Le Cyclope : un devoir d’élève

mardi 25 janvier 2011
par  BM

Assma est en TL au Lycée Saint-Exupéry, à Mantes la Jolie, et permet la publication de son devoir.

Quel est l’intérêt de l’épisode du Cyclope ?

Dans L’Odyssée d’Homère, Ulysse, l’un des héros de la guerre de Troie, pénètre dans un monde merveilleux, séparé du monde des humains, lorsqu’il entreprend le voyage de retour pour rentrer à Ithaque, sa patrie.
Au chant IX, après avoir été confrontés aux Cicones, mangeurs de pain, et aux Lotophages, mangeurs de fleurs, Ulysse et ses compagnons abordent l’île des Cyclopes. Ulysse fait la rencontre de l’une de ses créatures difformes, Polyphème. Aussi, en quoi l’épisode sur l’île des Cyclopes présente-t-il un intérêt dans le cours du récit ? Quelles significations et répercussions peut-on attribuer à cet épisode ?
Pour répondre à ces questions, nous verrons en quoi l’un des intérêts de cet épisode se base sur la confrontation entre deux personnages, a priori différents : Ulysse, l’être humain, et Polyphème, l’être inhumain. Puis nous distinguerons en quoi cet épisode aura des répercussions sur le personnage qu’est Ulysse et sur le devenir de son périple.

Le passage d’Ulysse sur l’île des Cyclopes est l’un des moments les plus importants de son parcours. Les Cyclopes sont décrits comme des « Hors-la-loi », gigantesques êtres difformes pourvus d’un seul œil. Il s’agit pour certains historiens de la représentation métaphorique d’un volcan, d’après la comparaison des cyclopes avec « le sommet boisé / d’une haute montagne » (chant IX vers191-192).
Ainsi, quoique d’une apparence monstrueuse, les cyclopes sont dotés d’une force physique incroyable. En effet, lorsqu’Ulysse est bloqué dans l’antre de Polyphème, il fait la remarque que seul le cyclope est en mesure de déplacer le rocher qui obstrue la sortie de cet antre, rocher que « vingt-deux solides chars à quatre roues / n’auraient pas pu (…) soulever du sol » (ch. IX vv 241-242).
En outre, les descriptions des morts des compagnons d’Ulysse, en plus d’être nombreuses et extrêmement détaillées, accentuent cette idée de force surhumaine chez le cyclope : « il en prit deux d’un coup, et comme des chiots, sur le sol / les assomma. La cervelle en giclant mouilla le sol. / Découpés membre à membre, il en fit son souper. » (vv 289-291). Les hommes sont ici comparés à des chiots puisqu’ils sont tout à fait impuissants face à la force du cyclope.
Face à Polyphème, Ulysse et ses compagnons indemnes sont réduits à pleurer la mort de leurs amis. Être un héros de la guerre de Troie ne signifie rien dans ce monde.
Pourtant Polyphème, qui n’a écouté que son appétit et a mangé les compagnons d’Ulysse malgré les supplications de ce dernier, se moquant ainsi des dieux et des principes d’hospitalité, sera puni par la ruse du héros grec. C’est son intelligence, sa “métis”, qui va permettre à Ulysse de triompher de cette monstruosité.
En effet, c’est en usant de sa ruse qu’Ulysse parvient à piéger le cyclope et à s’enfuir de son antre. Il use pour cela d’un stratagème bien ficelé : comprenant que tuer le cyclope n’est pas la solution puisqu’ils finiraient enfermés dans la grotte, Ulysse décide d’enivrer Polyphème et, celui-ci inconscient, il lui plante dans son unique œil le pieu, branche d’un arbre qu’il a aiguisée. Il trouve également l’idée d’utiliser les chèvres et brebis de Polyphème afin que celui-ci ne les retrouve pas.
De plus, l’idée de se faire nommer « Personne » est tout à fait ingénieuse puisque lorsqu’il crie au secours après l’attaque d’Ulysse, et déclare que « Personne » lui a fait du mal, ses voisins repartent aussitôt. Ainsi, face à la brutalité physique et à l’anthropophagie, Ulysse va opposer tout ce qui définit l’humanité et la ruse.
Néanmoins, nous pouvons faire un rapprochement entre le cyclope Polyphème et Ulysse. En effet ils sont tous les deux, à différents moments, aveuglés par un orgueil et une prétention qui leur jouera de mauvais tours. Tout d’abord, Polyphème est totalement crédule en croyant vraiment que le nom de l’étranger est « Personne ». Il boit le vin offert par Ulysse sans prendre de précautions. Il s’est cru intouchable et n’a pris aucune mesure envers ses hôtes qui étaient tout à fait libres de leurs mouvements dans la grotte. Son orgueil démesuré, ce sentiment d’être tout puissant et le fait de ne pas respecter les dieux causera sa perte par le stratagème utilisé pas Ulysse.
Ce dernier également est souvent conduit par ses défauts et est aveuglé par des sentiments pas du tout nobles. Il fait à de nombreuses reprises preuve d’impulsivité, ne réfléchit pas et n’écoute pas ses compagnons. Certes dans l’avenir ce sont ces derniers qui n’écouteront pas et lui désobéiront comme lorsqu’ils consomment les vaches sacrées du Soleil au chant XII, mais ici c’est Ulysse qui fait cette erreur. Conduit par la curiosité, il ne fait demi-tour lorsque ses compagnons le somment de le faire.
Il est conduit, tel que Polyphème, par un orgueil et le sentiment d’être intouchable. Cela lui vaudra d’être enfermé et de perdre plusieurs de ses compagnons. Ainsi cet épisode met en scène la confrontation entre deux êtres a priori différents, Polyphème représentant la force physique et Ulysse l’intelligence mais cet épisode met également en lumière la bêtise et la démesure qui gagnent, systématiquement pour l’un et parfois pour l’autre, ces deux personnages.

