L’usage des documents historiques

mercredi 2 mars 2011
par  BM

Quelle est la fonction argumentative des documents dans les Mémoires  ?

Schéma sommaire établi après un travail en classe : reprise et classement des principaux arguments trouvés par les élèves

Présentation

De Gaulle a placé en fin d’ouvrage des documents très abondants, des pages 349 à 531, soit 182 pages.
L’usage de ce matériau doit être analysé en fonction des divers buts argumentatifs de l’auteur.
On peut établir une sorte de classement sommaire de cette utilisation dans le corps du texte lui-même : les documents deviennent du texte homogène et construit, à l’intérieur d’un processus d’écriture et d’une composition soigneusement architecturés.

Les documents matériels : listes de lieux, de dates, de nombres, etc.

Les nombres, en général, sont d’abord des arguments explicatifs au service de ses argumentations face à ses interlocuteurs du moment, mais aussi des justifications a posteriori face aux lecteurs.

Les listes de personnes rencontrées montrent l’importance politique de De Gaulle : il connaît, analyse, utilise, sait choisir un personnel politique au service de la victoire, ou de la reconstruction de la France.
Exemples : entretien avec Hopkins, pp. 102-106 ; avec Churchill, pp. 64-70 ; avec Truman, pp. 248-259.

Les listes des villes visitées sont, comme les documents cartographiques, la transcription sous forme de récit du tour de France effectué à la rencontre des populations, des villes, des hommes politiques.
Exemples : toutes les villes et les personnalités politiques ou militaires, pp. 17-30 environ.
Ces documents deviennent l’occasion de produire du pathos, notamment dans la description des dégâts, des souffrances, des espoirs.
De Gaulle dresse ainsi un portrait moral et physique du pays. Ce pathos est un argument de persuasion en temps réel, et un argument de conviction a posteriori, pour le lecteur.

Ces mêmes documents constituent également l’architecture chronologique du récit : preuve d’exactitude, de rigueur, montrant la crédibilité d’un chef qui va au devant des réalités, qui a besoin de preuves pour agir, qui voit les problèmes et cherche les solutions.
Exemple de document non annexé : la liste des dégâts provoqués par la guerre, p. 8, est bien le résultat d’enquêtes administratives.
Mais cette organisation chronologique est souvent reconstruite, selon les besoins de tel ou tel chapitre.

Ils nous montrent aussi De Gaulle comme un homme informé, au fait des moindres détails, informé sur les personnalités utiles ou inutiles, donc comme un travailleur, pas seulement homme de cabinet, mais de terrain, ce qui rejoint son auto-portrait militaire.

Les discours rapportés

Fonction argumentative première : donner une impression d’objectivité, que ces discours soient flatteurs ou critiques pour De Gaulle.

Cela reflète aussi sa capacité de polémiquer, de répliquer, et en même temps de synthétiser, puisque ces discours sont rarement rapportés intégralement.
Lorsqu’ils sont suivis ou accompagnés de commentaires de nature psychologique, ils reflètent ses capacités à analyser des personnalités, donc ses capacités d’homme d’État, dans le domaine des Affaires Étrangères notamment. De Gaulle se montre lucide et perspicace, on ne lui en fait pas accroire.
Exemples : les discours de Staline, pp. 79-99 ; de Truman, pp. 248-259.
Ils sont donc au service de la justification des stratégies dans les négociations, comme lors du voyage à Moscou.

Ces discours sont parfois des entretiens résumés, dont De Gaulle extrait l’essentiel : capacité de synthèse, ou réorganisation partisane.
Exemple : les entretiens avec de Gasperi, annexés p. 498, sont simplement retranscrits, et les entretiens avec Mohammed V, dans le texte pp. 267-268, ne sont pas annexés. De la même façon, les entretiens avec T. V. Soong, annexés p. 493, sont retranscrits pp. 270-275.

Un cas différent est l’article de presse de Mauriac, dans le Figaro du 20 novembre 1945, qui rend hommage à De Gaulle : celui-ci le passe totalement sous silence dans le corps du texte, mais l’annexe pp. 518-519 : cet usage indirect de l’éloge fait par autrui est remarquable, car il côtoie les hommages explicites, comme celui ce Churchill pour la même circonstance, l’élection de De Gaulle le 13 novembre, hommage relaté brièvement p. 326.

Les documents officiels : discours, lettres, proclamations, etc.

Quand il s’agit de discours de De Gaulle lui-même, leur valeur d’auto-citation montre la constitution d’un égo gaullien caractéristique, une prise de recul vis-à-vis de soi-même. De Gaulle est historien, et sélectionne les phrases-clés qui font l’Histoire (il faut examiner à ce sujet l’utilisation de la troisième personne du singulier).
De Gaulle apparaît aussi comme un homme chaleureux, capable de sympathie envers d’autres souverains ou chefs d’État, capable d’humanité envers des ennemis ou des prisonniers, désireux de bonnes relations de travail.

