifie une partie de son peuple, est son ennemi déclaré. Ils ont encore tous deux, depuis neuf ans, une querelle violente. Elle a été poussée si loin que la France a espéré enfin de voir briser le joug qui la soumet depuis tant de siècles à cet étranger et surtout de ne lui plus donner d’argent, ce qui est le premier mobile des affaires de ce monde. Il paraît donc évident qu’on a trompé ce grand roi sur ses intérêts comme sur l’étendue de son pouvoir, et qu’on a donné atteinte à la magnanimité de son cœur."

Présentation

Le passage se situe après le départ de l’Ingénu, qui quitte la Bretagne pour aller demander au roi l’autorisation d’épouser Mademoiselle de Saint-Yves, sa marraine. Il se dirige à la cour afin d’y réclamer son dû, estimé mérité après avoir repoussé les anglais envahisseurs. Pour ce, il fait étape à Saumur, une ville qu’il trouve déserte et agitée ; où il rencontre des huguenots qui lui font part de la situation actuelle.

Il se trouve en train de dîner dans une auberge, et entend des protestants crier à table : "nous abandonnons nos douces campagnes, nous fuyons notre patrie". L’Ingénu, curieux, veut comprendre le problème : « Et pourquoi fuyez-vous votre patrie, Messieurs ? »

Il entame alors une discussion avec un protestant qui lui explique cette phrase.

De plus, « Un petit homme noir prit la parole, et exposa très savamment les griefs de la compagnie. Il parla de la révocation de l’édit de Nantes avec tant d’énergie, il déplora d’une manière si pathétique le sort de cinquante mille familles fugitives et de cinquante mille autres converties par les dragons, que l’Ingénu à son tour versa des larmes. »

Ce contexte narratif de l’Ingénu est situé quatre ans après la révocation de l’Edit de Nantes.

Ce passage constitue une critique du gouvernement et de l’intolérance. On constate que Voltaire juxtapose son récit fictif à la réalité. Il associe une situation concrète à des personnages imaginaires ; en effet, dans ce cas, c’est la révocation de l’Edit de Nantes que traite Voltaire avec ses personnages.

Il faut savoir qu’en 1598, l’Edit de Nantes a marqué sa génération. Il a installé une liberté de culte, entraînant le retour de nombreux protestants. Ainsi, il a créé une sorte d’enrichissement du pays notamment grâce à une nouvelle reprise du commerce à échelle internationale.

La révocation de l’édit de Nantes a au contraire provoqué l’exil des protestants. On a assisté aux dragonnades : le roi a envoyé l’armée dans les familles pour obliger à la conversion, puis pour vérifier le respect de son édit.

Dans ce passage, Voltaire critique, il se fait historiographe. Il fait un ancrage dans la réalité historique. Ici, l’ancrage est social et religieux. Il choisit un sujet qui se passe cent ans plus tôt pour pouvoir critiquer l’intolérance à son époque : c’est un ancrage dans la réalité idéologique contemporaine.

L’Ingénu, personnage de roman (fictif) sert alors de porte-parole de l’auteur.

Question sur le texte

Nous verrons comment Voltaire fait une critique de la monarchie absolue et de l’intolérance.

Éléments schématiques de réponse et appui sur le texte

On peut observer un discours didactique entre l’Ingénu et le petit homme noir :

Le raisonnement consiste ici à montrer un jeu de communication entre l’Ingénu qui joue le rôle de l’élève et le petit homme noir qui donne une leçon à l’Ingénu.

« On lui a fait croire que, dès qu’il aurait dit un mot, tous les hommes penseraient comme lui ; et qu’il nous ferait changer de religion comme son musicien Lulli fait changer en un moment les décorations de ses opéras. » Ce n’est pas Louis XIV qui est critiqué ici, mais le système : la monarchie absolue.

« Non seulement il perd déjà cinq à six cent mille sujets très utiles, mais il s’en fait des ennemis » : c’est une démonstration de l’idéologie militaire et économique de Louis XIV, mais aussi une critique de sa politique qui conduit à appauvrir le pays.

« Un tel désastre est d’autant plus étonnant que le pape régnant, à qui Louis XIV sacrifie une partie de son peuple, est son ennemi déclaré. » : c’est cette fois la critique des bases de l’idéologie religieuse du roi, jugée contradictoire.

On repère dans ce texte le champ lexical mêlé de la religion et du gouvernement : "pape", "roi", "rois", "édit de Nantes", "dragons", "religion", monarque", "pouvoir", etc.