Cet épisode est d’un intérêt capital dans cette œuvre car il est l’un des tournants décisifs dans la continuation du périple d’Ulysse. Le lecteur, à travers cet épisode, peut voir une nouvelle image du héros Ulysse. En effet, Ulysse se défait peu à peu de la représentation du guerrier courageux et fort puisqu’il triomphe de Polyphème non par bravoure et force guerrière mais par traîtrise en faisant boire le cyclope et attend qu’il soit endormi pour l’attaquer, et par ruse puisqu’il ne tue pas le cyclope afin que celui-ci déplace le bloc qui obstrue l’entré de l’antre. Ainsi Ulysse, durant cet épisode, semble perdre peu à peu des valeurs de l’humanité et son statut de guerrier.
Polyphème déclare même : « Mais moi je m’attendais à voir venir ici / un grand et beau guerrier, doué d’une extrême vigueur : / et c’est un petit homme, un lâche, un rien du tout/ qui vient me crever l’œil en me noyant de vin ! » (vv513-516). Polyphème confirme ainsi la lâcheté dont a fait preuve Ulysse et de la perte de valeur héroïque, mais c’est pour mieux la souligner. Il s’agit donc d’un épisode d’une gloire différente pour le héros grec.
De plus nous pouvons considérer cet épisode comme un tournant décisif puisque tout l’avenir du périple d’Ulysse est bouleversé. En effet, à la fin du chant IX, lorsqu’Ulysse parvient à échapper au cyclope et à atteindre son navire, il fait l’erreur de révéler à Polyphème son identité : « tu la [sa cécité] dois à Ulysse, Fléau des villes, / fils de Laërte et noble citoyen d’Ithaque ! ». Il paiera cher cet excès de prétention puisque Polyphème sait dorénavant qui maudire et implore son père, le dieu Poséidon, de venger l’affront qu’il a subi. Toute la suite du périple d’Ulysse est rythmée par la rancune et l’insatiable vengeance de l’ « Ébranleur de la terre » qui provoque des tempêtes à de nombreuses reprises contre son vaisseau et le condamne à une errance maritime beaucoup plus longue.

Ainsi, cet épisode est le lieu de confrontation entre Ulysse et le premier peuple de monstre, les cyclopes. Face à la brutalité du cyclope s’oppose la ruse d’Ulysse, pourtant c’est une tout autre image de héros que délivre Ulysse. Ainsi le personnage s’étoffe : ce n’est plus la force physique seule qui triomphe mais bien l’art de la parole. Cet épisode détermine le futur du périple d’Ulysse car, ayant informé Polyphème de son identité dans un excès d’orgueil, Poséidon, père du cyclope, poursuivra le héros grec afin de pouvoir se venger.


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En voici une première de Claude Creach, une autre de Sylvie Reboulleau.
Caroline Jegouic, sur son blog, montre deux de ses œuvres, que l’on ne peut pas copier : Antigone et Le cri d’Antigone.
Une sculptrice contemporaine, Michèle Charron-Wolf, a réalisé une Antigone en terre cuite, un sculpteur, Fernand Pouillon, une Antigone en pierre de Bourgogne.

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