Le deuxième bac blanc

mercredi 9 février 2011
par  BM

Bac blanc sur l’objet d’étude « Théâtre, texte et représentation »

Le sujet

- Le sujet est en fichier joint téléchargeable ci-dessous, dans deux formats.
(L’énoncé de commentaire de texte a été légèrement modifié, afin de laisser paraître les pistes de lecture données aux classes technologiques.)
Voici les textes qui le composent :
- Texte A : Molière, Le Misanthrope, 1666.
- Texte B : Molière, Le Bourgeois gentilhomme, 1670.
- Texte C : Jean Anouilh, Antigone (1944), Prologue.
- Texte D : Ionesco, La leçon,1950.
- Document complémentaire : « Le texte et la scène », Anne UBERSFELD, Le Théâtre, ouvrage collectif sous la direction de D. COUTY et A. REY, 1995

Premières propositions de réponse aux questions sur le corpus, à compléter par d’autres indices textuels

- Question 1
Dans Le Misanthrope, deux personnages (réduits à un prénom) font chacun le portrait moral ou comportemental de l’autre, subjectivement et de manière accusatrice. L’absence d’un tiers montre qu’on est dans un cadre privé, celui de deux amis sur le point de se brouiller, en pleine querelle, sans doute à cause d’un événement récent, le comportement de Philinte en société, ce qui nous indique le thème de la pièce. Le long discours d’Alceste semble montrer déjà un registre argumentatif, celui d’un débat d’opinions.
C’est une scène d’attente qui se présente dans Le bourgeois gentilhomme, servant à annoncer la venue d’un personnage absent, évoqué à la troisième personne et appelé « notre homme », « Monsieur Jourdain », seul à avoir une identité personnelle puisque les personnages présents sont ramenés à une fonction, leur profession artistique. La situation semble être celle d’une exploitation : les “Maîtres” sont les salariés qui profitent des largesses de leur client, annoncé comme une dupe et un incompétent, et les deux “Maîtres” sont complices malgré l’affichage de petites différences. La prochaine arrivée de Monsieur Jourdain sera vraisemblablement comique.
Chez Anouilh, le discours du personnage appelé « Prologue » joue le rôle d’une longue didascalie, qui annoncerait même certains développements dramatiques, et l’issue fatale de certains personnages. C’est comme si l’auteur présentait le contenu et le thème d’Antigone, le contexte dramatique, le passé et l’avenir de certains personnages. Ceux-ci sont en quelque sorte mis de côté, présents et présentés, mais pas encore en action, mais leur description a déjà valeur de signification pour chacun d’eux. De plus, certaines indications matérielles imposent au metteur en scène des choix de costume, d’apparence physique. Et enfin, l’évocation des spectateurs (ou lecteurs) de ce prologue est une manière de les impliquer dans le drame ou la tragédie à venir, puisqu’une crise est en cours de dénouement.
Dans La leçon de Ionesco, les personnages sont décrits et présentés très précisément dans leur allure physique, leur comportement, alors que leur identité reste purement générique et professionnelle, « Bonne », « Élève », « Professeur » ; la situation semble très banale, conforme au titre de l’œuvre, mais la très longue didascalie annonce une évolution, et même un « geste final », ce qui laisse attendre une certaine dramatisation. Les caractères des personnages semblent être l’élément fondamental de la pièce à venir, alors même qu’aucune crise n’est en vue si l’on ne tient compte que des rares paroles prononcées dans ces pages.

