L’Ingénu : Chapitre 3

vendredi 9 juillet 2010
par  BM

Début du chapitre
Le Huron, nommé l’Ingénu, converti

Monsieur le prieur, voyant qu’il était un peu sur l’âge, et que Dieu lui envoyait un neveu pour sa consolation, se mit en tête qu’il pourrait lui résigner son bénéfice s’il réussissait à le baptiser et à le faire entrer dans les ordres.

L’Ingénu avait une mémoire excellente. La fermeté des organes de Basse-Bretagne, fortifiée par le climat du Canada, avait rendu sa tête si vigoureuse que, quand on frappait dessus, à peine le sentait-il ; et quand on gravait dedans, rien ne s’effaçait ; il n’avait jamais rien oublié. Sa conception était d’autant plus vive et plus nette que, son enfance n’ayant point été chargée des inutilités et des sottises qui accablent la nôtre, les choses entraient dans sa cervelle sans nuage. Le prieur résolut enfin de lui faire lire le Nouveau Testament. L’Ingénu le dévora avec beaucoup de plaisir ; mais, ne sachant ni dans quel temps ni dans quel pays toutes les aventures rapportées dans ce livre étaient arrivées, il ne douta point que le lieu de la scène ne fût en Basse-Bretagne ; et il jura qu’il couperait le nez et les oreilles à Caïphe et à Pilate si jamais il rencontrait ces marauds-là.

Son oncle, charmé de ces bonnes dispositions, le mit au fait en peu de temps : il loua son zèle ; mais il lui apprit que ce zèle était inutile, attendu que ces gens-là étaient morts il y avait environ seize cent quatre-vingt-dix années. L’Ingénu sut bientôt presque tout le livre par cœur. Il proposait quelquefois des difficultés qui mettaient le prieur fort en peine. Il était obligé souvent de consulter l’abbé de Saint-Yves, qui, ne sachant que répondre, fit venir un jésuite bas-breton pour achever la conversion du Huron.

Enfin la grâce opéra ; l’Ingénu promit de se faire chrétien ; il ne douta pas qu’il ne dût commencer par être circoncis ; "car, disait-il, je ne vois pas dans le livre qu’on m’a fait lire un seul personnage qui ne l’ait été ; il est donc évident que je dois faire le sacrifice de mon prépuce : le plus tôt c’est le mieux". Il ne délibéra point : il envoya chercher le chirurgien du village, et le pria de lui faire l’opération, comptant réjouir infiniment mademoiselle de Kerkabon et toute la compagnie quand une fois la chose serait faite. Le frater, qui n’avait point encore fait cette opération, en avertit la famille, qui jeta les hauts cris. La bonne Kerkabon trembla que son neveu, qui paraissait résolu et expéditif, ne se fît lui-même l’opération très maladroitement, et qu’il n’en résultât de tristes effets auxquels les dames s’intéressent toujours par bonté d’âme.

Le prieur redressa les idées du Huron ; il lui remontra que la circoncision n’était plus de mode ; que le baptême était beaucoup plus doux et plus salutaire ; que la loi de grâce n’était pas comme la loi de rigueur. L’Ingénu, qui avait beaucoup de bon sens et de droiture, disputa, mais reconnut son erreur ; ce qui est assez rare en Europe aux gens qui disputent ; enfin il promit de se faire baptiser quand on voudrait.

Premier extrait du chapitre III.

Il fallait auparavant se confesser ; et c’était là le plus difficile. L’Ingénu avait toujours en poche le livre que son oncle lui avait donné. Il n’y trouvait pas qu’un seul apôtre se fût confessé, et cela le rendait très rétif. Le prieur lui ferma la bouche en lui montrant, dans l’épître de saint Jacques le Mineur, ces mots qui font tant de peine aux hérétiques : Confessez vos péchés les uns aux autres. Le Huron se tut, et se confessa à un récollet. Quand il eut fini, il tira le récollet du confessionnal, et, saisissant son homme d’un bras vigoureux, il se mit à sa place, et le fit mettre à genoux devant lui : "Allons, mon ami, il est dit : Confessez-vous les uns aux autres ; je t’ai conté mes péchés, tu ne sortiras pas d’ici que tu ne m’aies conté les tiens." En parlant ainsi, il appuyait son large genou contre la poitrine de son adverse partie. Le récollet pousse des hurlements qui font retentir l’église. On accourt au bruit, on voit le catéchumène qui gourmait le moine au nom de saint Jacques le Mineur. La joie de baptiser un Bas-Breton huron et anglais était si grande qu’on passa par-dessus ces singularités. Il y eut même beaucoup de théologiens qui pensèrent que la confession n’était pas nécessaire, puisque le baptême tenait lieu de tout.