Ils sont les plus importants car ils servent à justifier l’action politique.
Ils montrent les bilans, les perspectives, les décisions.
Exemples : le discours de Chaillot, annexé p. 351, est résumé et tronqué dans les pp. 12-15, et entremêlé d’arguments explicatifs ; deux conférences (devant la presse et à la radio) sont simplement annexées, pp. 369 pour celle du 25 octobre 1944, et 420 pour l’allocution radiophonique du 31 décembre de la même année ; le discours du 2 avril 1945, tenu Place de l’H$otel de Ville à Paris, est annexé p. 441, et partiellement repris p. 158 ; on pourrait aussi examiner une autre allocution radiophonique, p. 455 et pp 212-213, ou le discours devant l’Assemblée consultative, p. 456 et p. 289, ou p. 471 et p. 315 ; le discours de Béthune est aussi très important, annexé p. 479 et commenté pp. 303-304 ; mais les plus importants sont ceux d’octobre et novembre 1945, à propos de la consultation nationale, puisqu’ils servent à établir le programme gaulliste, puis à expliquer sa démission devant les incompréhensions auxquelles il doit faire face.

Ce sont des arguments apologétiques, dans lesquels De Gaulle accuse ceux qui ont fait échouer une entreprise, ou justifie un choix devant une assemblée ou le peuple.

Les lettres envoyées à des chefs d’État ou des militaires alliés de haut rang le montrent comme un diplomate, un organisateur, un tacticien et un stratège.
Exemples : les lettres à Eisenhower, annexées pp. 363, 365, 367, reprises pp. 166, 160 ; le mémorandum adressé aux trois gouvernements américain, britannique et russe, annexé p. 427, repris p. 106 ; une autre lettre à Eisenhower, annexée p. 452, reprise pp. 205-206, à propos de Stuttgart, montre clairement les capacités d’exigence politique de De Gaulle quant à l’organisation de la future Europe, tout en adressant de sévères critiques aux gouvernements américain et anglais ; idem pp. 462-463 et pp. 291-294, à propos des déportés politiques français survivants dans les zones occupées par les américains ou les russes ; idem à Truman, p. 468 et pp. 216-221 ;

De plus, elles lui confèrent une capacité de visionnaire : organiser les batailles, puis expliquer que la tactique était bonne, prendre en compte les aspirations des peuples d’Afrique, prévoir à long terme leur émancipation, acquise ou en voie d’acquisition au moment de l’écriture.

Les instructions données par lettre à tel ou tel de ses ministres lui donnent la stature de chef d’État et de gouvernement : autorité voire intransigeance, précision, explications.
Exemples : à De Lattre, p. 364 ou p. 392, intégrées p. 166 et 183 ; au même, p. 426, intégrée dans les pages 173-181,pour le presser de n’obéir qu’à De Gaulle, et surtout pas à Eisenhower ; aux ministres de la Justice, d l’Intérieur et de la Guerre, p. 418, reprise et commentée p. 132 ; les notes ou lettres adressées à divers ministres concernant l’occupation d’une zone allemande, p. 447 et p.449, ou les positions diplomatiques à défendre à la conférence de San Francisco, pp. 183-188 et 238-241, sont très autoritaires.

Les instructions militaires obéissent aux mêmes principes argumentatifs : De Gaulle commande et se fait obéir.
Exemples : les ordonnances adressées à divers militaires, comme le général Doyen, p. 434, intégrée dans les pp. 194-196, puis p. 451 et pp. 194-196, ou le général Mordant, en Indochine, p. 434, intégrée dans le récit des événements pp. 196-201 ; le télégramme au général Beynet, p. 465, intégré dans le récit et l’analyse des événements du Moyen-Orient, pp. 221-238.

Conclusion

De Gaulle utilise les documents dans un souci explicatif, pour prouver sa crédibilité d’homme d’État informé, lucide et objectif.
D’autre part il les met au service de sa volonté de persuader, par son goût pour la polémique autant que pour l’humanité.
Il montre ses capacités de synthétiser et d’analyser les situations afin d’en déduire les décisions à prendre : homme de terrain qui sait exploiter les données qu’il recueille ou fait recueillir.
De plus, il montre sa stature politique puisque ces documents sont souvent des bilans autoritaires et définitifs.

Enfin, l’ensemble de ces discours, lettres, proclamations officielles (à la radio) montre l’orateur De Gaulle : grand rhétoricien, amateur de métaphores, homme de souffle capable de phrases longues et progressives, ménageant ses effets pour emporter l’adhésion.

De Gaulle est donc à la fois un homme d’État et un écrivain, ce dernier au service du premier.


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