Qu’est-ce que c’est ?

samedi 4 septembre 2010
par  BM

La poésie, c’est quoi au juste ?

Quand le signifiant l’emporte sur le signifié ? Le vers est dans le fruit ... ou le fruit est dans le vers ? Creusez la métaphore.
Le sens d’un poème est-il supérieur à la somme des sens des mots qui le composent ? Faites le calcul ...

Voici d’abord une définition toute théorique.

- « Poésie. Art du langage généralement associé à la versification, visant à exprimer ou à suggérer quelque chose au moyen de combinaisons verbales où le rythme, l’harmonie et l’image ont autant et parfois plus d’importance que le contenu intelligible lui-même. »
Dictionnaire Le Grand Robert

Voici surtout des phrases d’auteurs ou de poètes, elles vous donneront à penser.

- Lawrence Ferlinghetti (poète américain né en 1919, et éditeur des principaux poètes beatniks) a beaucoup écrit sur ce sujet.
Dans le supplément "La poésie est partout" du Courrier International, n°73 du 18-24 novembre 2004 :
« La poésie est le cri que l’on pousserait en s’éveillant dans une forêt obscure au milieu du chemin de notre vie.
La poésie est le soleil qui ruisselle à travers les mailles du matin.
La poésie, ce sont des nuits blanches et des bouches de désir.
La poésie est l’argot des anges et des démons.
La poésie est un canapé où s’entassent des chanteurs aveugles qui ont posé leurs cannes blanches.
La poésie est le dérèglement des sens qui produit du sens.
La poésie est la voix de la quatrième personne du singulier.
La poésie ce sont toutes les choses nées avec des ailes et qui chantent.
La poésie est une voix dissidente qui s’insurge contre le gaspillage des mots et la surabondance insensée de l’imprimé.
La poésie est ce qui existe entre les lignes.
La poésie est faite des syllabes des rêves.
La poésie, ce sont des cris lointains, très lointains, sur une plage au soleil couchant.
La poésie est un phare qui fait tourner son mégaphone au-dessus de la mer.
Un poème peut être fait d’ingrédients ménagers courants. Il tient sur une seule page et peut cependant remplir un monde et se loger dans la poche d’un cœur.
La poésie, ce sont des pensées sur l’oreiller après l’amour.
La poésie est un chanteur des rues qui sauve les chats de gouttière de l’amour.
La poésie est le dialogue des statues.
La poésie est le bruit de l’été sous la pluie et la clameur de gens qui rient derrière des volets clos dans une rue étroite.
La poésie est une grande maison résonnant de toutes les voix qui ont jamais dit quelque chose de fou ou de merveilleux.
La poésie est la voix à l’intérieur de la voix de la tortue. La poésie est un livre de lumière la nuit.
La poésie n’est pas que l’héroïne, les chevaux et Rimbaud. Elle est aussi le murmure des éléphants et les prières impuissantes des passagers aériens qui attachent leur ceinture pour la descente finale.
Tel un bol de roses, un poème n’a pas à être expliqué. »

- L’essayiste contemporain Roger Caillois raconte qu’un passant avait écrit sur la pancarte d’un mendiant aveugle, à la place de « Aveugle de naissance » :
« Le printemps va venir, je ne le verrai pas » ; pour Roger Caillois, ce passant est un poète.

- Baudelaire :
« Qu’est-ce qu’un poète [...] si ce n’est un traducteur, un déchiffreur ? »

- Proust :
Le poète est celui qui nous permet de saisir « les nuances » et, grâce aux artistes et aux poètes, le « monde (qui n’a pas été créé une fois, mais aussi souvent qu’un artiste original est survenu) nous apparaît entièrement différent de l’ancien mais parfaitement clair. »