Présentation

Le passage se situe après le dîner chez Melle de Kerkabon. Les Kerkabon veulent baptiser l’Ingénu, qui demande d’abord à être circoncis, puis c’est la question du baptême qui se pose.

Ce passage constitue une critique de la confession. L’Ingénu applique à la lettre les consignes de la confession : "Confessez vos péchés les uns aux autres", ce qui rend la situation comique.

Questions sur le texte

Quelles sont les sortes de comique qui servent à cette critique de la confession et de la religion ?

Éléments de réponse et appui sur le texte

Dans ce passage, on peut voir que Voltaire fait la critique du rituel du baptême au moyen du regard naïf de l’Ingénu et du comique.

La vision du baptême est montrée par différents personnages ainsi que par le narrateur. Voltaire veut montrer que le baptême n’est pas sacré (baptême = profane). Pour Voltaire, le baptême vu par les différents personnages est une simple cérémonie, et non un sacrement : « La joie de baptiser un Bas-Breton huron et anglais était si grande ».

Le principal élément du comique se trouve dans le discours du Huron. Après s’être confessé, l’Ingénu exige de son confesseur qu’il le fasse à son tour : "je t’ai conté mes péchés, tu ne sortiras pas d’ici que tu ne m’aies conté les tiens". On a ici, une critique de l’aspect illogique du baptême (confession). Un laïque confesse un prêtre, or un prêtre est pur. L’ingénu n’est pas éduqué : il ne sait pas que l’on ne se confesse uniquement à un prêtre. D’autre part, l’Ingénu est anglais et aurait donc pu être anglican.

Le comique consiste aussi dans le ton familier qu’emploie l’Ingénu : "mon ami", et dans son tutoiement. Cette phrase met en route un comique de farce, on assiste à une "bagarre" dans une église. On trouve le champ lexical du comique de farce : "il tira", "saisissant [...] d’un bras vigoureux", "il appuyait son large genou contre la poitrine de son adverse partie". La domination physique constitue un renversement de situation, après la domination spirituelle du récollet. On a ici, une critique de l’aspect illogique du baptême (confession).

On peut voir aussi un certain comique de situation : l’utilisation d’un texte sacré, ancien, pour justifier un sacrement moderne (la baptême, la confession). La phrase finale le montre : "Il y eut même beaucoup de théologiens qui pensèrent que la confession n’était pas nécessaire, puisque le baptême tenait lieu de tout." Ceci est la conséquence de l’événement : les spécialistes en déduisent une nouveau règlement théologique. Cette phrase finale montre l’incapacité du clergé à justifier un sacrement. Pour Voltaire il y a une solution : supprimer un sacrement.

Voltaire critique aussi l’engouement de l’église à baptiser un "Bas-Breton huron et anglais" : l’église a ici le rôle de missionnaire, baptiser un sauvage.

Conclusion

La composition du passage est progressive et débouche sur une sorte de chute assez sophistiquée : Voltaire critique ceux qui critiquent des points précis de théologie.

Alice

Deuxième extrait (et fin) du chapitre III

On prit jour avec l’évêque de Saint-Malo, qui, flatté, comme on peut le croire, de baptiser un Huron, arriva dans un pompeux équipage, suivi de son clergé. Mademoiselle de Saint-Yves, en bénissant Dieu, mit sa plus belle robe et fit venir une coiffeuse de Saint-Malo pour briller à la cérémonie. L’interrogant bailli accourut avec toute la contrée. L’église était magnifiquement parée ; mais quand il fallut prendre le Huron pour le mener aux fonts baptismaux, on ne le trouva point.

L’oncle et la tante le cherchèrent partout. On crut qu’il était à la chasse, selon sa coutume. Tous les conviés à la fête parcoururent les bois et les villages voisins : point de nouvelles du Huron.