Le mélange des deux domaines, politique et religion, est alors critiqué, puisque les protestants répondent à leur tour :

« - C’est qu’on veut que nous reconnaissions le pape. »

« - Ce pape dit qu’il est le maître du domaine des rois. »

La critique des ministres du roi est faite dans le discours du "petit homme noir" : "on a trompé ce grand roi [...] on a donné atteinte à la magnanimité de son cœur."

Lorsqu’un "petit homme noir prit la parole", on peut voir le registre pathétique. L’Ingénu se met à pleurer quand cet homme lui raconte le sort des "cinquante mille familles fugitives et de cinquante mille autres converties par les dragons".

Alice, Clélie et Alexandre

Fin du chapitre VIII

L’Ingénu, attendri de plus en plus, demanda quels étaient les Français qui trompaient ainsi un monarque si cher aux Hurons. "Ce sont les jésuites, lui répondit-on ; c’est surtout le père de La Chaise, confesseur de Sa Majesté. Il faut espérer que Dieu les en punira un jour, et qu’ils seront chassés comme ils nous chassent. Y a-t-il un malheur égal aux nôtres ? Mons de Louvois nous envoie de tous côtés des jésuites et des dragons.

- Oh bien ! messieurs, répliqua l’Ingénu, qui ne pouvait plus se contenir, je vais à Versailles recevoir la récompense due à mes services ; je parlerai à ce Mons de Louvois : on m’a dit que c’est lui qui fait la guerre, de son cabinet. Je verrai le roi, je lui ferai connaître la vérité ; il est impossible qu’on ne se rende pas à cette vérité quand on la sent. Je reviendrai bientôt pour épouser mademoiselle de Saint-Yves, et je vous prie à la noce." Ces bonnes gens le prirent alors pour un grand seigneur qui voyageait incognito par le coche. Quelques-uns le prirent pour le fou du roi.

Il y avait à table un jésuite déguisé qui servait d’espion au révérend père de La Chaise. Il lui rendait compte de tout, et le père de La Chaise en instruisait Mons de Louvois. L’espion écrivit. L’Ingénu et la lettre arrivèrent presque en même temps à Versailles.

Une analyse du chapitre entier,sous forme de commentaire organisé

Introduction

Le chapitre qui fera l’objet de notre étude est tiré du conte philosophique l’Ingénu (1767) qui est, avec Candide, l’un des chefs d’œuvre du récit voltairien. Voltaire nous présente une époque, avec ses abus de pouvoir, ses haines politiques et notamment religieuses à travers le regard ingénu d’un huron. En plus de l’aspect historique, c’est un véritable aspect sociologique qui nous est présenté. Le Huron, plus communément appelé l’Ingénu, débarque sur les côtes de France à bord d’un navire anglais. Très vite, il tisse des liens amicaux avec la famille Kerkabon qui découvre que celui-ci n’est autre que leur neveu. Ainsi, le Huron Bas-breton apprend les coutumes, les mœurs d’une société et d’un pays qui lui est inconnu. Après une éducation religieuse et un baptême burlesque ainsi que des péripéties amoureuses, le Huron part pour Paris où il souhaite rencontrer le Roi. En chemin, il rencontre des protestants à Saumur. Comment la satire est elle mise en place dans ce chapitre ? Nous le verrons, en commençant tout d’abord par l’étude de la mise en scène de la satire. Puis nous étudierons la satire et la dénonciation virulente du monde politique et religieux. Enfin, nous aborderons les différentes stratégies argumentatives utilisées par l’auteur.

I) La mise en scène de la satire : l’art du récit voltairien

A) Un regard naïf porté sur la ville et ses habitants

L’Ingénu porte un regard naïf sur la ville de Saumur. En effet, il ne connaît pas cette ville pourtant célèbre à cette époque pour être le lieu de résidence de beaucoup de personnes de confession protestante. L’Ingénu commence donc sa vision des choses sans aucune information au préalable. De plus, le Huron porte un regard rempli d’ingénuité sur les habitants de la ville, on le voit par son manque d’information sur le sort réservé aux protestants à cette époque : « Et pourquoi fuyez vous votre patrie, messieurs ? ». l’Ingénu, par cette interrogation, montre sa surprise sur les comportements des protestants, prouvant sa non-connaissance des faits. En rapportant sa propre situation à celle des huguenots, l’Ingénu conforte son regard naïf sur une société en proie à l’exil : « Il n’y a donc pas de marraine que vous vouliez épouser ? ». Ainsi, par cette situation, le Huron nous montre son caractère naïf en croyant que seule une situation semblable à la sienne peut être la cause d’un si fort désaccord.