- Question 2
Le premier texte relève du registre comique, plus précisément du comique sérieux. Un premier indice est le comique de caractère, Alceste est excessif, coléreux, il s’emporte contre son ami, dit un juron, et fait un portrait satirique des gens dont il n’aime pas le comportement. Le comique de situation consiste dans le fait que la dispute porte sur un détail. Philinte va même jusqu’à plaisanter sur l’adjectif « pendable », faisant un jeu de mots sur ce champ lexical.
Le second texte de Molière relève aussi du comique de situation, puisque les deux « Maîtres » se moquent de leur victime imbécile, en son absence, alors qu’ils en profitent abondamment. On peut relever aussi un comique de caractère dans l’opposition entre la franchise cynique du « Maître de musique » et l’hypocrisie du « Maître à danser ». Il s’agit là plutôt d’un comique satirique, d’une critique des mœurs.
Le registre tragique d’Antigone réside dans l’annonce d’un destin inévitable, puisque la fin nous est annoncée, mais surtout dans le fait que presque tous les personnages sont soumis à des forces puissantes, contre lesquelles ils se battent, ou ont déjà renoncé. On a aussi la description d’un univers politique pesant, d’une fatalité liée à une malédiction déjà ancienne, dans laquelle les enchaînements ne peuvent être empêchés : les générations passées ont causé la situation présente, ce qui entraîne la solitude du pouvoir, la crise entre les deux frères n’étant que le signe d’un malaise beaucoup plus grave.
La pièce de Ionesco relève d’un double registre, comique et dramatique. En effet la situation et la mise en place de l’action sont mouvementées, les actions sont vives, les déplacements et les paroles sont situés dans un espace complexe. Le comique de caractère et de situation met en opposition un Professeur et une Élève totalement opposés dans leurs attitudes, dans leur psychologie telle que la didascalie nous l’explique. Une certaine absurdité semble marquer l’atmosphère de ce début, et les indications de la didascalie vont dans le même sens, puisque même le « geste final » ne semble pas déterminé par une force extérieure ou interne, mais le résultat d’une évolution peu explicable, ce qui lui ôte du tragique et lui donne plus de dramatique, car on s’attendra à comprendre en quoi cela peut bien consister.

Pistes pour un commentaire littéraire, à réorganiser selon les plans choisis

- Un affrontement entre deux personnages qui se fâchent.

La vivacité du dialogue :
la stichomythie du début,
le ton injonctif et pressé d’Alceste,
une tonalité exclamative.

Un champ lexical de la brouille, de la mésentente, opposé à celui de l’amitié.

L’affirmation très forte des opinions d’Alceste, le JE,opposé à un discours plus évasif de Philinte, le ON.

L’abondance du vocabulaire axiologique et moralisateur d’Alceste :
les images fortes,
les hyperboles,
les formules d’allure proverbiale.

Une crise qui semble due à un événement récent.

L’incompréhension de Philinte devant cette crise de colère d’Alceste.

- Deux visions opposées et inconciliables des relations sociales et mondaines.

Un récit critique (vers 17-24) et son explication argumentée (vers 37-40), expliquent le point de vue et l’attitude de Philinte :
un idéal de politesse, de savoir-vivre,
une nécessité sociale (vers 38 et vers 34),
un certain humour (vers 29-32),
une volonté d’apaisement, de sagesse (vers1, vers 4, vers6-7).

Une mise en accusation générale de tout un pan de la société, et de comportement communément admis, font comprendre que le point de vue d’Alceste est rigide et austère, intransigeant :
les vers 17-24 sont une accumulation d’accusations hyperboliques,
une attitude méprisante (« faquin », vers 52, « frivoles », vers 45),
une volonté d’isolement et de singularisation (vers 56),
une haute idée de ce que devrait être l’amitié (vers9-12) : une égalité absolue de caractères et d’opinions,
des parallélismes entre certaines expressions (vers 19 // 40, vers 20 // 37) montrent que sur ce point l’opposition des deux hommes est inconciliable,
une vision généralisante et péjorative de la société (vers 59) montrant Alceste comme démodé et rétrograde,
des images péjoratives (vers 43, 45, 46) montrant les cérémonies sociales comme des mensonges ou de l’affectation.

Donc, un idéal de sincérité très rigide, sans compromission, au risque de toutes les impolitesses, comme celle qu’Alceste est en train d’infliger à son ami Philinte, s’opposant à un idéal social de souplesse, de politesse, de diplomatie, imposé par la nécessité de vivre en société.

- Conclusion (ou élargissement vers une troisième partie ?)

La brouille est comique car elle n’a pas de raisons très graves ou sérieuses.
Le caractère d’Alceste devient immédiatement comique par son excès.
Philinte apparaît d’emblée comme celui qui va délivrer une morale du juste milieu.
On peut penser qu’on aura affaire à une comédie sérieuse et moraliste.

Des suppléments en vidéo

Le misanthrope sur Internet à cette adresse : le début de la pièce, en costumes.

La leçon sur Internet, à cette adresse : c’est du théâtre à domicile, la pièce est intégrale et dure 52 minutes.


Documents joints

Bac blanc n° 2 : le sujet
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