- Le poète contemporain mexicain Octavio Paz écrit (dans L’Arc et la Lyre) :
« La création poétique est d’abord une violence faite au langage. Son premier acte est de déraciner les mots. Le poète les soustrait à leurs connexions et à leurs emplois habituels ».
Il a aussi dit : « La poésie n’est pas incompréhensible, elle est inexplicable. »

- Il fait écho à Saint-John Perse (1887-1975) qui affirme :
« Poète est celui-là qui rompt avec l’accoutumance. »

- Breton intitule un de ses recueils ainsi :
Les mots font l’amour

- André Breton encore :
« L’acte d’amour et l’acte de poésie
sont incompatibles
avec la lecture du journal à haute voix. »

- Encore Breton, dans Les vases communicants (1932) :
Le Poète est celui qui « surmontera l’idée déprimante du divorce irréparable de l’action et de du rêve. Il tendra le fruit magnifique de l’arbre aux racines enchevêtrées et saura persuader ceux qui le goûtent qu’il n’a rien d’amer. »

- Encore Breton :
« L’Amour, la Poésie, c’est par ce seul ressort que la pensée humaine parviendra à reprendre le large. »

- Luc Bérimont :
"Si quand je lis un poème, à la fin de ma lecture, j’ai le sentiment que j’ai tout compris, alors ce n’était pas un poème mais un article de journal !"

- Gide disait :
« La poésie, c’est quand on va à la ligne. »

- Philippe Jaccottet, à la fin du discours de remerciement pour le prix Rambert en 1956, définit ainsi le poète aujourd’hui, et évoque ce que peut être l’engagement poétique :
« Il se verrait plutôt, ce poète, dans une cave que sur les tours, sans ornements royaux, mais vêtu comme n’importe quel homme soucieux ; chaque année plus oublié, plus enseveli par l’obscurité grandissante ; ne parvenant qu’à grand-peine à préserver la flamme d’une bougie de quelque tempête soufflant jusque dans son souterrain avec rage et sans relâche [...] s’il tendait cette page à un voisin en difficulté, sur le point de mourir et se débattant, cet homme, examinant la page terminée, sourirait d’un air d’intelligence et, la page dans la main comme un débris d’un nouveau Livre des Morts, passerait sans peur ni regrets le seuil du très sombre espace qui l’attend pour l’engloutir ou le changer. »

- Lorand Gaspard, dans un texte très dense, magnifique ( et difficile) intitulé L’approche de la parole, s’efforce de cerner la poésie :
« La langue de poésie ne se laisse enfermer dans aucune catégorie, ne se peut résumer à aucune fonction ou formule (...) »
« Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement (...) »

- Max Jacob :
« Oui ! mille fois oui ! la Poésie est un cri, mais c’est un cri HABILLÉ ! »

- Aimé Césaire :
« La vérité scientifique a pour signe la cohérence et l’efficacité. La vérité poétique a pour signe la beauté. »

- Max-Pol Fouchet :
« La prose peut être poème, le poème ne peut être prose ; sa mission n’est pas de raconter, mais de nous placer devant une soudaine évidence, et si on lui accorde de raconter, que ce soit pour nous conduire à cette évidence. Un amour particulier nous importe, en poésie, dans la mesure où il révèle l’Amour…
Et si nous désirons la poésie plus que le poème, c’est qu’il nous importe d’atteindre, à travers les formes, une certaine éternité de l’homme. »

- Isidore Ducasse, comte de Lautréamont :
« La poésie doit être faite par tous. Non par un. »

- Charles Cros :
« Avec des rythmes lents j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie. »

- Paul Valéry :
« Au contraire des poèmes, un roman peut être résumé. »

- René-Guy Cadou :
« La poésie est peut-être inutile … du moins permet-elle l’amitié et rapproche-t-elle les hommes. »

- Goethe :
« Poésie, c’est délivrance. »
« Qu’est-ce que la poésie ? Une pensée dans une image. »

- Jean Cocteau :
« La poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent, et que nos sens enregistraient machinalement. »