B) Un dialogue didactique pour présenter le contexte historique et politique

Par la suite, au cours de ses échanges avec les huguenots, l’Ingénu commence un dialogue constructif et de nature didactique avec un pasteur présenté par l’intermédiaire d’une périphrase : « petit homme en noir ». C’est un dialogue didactique car les rôles sont parfaitement distribués : le pasteur explique, informe et l’Ingénu écoute et questionne. Le pasteur présente l’aspect politique de l’époque par l’utilisation de grands noms qui ont marqué le XVIIIème siècle comme Louis XIV, l’Edit de Nantes ou encore les dragons qui peuvent s’apparenter à l’Inquisition publique de l’époque en chasse des protestants. Le pasteur sert de figure explicative entre Voltaire et ses lecteurs pour témoigner, de manière critique, du contexte politico-historique de cette époque marquée par l’exil général et forcé de huguenots.

C) Rythme et variation : des arguments présentés de façon dynamique

Le pasteur explique les évènements à l’Ingénu de manière vive et dynamique qui sert à renforcer le poids des paroles du petit homme noir : « Un petit homme prit la parole, et exposa très savamment les griefs de la compagnie […] avec tant d’énergie, il déplora de manière si pathétique le sort des cinquante mille familles fugitives ». L’utilisation de la présentation dynamique des arguments sert à faire comprendre aux lecteurs l’horreur et le despotisme mis en place par les hauts responsables de l’Etat ainsi que les hauts dignitaires religieux.

En utilisant une mise en scène romanesque pour présenter sa satire, Voltaire, qui se fait le défenseur de la cause protestante, nous montre de manière indirecte par le biais d’une fiction philosophique, l’injustice régnant dans la société du XVIIIème siècle.

II) Une dénonciation virulente : satire religieuse et politique

A) La satire politique

Voltaire nous fait part d’une satire visant le pouvoir politique en place à cette époque en prenant appui sur la révocation de l’Edit de Nantes. En effet, l’auteur nous présente le bilan lourd, aussi bien au niveau économique qu’humain de cette révocation à en croire l’exil massif de protestants à cette époque. L’extrait insiste sur le fait que ce sont des familles entières qui migrent avec « désespoir et colère ». L’auteur nous présente la faute politique commise par le Louis XIV. En effet, les protestants représentent une grande force économique et en les chassant, le Roi Soleil affaiblit son économie, on le voit à travers la ville de Saumur qui est désertée. La faute politique réside aussi dans la création de tensions internes qui opposent protestants et catholiques. La France est en proie à une guerre civile. C’est une faute politique car c’est une faute stratégique. En effet, le Roi fait la guerre aux autres pays protestants, tel que l’Angleterre, et ces pays accueillent les protestants français contraints à l’exil, ce qui alimente les armées ennemis. C’est donc un affaiblissement économique et guerrier que subit la France. « Non seulement il perd déjà cinq à six mille sujets très utiles, mais il s’en fait des ennemis ; et le roi Guillaume, qui est actuellement roi d’Angleterre, a composé plusieurs régiments de ces mêmes Français qui auraient combattu pour leur monarche. »

De plus, la relation conflictuelle entre le Roi de France et le Pape nous est présentée. Le Pape se sent supérieur aux rois catholiques, ce qui n’est pas au goût de Louis XIV. Voltaire nous présente donc la contradiction dans la politique française : Louis XIV fait le jeu du Pape en chassant les protestants de France et affronte ce dernier sur le plan du pouvoir. Selon Voltaire, la révocation de l’Edit de Nantes et incohérente par rapport à son attitude envers le souverain pontife. « Un tel désastre est d’autant plus étonnant que le pape, à qui Lois XIV sacrifie une partie de son peuple, est aussi son ennemi déclaré. Ils ont encore tout deux, depuis neuf ans, une querelle violente. »

La responsabilité de la faute politique n’est pas entièrement celle du Roi dont Voltaire fait l’éloge (comme on peut le voir par les différentes appellations : « Grand roi », « la magnanimité de son cœur » etc.) mais du père Lachaise et des jésuites. Le roi est présenté comme une victime.

C’est donc par un paradoxe que Voltaire fait une satire politique : le sujets deviennent ennemis, le Roi et le Pape sont également ennemis mais s’allient pour faire la guerre aux sujets du Roi de France.