On commençait à craindre qu’il ne fût retourné en Angleterre. On se souvenait de lui avoir entendu dire qu’il aimait fort ce pays-là. Monsieur le prieur et sa sœur étaient persuadés qu’on n’y baptisait personne, et tremblaient pour l’âme de leur neveu. L’évêque était confondu et prêt à s’en retourner ; le prieur et l’abbé de Saint-Yves se désespéraient ; le bailli interrogeait tous les passants avec sa gravité ordinaire. Mademoiselle de Kerkabon pleurait. Mademoiselle de Saint-Yves ne pleurait pas, mais elle poussait de profonds soupirs qui semblaient témoigner son goût pour les sacrements. Elles se promenaient tristement le long des saules et des roseaux qui bordent la petite rivière de Rance, lorsqu’elles aperçurent au milieu de la rivière une grande figure assez blanche, les deux mains croisées sur la poitrine : Elles jetèrent un grand cri et se détournèrent. Mais, la curiosité l’emportant bientôt sur toute autre considération, elles se coulèrent doucement entre les roseaux ; et quand elles furent bien sûres de n’être point vues, elles voulurent voir de quoi il s’agissait.

Présentation

Le passage se situe au début du roman, il est constitué des derniers paragraphes du chapitre III. Et au moment du baptême du personnage éponyme, l’Ingénu.

Il constitue une critique du baptême par l’auteur. Il porte sur la religion et ses sacrements et raconte un passage où les personnages cherchent l’Ingénu qui a disparu.

Questions sur le texte

Quelle critique peut-on voir dans ce paragraphe ?

Au moyen de quels procédés Voltaire fait-il cette critique ?

Éléments de réponse et appui sur le texte

1°) Ce paragraphe est une vision du baptême pour les différents personnages et le narrateur. Il contient une charge critique.

Cette vision du baptême induit, fait comprendre que le baptême est profane, c’est-à-dire qu’il n’est pas sacré. Pour Voltaire, c’est une cérémonie, semblable à une fête où le conviés viennent pour boire, manger et s’amuser, et non un sacrement. Certains mots et expressions le montrent : « pompeux équipage » qui désigne l’évêque, « sa plus belle robe », « pour briller », et « coiffeuse » qui désignent Mlle de Saint-Yves, et enfin « magnifiquement parée » qui désigne l’église. L’aspect festif est donc représenté dans plusieurs domaines : non seulement les invités se rendent au baptême pour se montrer et faire la fête, mais aussi l’église, qui est décorée de telle sorte que le baptême ressemble à une fête de village, et l’évêque qui vient dans son majestueux équipage, comme si lui aussi était comme les autres personnages, venu ici pour se montrer.

Les personnages préfèrent l’aspect festif du sacrement à l’aspect religieux. Le baptême n’est important que du point de vue festif et social, il est montré comme un évènement et non un sacrement : toutes ces expressions nous le font comprendre.

2°) Cette critique est faite au moyen du comique.

En effet, Voltaire se moque de la société en utilisant l’ironie. On peut voir le comique de situation par contraste. Du point de vue narratif, on a un évènement : la disparition de l’Ingénu. Voltaire ironise sur les conséquences : les personnages sont tristes de ne pas pouvoir se montrer. Toute la belle société va dans les bois pour chercher le Huron. Le lecteur peut alors s’imaginer la scène, et en a une vision comique : les personnages très bien parés cherchant l’Ingénu.

La coupure de la fin du chapitre faite par Voltaire fait attendre la suite : ce n’est plus du comique, mais du voyeurisme. Le lecteur est laissé en suspens et est invité à lire la suite pour savoir ce que Mlle de Saint Yves et Mlle de Kerkabon ont découvert dans la rivière.

« Lorsqu’elles aperçurent au milieu de la rivière une grande figure assez blanche, les deux mains croisées sur la poitrine » est une métaphore qui désigne l’Ingénu.

Conclusion

Voltaire, à travers ce passage, critique la religion et plus particulièrement le lien entre la religion et la société, qui rend le baptême comme un événement profane. Il la réalise au moyen du comique.

C’est pour cela que Voltaire a choisi un homme qui est naïf, l’Ingénu car il pense que le baptême doit se faire comme dans la Bible, et donc il est allé au bord de la rivière pour se faire baptiser.

Aloïs

Une lecture analytique organisée

Voltaire en sa pièce de théâtre Œdipe, présentée pour la première fois en 1718 dit : « Nos prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple pense / Notre crédulité fait toute leur science ». C’est aussi le discours que tient ce célèbre philosophe au 18e siècle dans son conte L’Ingénu, conte satirique publié en 1767. Il met en scène un huron arrivant en France et recueilli par le prieur M. de Kerkabon et sa sœur. Il s’avère ensuite que le Huron n’est autre que le neveu de ces derniers. L’extrait étudier est consacré à la conversion de l’Ingénu au christianisme. Nous nous demanderons comment Voltaire détourne une leçon de catéchisme en une satire religieuse. Tout d’abord, nous examinerons l’apprentissage de l’ingénu catéchumène, puis nous analyserons le côté comique et humoristique de celui-ci et enfin nous aborderons la satire de la religion et de ses représentants.