- Marguerite Yourcenar :
« Les poètes nous transportent dans un monde plus vaste ou plus beau, plus ardent ou plus doux que celui qui nous est donné, différent par là-même, et en pratique presque habitable. »

- Léo Ferré :
« Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot.
L’alexandrin est un moule à pieds. On n’admet pas qu’il soit mal chaussé… La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l’alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes. Ce sont des dactylographes. Le vers est musique ; le vers sans musique est littérature… »
« La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. »

- Paul Éluard :
« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. »

- Georges Pompidou :
« A vrai dire, les vers ne sont qu’une des multiples expressions possibles de la poésie. Celle-ci est ou peut se trouver partout. Dans un roman comme dans un tableau, dans un paysage comme dans les êtres eux-mêmes, se manifeste parfois je ne sais quelle présence de rêve, parfois encore une pénétration singulière, une sorte de plongée dans les profondeurs, provoquant chez le lecteur ou le spectateur une joie mélancolique, une tristesse complaisante ou désespérée, ou encore une jubilation soudaine, qui sont quelques-uns des effets de la beauté poétique. Tous les hommes, ou presque, y sont sensibles. Tous les sujets, ou presque, s’y prêtent…
Mais si la poésie peut se rencontrer partout, il n’est pas défendu pour autant de la chercher de préférence chez les poètes…
Qu’est-ce donc que la poésie ? Bien savant qui le dira. Qu’est-ce que l’âme ? On peut constater chez un home toutes les manifestations de la vie, les analyser et les décrire ; on peut – nous l’avons tous fait au collège – analyser un poème, étudier composition, vocabulaire, rythme, rime, harmonie. Tout cela est à la poésie ce qu’un cœur qui bat est à l’âme. Une manifestation extérieure, non une explication, encore moins une définition. Si donc je voulais m’approcher davantage d’une définition de la poésie, je la chercherais plutôt dans ses effets. Lorsqu’un poème, ou simplement un vers provoque chez le lecteur une sorte de choc, le tire hors de lui-même, le jetant dans le rêve, ou au contraire le contraint à descendre en lui plus profondément jusqu’à le confronter avec l’être et le destin, à ces signes se reconnaît la réussite poétique. »

- Un grand auteur contemporain, Yves Bonnefoy, s’exprime ainsi dans un article récent du journal Le Monde, du 11 novembre 2010 : « Ce que cherche la poésie, c’est à déconstruire les idéologies. »

- Charles Dantzig, écrivain contemporain, en donne une définition originale dans son Dictionnaire égoïste de littérature française, 2005 :
« La poésie n’existe pas à l’état naturel. Loin d’être un fait qui préexisterait à l’homme et que celui-ci découvrirait, elle est sa création et son triomphe. Quand Balzac parle de poésie du commerce, ce n’est pas qu’elle s’y trouve, c’est qu’il l’y met. Sa sensibilité lui fait transfigurer certains éléments du commerce que les autres ne regardaient même pas. La poésie est la forme supérieure de l’imagination. C’est pour cela qu’on la croit apparentée à la divination. »
« La poésie, c’est du travail. Il en résulte un chant faisant croire qu’elle se passe dans le ciel. Le poète marche sur une corde. Elle est posée par terre. »

N.B. : ces phrases de Dantzig ont été récemment utilisées dans un sujet de l’EAF sur l’objet d’étude « Poésie ».

A compléter, pour avoir un petit cahier de citations en vue de l’EAF.


Commentaires  (fermé)

Logo de Jean-Philippe
jeudi 2 juin 2011 à 13h54, par  Jean-Philippe

- Selon Aristote dans La Poétique, les poésies "en majeure partie se trouvent être toutes, au résumé, des imitations".
- Victor Hugo : "ce grand jardin [...] où il n’y a pas de fruit défendu".
- Paul Claudel : "La poésie est un langage ordinaire auquel on a tordu le cou"

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