B) La satire religieuse

Pour désigner les coupables, Voltaire utilise le pronom indéfini « on » pour créer un effet d’attente pour mieux assener les jésuites et le père Lachaise, c’est donc une satire anticléricale que nous propose l’auteur. La critique est ciblée : elle attaque les jésuites. C’est par une attaque ad hominem que Voltaire nous présente les responsables du chaos régnant à cette époque : « Le père Lachaise », « Monseigneur de Louvois », les ennemis sont ainsi personnalisés. Pour Voltaire, les Jésuites sont coupables d’avoir manipulé l’entourage du Roi responsable de l’intolérance religieuse régnante qui est un des grand combat de Voltaire.

Trois ans avant la parution de l’Ingénu, les Jésuites ont étés chassés de France, Voltaire y fait une légère allusion : « Il faut espérer qu’ils seront chassés comme nous ils nous chassent. ».

De plus, on peut penser que la citation latine : « …Nos dulcia linquimus arva,/ Nos patriam fuguimus. » incomprise par l’Ingénu est présente pour critiquer l’éducation religieuse apportée par les jésuites au Huron et qui s’avère incomplète, car un bon catholique et un homme cultivé doit savoir le latin.

Voltaire fait la critique de l’ingérence du pouvoir religieux dans les affaires civiles, il rejette la faute de la révocation de l’Edit de Nantes sur les jésuites qui sont de piètres conseillers pour le Roi.

III) Des stratégies argumentatives diverses pour convaincre et persuader le lecteur

A) L’appel aux connaissances

Pour faire passer son message, Voltaire s’efforce d’emporter l’adhésion intellectuelle de ses lecteurs en faisant appel à ses connaissances qu’il à besoin de raviver car l’action se déroule sous le règne de Louis XIV et Voltaire écrit 80 ans plus tard.

Pour convaincre, l’auteur utilise des données chiffrées et précises : « Saumur contenait plus de quinze mille âmes, et qu’à présent il n’y en avait pas six mille » ainsi qu’en utilisant des faits historiques, concrets et véridiques (révocation de l’Edit de Nantes, Saumur, rôle des Jésuites, persécution des protestants).

Une dispute politique ce met en place entre l’Ingénu et le pasteur. La dispute est un débat qui tient à un malentendu sur les définitions des choses. Ainsi, c’est pour cause d’un malentendu sur la politique religieuse que cette dispute tiens lieux d’être. Comme dans toute dispute, les point de vues divergent sans nécessairement rentrer dans le registre polémique, ainsi on a une véritable joute intellectuelle qui se met en place entre les deux protagonistes.

De plus, on voit que le pasteur utilise une argumentation convaincante : « exposa très savamment », « avec énergie ». Pour asseoir son argumentation, le révérend utilise également des exemples politico-historiques tels que l’Edit de Nantes, les dragonnades, roi et pape,…

Ainsi, Voltaire convainc en rappelant des faits politiques et historiques pour permettre l’adhésion intellectuelle de ses lecteurs.

B) L’appel à la sensibilité

Après avoir convaincu par des voies argumentées et objectives. Voltaire s’adresse aux sentiments du lecteur par le biais de rapides évocations susceptibles de frapper les cœurs et l’imagination de l’Ingénu et du lecteur. En effet, l’Ingénu représente, se fait le porte parole du lecteur qui doit éprouver les mêmes sentiments que lui.

L’auteur privilégie les conséquences humaines de la Révocation de l’édit de Nantes, ce qui parle aux lecteurs et fait appel à sa sensibilité. La persuasion permet de caractériser ce que ressentent les Huguenots : « plaignants amèrement », « frémissaient de colère », « en pleurant ». La persuasion est également utilisée pour décrire ce que ressent l’Ingénu par l’exposé du pasteur : « l’Ingénu à son tour versa des larmes », « attendri ». Cette stratégie argumentative suscite l’émotion et la pitié du lecteur qui s’identifie aux personnages qui souffrent. Ainsi, c’est par l’utilisation du registre pathétique, donnant une image très positive des protestants, victimes de persécutions et d’autres exactions qui crée la pitié et la tristesse que reflète l’Ingénu, c’est grâce à ce procédé que Voltaire fait passer son message de manière persuasive.