I / L’apprentissage de l’ingénu catéchumène : un conte merveilleux.

A / Un épisode de conte, l’art du récit de Voltaire.

Dans ce passage nous pouvons noter que l’apprentissage de l’ingénu en tant que catéchumène relève du registre merveilleux. En effet, l’utilisation du passé simple « mit », « pria », « opéra » montre au lecteur que les faits se sont produits et sont désormais terminés. C’est un épisode bref de la vie de l’ingénu et surtout, il est ici présenté comme étant une personne talentueuse qui analyse ce qui l’entoure de manière objective. Voltaire, afin d’obtenir et de garder l’attention du lecteur, présente des petites anecdotes rapides, dynamiques et brèves qui se succèdent rapidement et qui ont pour but d’instruire. La brièveté des épisodes donne une dynamique au passage propre au rythme des contes et qui poursuit l’objectif de plaire, en évitant la monotonie et d’instruire.

B / Portrait d’un élève sauvage et naïf.

L’auteur insiste également sur la naïveté du personnage et joue sur ce point afin d’établir un portrait caractérisé par la sauvagerie et la simplicité du raisonnement de ce dernier qui met mal à l’aise son entourage. Effectivement, le Huron est décrit comme possédant une « tête si vigoureuse que, quand on frappait dessus, à peine le sentait-il ; et quand on gravait dedans, rien ne s’effaçait ; il n’avait jamais rien oublié. ». On voit dans ce passage que le huron possède un esprit vif, qu’il est désireux de bien faire et souhaite apprendre, il mémorise ce qu’on lui dit et n’ayant eu aucune éducation, peut être impartial. Voltaire met l’accent sur sa mémoire hors norme qui lui servira de point d’appui pour construire son anecdote, car on ne peut tromper l’Ingénu, car il sait parfaitement la Bible. De plus, l’expression « les choses entraient dans sa cervelle sans nuage » évoque le mythe du bon sauvage. En effet, il est vierge de tout préjugé, de toutes idées préconçues. Cela permet de mettre en avant sa différence et donc de critiquer les coutumes d’Europe. Il est décrit comme un élève attentif, rigoureux, mais qui applique ce qu’il apprend sans tenir compte des mœurs de la société qui ont évolué.

C / Une conversion miraculeuse.

L’ingénu se comporte de la manière qu’il pense juste, il s’identifie au Nouveau Testament et imite les faits et gestes des personnages qu’on y trouve. Son éducation se fait à partir des textes bibliques qui sont les seuls écrits mis à sa disposition. L’ingénu est donc influencé, mais il réfléchit toujours avec la sagesse de son esprit neuf c’est pourquoi il ne doute pas que la circoncision est une étape religieuse incontournable bien que le prieur lui assure que désormais ce « n’était plus de mode » et qu’il pouvait être remplacé par le baptême. À travers l’expression « enfin la grâce opéra », l’auteur présente la conversion du Huron comme étant un miracle ce qui relève de la foi et non du raisonnement comme veut le faire croire le prieur. Voltaire, ici établit une critique claire à l’encontre de l’éducation religieuse, car la conversion inopinée du Huron arrive au moment le plus opportun, ce qui profite au prieur.

II / Un apprentissage comique et humoristique, un récit plaisant.

A / Un épisode basé sur le comique de situation.

La scène où le Huron souhaite que le curé se confesse est basée sur un comique de situation : on lui a appris que l’on devait se confesser les uns aux autres c’est ainsi que le religieux se retrouve couché, maintenu par le genou de l’ingénu. Il se voit humilier par son ignorance. De plus, le moine se retrouve dans une posture de soumission, alors que son statut de religieux lui assure la supériorité et le respect de chacun. La scène où le Huron renverse le curé pour le mettre à terre et l’obliger à se confesser est un comique de situation : L’Ingénu, sensé être soumis au moine se retrouve en position de domination tant dans sa posture en l’écrasant qu’au niveau symbolique, car les religieux représentent Dieu est normalement au-dessus de tous.

B / Une conversion burlesque.