C) L’appel au raisonnement participatif

Le chapitre prête également à un cheminement progressif de l’Ingénu vers une prise de conscience en faveur des protestants. Le comportement du Huron mime celui des lecteurs en vue de son caractère représentatif dans ce chapitre. Certes, les ignorances et les confusions du protagoniste prêtent à sourire mais force est de constater que son raisonnement est sans faille. En effet, le fait qu’il se pose des questions créent une dynamique de nature interrogative qui poussent les lecteurs à s’interroger en même temps que le personnage, d’où la réelle dimension participative de ce chapitre. Le raisonnement de l’Ingénu se construit pas à pas sous les yeux du lecteur qui raisonne, analyse et réfléchit avec lui. Ainsi, Voltaire propose une véritable participation du lecteur dans ce chapitre.

Conclusion

Ainsi, en mettant en scène différentes stratégies argumentatives et en faisant la critique de la situation politique et religieuse, Voltaire fait une véritable satire d’une époque. La méthode voltairienne est bien mise en place à travers une satire qui s’élabore grâce au regard naïf et étranger de l’Ingénu. La satire regorge d’éléments chers à l’esprit des Lumières et à l’auteur, comme l’intolérance religieuse. L’objectif de cet extrait est faire comprendre à la nouvelle génération les horreurs qui ont eu lieux dans le passé sous l’impulsion de l’Eglise. Cette lutte de Voltaire contre l’intolérance religieuse s’est manifesté également dans sa vie avec les affaires Calas et Sirven. Ce combat contre les préjugés et l’intolérance était central pour lui à tel point qu’il signait ces lettres en employant ce terme « Ecrinf » qui signifie « Ecraser l’Infâme ».

Remise en forme par Baptiste

Notes sur le texte

« Et exposa très savamment les griefs de la compagnie »
La « compagnie » est la « Compagnie de Jésus » autrement dit l’institution des jésuites. Le protestant sert à donner le point de vue des victimes sur l’accusation des bourreaux, ou des juges, mais Voltaire ne nous dit pas ces griefs.

« Il parla de la révocation de l’édit de Nantes avec tant d’énergie »
Le petit homme noir est ici utilisé pour faire une leçon d’histoire, et comme dans l’expression précédente, Voltaire lui fait exprimer le point de vue de ceux qui subissent une injustice : il parle de la révocation de l’Edit de Nantes avec beaucoup d’énergie, et Voltaire montre que c’est une argumentation convaincante.

« Elle a été poussée si loin que la France a espéré enfin de voir briser le joug qui la soumet depuis tant de siècles à cet étranger et surtout de ne lui plus donner d’argent »
On a ici une figure de style, métaphore de l’attelage des animaux à chariot, une charrue, donc de la soumission.

« Il déplora d’une manière si pathétique le sort de cinquante mille familles fugitives et de cinquante mille autres converties par les dragons »
A l’époque les dragons sont des unités militaires envoyées par le roi dans les familles pour obliger à se convertir les protestants, puis plus tard pour vérifier que l’Edit de Nantes a bien été respecté. Les familles subissent ces violences, et finissent par fuir de France pour ne pas se faire tuer par les dragons, pour ceux qui ne veulent pas changer de religion. Homme noir (porte-parole de voltaire) trouve qu’obliger les gens à changer de religion par la force est déplorable.

« Qu’on a donné atteinte à la magnanimité de son cœur »
Cela veut dire qu’on a atteint la générosité du cœur du roi parce qu’on l’a trompé sur ses intérêt et son pouvoir. C’est une manière pour Voltaire de faire reposer la faute sur les conseillers du roi, et non directement sur celui-ci, puisqu’il a de grandes qualités. Voltaire dénonce le manque de qualité des gens, qui entoure le roi, qu’ils considèrent comme incompétent.

« Plusieurs protestants étaient à table ; les uns se plaignaient amèrement, d’autres frémissaient de colère, d’autres disaient en pleurant… »
Petite énumération qui est progressive, on pense qu’il ne s’agit que de quelques protestants, mais pour finir Voltaire englobe la totalité des protestants, ce qui produit une certaine pitié pour ces derniers. Leurs sentiments variés sont en fait partagés par chacun d’eux.

« Il nous ferait changer de religion comme son musicien Lulli fait changer en un moment les décorations de ses opéras. »
Nous avons ici une figure de comparaison. Voltaire fait en plaisantant la critique du monarque qui, selon lui, fait changer de religion aussi aisément que Jean Baptiste Lully, grand compositeur de l’époque baroque, faisait changer les décors de ses opéras. En remarque, nous avons constaté que Voltaire écrit Lully avec un « i »…

Notes de Manon et Victorien, Mélanie et Andréï


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