Même si l’ingénuité du personnage et les interventions de Voltaire participent activement au comique du chapitre, la plus grande partie de celui-ci repose sur la grivoiserie et le burlesque. Effectivement, le fait que les dames s’inquiètent pour l’intégrité physique du Huron, le montre : « et qu‘il en résultât de tristes effets auxquels les dames s’intéressent par bonté d’âme ». Voltaire fait ici une plaisanterie qui fait allusion à la sexualité et où il utilise l’humour. Ce n’est pas par bonté que ces femmes s’intéressent au sort du prépuce de l’ingénu, mais par intérêt purement grivois. Les rites du baptême et plus précisément celui-ci sont traités de manière burlesque puisque ce sont des évènements sacrés pour les catholiques et Voltaire les aborde sur un mode bas, trivial. Il tourne ainsi en dérision cette scène religieuse, car il mêle des éléments érotiques liés à la chair à des rites religieux, chastes et sacrés. On retrouve ce même procédé dans le chapitre suivant.

C / De l’humour à l’ironie, les interventions du narrateur et décalages énonciatifs.

En plus d’être humoristique, cette scène présente un caractère ironique : en premier lieu la circoncision ainsi que le fait de se confesser étaient de rigueur, puis par la suite le prieur et des théologiens affirment que cela n’est plus nécessaire, le baptême les remplace ; on voit donc très bien qu’il manipule la religion afin d’obtenir ce qu’ils veulent. De plus, les interventions du narrateur sont source d’ironie : « qu’il n’en résultât de tristes effets auxquels les dames s’intéressent toujours par bonté d’âme. » Ces interventions du narrateur montrent son opinion et sa volonté de se moquer. Ce décalage énonciatif est donc source d’ironie.

III / Satire de la religion et ses représentants : récit instructif.

A / Critique du prosélytisme religieux et de l’ arbitraire des dogmes.

La critique du prosélytisme religieux est également très présente. Il est dit : « Le prieur résolut enfin de lui faire lire le Nouveau Testament » lorsqu’il le pense capable de comprendre les textes religieux, Mr De Kerkabon dirige son neveu dans la voie de la foi. Il lui promet son héritage en échange de sa conversion, ce qui n’est pas normal, la foi devrait être pleinement choisie par l’individu et non imposée. L’appel à la conversion ne se fait donc pas pour les bonnes raisons. L’aspect financier semble être l’enjeu de cette conversion. De plus, le caractère arbitraire des dogmes est critique. En effet, la circoncision, inscrite dans la Bible, ne se pratique plus, car « ce n’est plus à la mode ». Les pratiques peuvent changer de manière unilatérale à partir du moment où le clergé l’a décidé.

B / Critique anticléricale.

On remarque que les représentants religieux façonnent les dogmes qui constituent la religion quitte à se contredire entre eux voire à se contredire eux-mêmes, l’Ingénu dont la mémoire est excellente, restitue les informations qu’il a absorbées avec une fidélité surprenante. Il est capable de déterminer avec sagesse ce qui est juste ou non et peut donc opposer son raisonnement à son oncle et à tous les autres qui ont pour but de le manipuler. Enfin, ces derniers, grâce à une persuasion subtile, parviennent à le faire changer d’opinion même si leurs dires vont à l’encontre de leur idée première. À travers la phrase : « Il proposait quelques fois des difficultés qui mettaient le prieur fort en peine. Il était obligé souvent de consulter l’abbé de St Yves, qui, ne sachant que répondre, fit venir un jésuite bas-breton pour achever la conversion du Huron. » On voit clairement l’ignorance des religieux qui ne savent pas quoi répondre lorsque l’Ingénu les questionne. Ils prêchent des idées, mais ils ne les appliquent pas pour eux-mêmes, par exemple pour la confession.

Conclusion

Voltaire, à travers l’Ingénu, conte philosophique, fait une critique prononcée des représentants de la religion ainsi que des dogmes, car ceux-ci sont utilisés pour manipuler les croyants. L’apprentissage religieux du Huron sert à dénoncer le prosélytisme religieux par son raisonnement logique dont la nature l’a doté. Par ce conte Voltaire fait le tableau d’un ordre religieux peuplé de faux dévots qui se servent de la crédulité des gens dont ils tirent profit. Pour parvenir a ses fins, Voltaire utilise le comique, par ce biais il peux formuler des critiques à l’encontre des religieux sans que ceux-ci ne puissent le lui reprocher. Cette œuvre est le reflet du combat que mènera Voltaire tout au long de sa vie.

Notes sur le texte

« Marauds » Le terme signifie coquins, brigands. L’Ingénu, qui ne comprend pas bien le décalage chronologique, se sent indigné par le comportement des personnages décrits, et envisage de les punir comme de petits voyous.

« Dispositions » Ce sont les capacités intellectuelles.

« Grâce » C’est l’aide surnaturelle qui rend l’homme capable d’accomplir la volonté de Dieu, et de parvenir au salut de son âme. La question de la grâce est au centre de la querelle entre jansénistes et jésuites.

« Circoncis » signifie ayant subi une opération chirurgicale consistant à retirer le prépuce, la circoncision.

« Frater » C’est le compagnon d’un barbier ou d’un chirurgien.

« …et qu’il n’en résultât de tristes effets auxquels les dames s’intéressent toujours par bonté d’âme » On retrouve dans cette expression l’humour grivois caractéristique de Voltaire, le comique de sous-entendu.

« Il lui remontra » : lui fit observer, en critiquant.

« Loi de grâce […] loi de rigueur » Voltaire fait la distinction en théologie entre la loi fondée sur la charité contenue dans le nouveau Testament et la loi rigoureuse de l’ancien Testament. Opposition entre chrétiens et juifs.

« Disputa » Discuta, réfuta une thèse (terme de la rhétorique enseigné dans les collèges).

« résigner » Céder ; le prieur pense céder ses bénéfices à son neveu.

« la fermeté des organes » facilité de compréhension ; Voltaire fait une allusion plaisante à la théorie des climats de Montesquieu une des idées les plus célèbres de ce philosophe qui pense que le climat pourrait influencer la nature de l’homme et de sa société. Les bretons ont la tête dure ...

« Caïphe » grand prêtre des juifs de 18 à 36 après J.C.

« Ponce Pilate » gouverneur romain de Judée, laissa condamner Jésus et fit le geste de se laver les mains, signe d’un refus de toute responsabilité.

Champ lexical de la perfection du Huron : « L’Ingénu avait une mémoire excellente ». « La fermeté des organes », « fortifiée par le climat du Canada, avait rendu sa tête si vigoureuse que, quand on frappait dessus, à peine le sentait-il », « rien ne s’effaçait », « il n’avait jamais rien oublié ». « Sa conception était d’autant plus vive et plus nette », « son enfance n’ayant point été chargée des inutilités et des sottises qui accablent la nôtre », « les choses entraient dans sa cervelle sans nuages ».
Cela provoque chez le lecteur (?) l’admiration du Huron.

« Rétif » Ce mot signifie résistant, réfractaire. On voit que l’Ingénu est un esprit fort.

« L’épitre de saint Jacques le Mineur » : C’est une épitre (lettre) écrite par saint Jacques le Mineur, apôtre de Jésus, fils d’Alphée, on le distingue de saint Jacques le Majeur, lui aussi apôtre fils de Zébédée.

« Hérétiques » L’expression désigne tous ceux qui sont en désaccord avec un dogme religieux, qui pratiquent un autre culte.

« Un récollet » Il s’agit d’un ordre monastique, un religieux réformé de l’ordre de saint François.

« Catéchumène » C’est celui à qui on enseigne le catéchisme (instruction dans la foi chrétienne).

« Gourmait » Gourmer signifie battre à coups de poings.

« BAPTÊME », s. m. (Théol.) sacrement par lequel on est fait enfant de Dieu & de l’Eglise, & qui a la vertu d’effacer le péché originel dans les enfans, & les péchés actuels dans les adultes.
Le mot baptême en général signifie lotion, immersion, du mot Grec βάπτω, ou βαπτίζω, je lave, je plonge ; & c’est en ce sens que les Juifs appelloient baptême certaines purifications légales qu’ils pratiquoient sur leurs prosélytes après la circoncision. On donne le même nom à celle que pratiquoit S. Jean dans le desert à l’égard des Juifs, comme une disposition de pénitence pour les préparer, soit à la venue de J. C. soit à la réception du baptême que le Messie devoit instituer, & dont le baptême de S. Jean étoit absolument différent, par sa nature, sa forme, son efficace, & sa nécessité, comme le prouvent les Théologiens, contre la prétention des Luthériens & des Calvinistes.
Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (Lettre B)

« Pompeux » Le mot signifie solennel, majestueux (ici il est marqué d’une nuance péjorative)

« Confondu » Le mot signifie décontenancé, troublé.

Notes de Joséphine, Baptiste, Marylène, Mélanie et Jeanne


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